Victimes de l'attaque au Niger : vers un désamour des jeunes français pour l’Afrique francophone ?

Six jeunes français et deux Nigériens sauvagement assassinés le dimanche 9 août 2020. Il ne s'agit pas là d'un énième « fait-divers », mais peut-être d'un tournant dans la relation balbutiante entre la jeunesse française et les populations francophones d'Afrique de l'Ouest. Un réel désamour et une méfiance exponentielle pourraient s'installer au détriment du continent avec une crise des vocations aussi bien au niveau humanitaire qu'économique.

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(Crédits : DR.)

Myriam, Stella, Nadifa, Charline, Antonin et Léo étaient « jeunes, brillants et généreux » et étaient venus « faire le bien » en Afrique. Certains d'entre eux avaient déjà sillonné cette Afrique francophone à la fois capable du meilleur comme du pire et semblaient s'y sentir pleinement chez eux.

En les assassinant aux côtés de leur chauffeur et de leur guide (Boubacar et Khadri) au Niger dans la réserve de Kouré, ce sont les valeurs et les idéaux de la francophonie qui ont été pris pour cible. Une crise des vocations des humanitaires, volontaires et bénévoles de tout ordre est à craindre.

Des ambassadeurs de la francophonie martyrisés

L'espace francophone constitue un véritable lieu d'échanges culturels, sociaux et économiques comparable à l'Union européenne, mais malheureusement trop souvent oublié de nos médias. Modes de pensées, littérature, références historiques, cinéma, musique... constituent un espace de vie partagé. Les déplacements réguliers de populations et leur brassage à l'intérieur des frontières de la francophonie, par exemple, constituent aussi une caractéristique d'une réalité francophone vive.

L'engagement des jeunes français au sein de l'ONG Acted  (et la collaboration avec leurs collègues locaux) illustre un aspect de la francophonie et ses interactions permanentes et fortes avec notre pays.

Au final, nous avons tous, en tant que francophones, une identité commune qui, si elle ne nous apparaît pas toujours évidente, éclate au grand jour en fonction des circonstances. Les personnes qui voyagent à travers le monde par exemple ont conscience de cet état de fait et ont pour beaucoup vécu l'expérience de cette fraternité naturelle entre francophones qui nous amène à faire preuve de solidarité à l'étranger et à nous sentir étroitement liés les uns aux autres.

Une triste indifférence des diasporas francophones

L'observation attentive des réseaux sociaux comme la fréquentation des différentes communautés révèle une relative indifférence face à ce drame vécu par les Français.
Or, les faits sont d'une gravité sans précédent. En exécutant nos jeunes compatriotes, les assaillants ont atteint un de leurs objectifs, à savoir réduire -voire anéantir- la coopération entre les peuples afin d'isoler leur propre population.

Les jeunes français tués au Niger représentaient une chance pour les populations locales auprès desquelles ils intervenaient. Diplômés de haut niveau (titulaires de masters et même de doctorat), jeunes et n'ayant pas vécu les périodes coloniales et les premières années des indépendances, profondément altruistes, ils avaient choisi la voie de l'humanitaire.

Il ne s'agissait, rappelons-le à nouveau, ni de militaires ni d'opérateurs économiques ayant des visées mercantiles. Ils auraient pu choisir d'autres « terrains d'action » ou d'autres voies d'épanouissement, ils en avaient la capacité. Mais ils avaient fait le choix de croire en l'Homme et en l'Afrique.

Cette dramatique attaque risque de porter en elle les germes de la perpétuation d'un profond désintérêt pour le continent africain. Il est vrai que depuis de nombreuses décennies nos jeunes élites françaises s'étaient déjà détournées du « continent noir ».
Ne risque-t-on pas d'assister à une chute des vocations en direction de ce dernier aussi bien dans le champ humanitaire qu'économique ou culturel ? Quelle sera l'attitude des familles des futurs jeunes volontaires au départ ? Quel parent ne mettrait pas en garde sévèrement, voire ne dissuaderait pas son enfant de s'engager dans l'humanitaire ou plus généralement comme expatrié en Afrique, alors que les zones déconseillées aux voyageurs (notamment occidentaux) par les chancelleries européennes ne cessent de s'étendre ? Les membres des différentes diasporas elles-mêmes souhaiteraient-elles voir leurs descendances respectives s'engager dans leurs pays d'origine ? Rien n'est moins sûr.

Ce mois d'août 2020 risque donc de marquer un tournant dans l'évolution de l'engagement des jeunes au niveau des causes humanitaires et plus généralement de la coopération décentralisée avec l'Afrique. L'indifférence au sein des diasporas africaines, du tissu associatif et des institutions francophones interpelle.

Réagissons avant que les ponts interpersonnels et fraternels ne soient totalement rompus entre nos peuples.

(*)  Elu municipal à Poissy (Yvelines), Gilles Djeyaramane est vice-président de l'association des Amis du Jardin de l'Olivier, jardin symbolisant la volonté de vivre ensemble des différentes religions et spiritualités de la ville de Poissy. Originaire de Pondichéry (ex- Indes Françaises), né en Guyane française et ayant vécu en Côte d'Ivoire près de 12 années, il est passionné par les relations internationales et la francophonie. Ayant complété son cursus académique par une formation administrative et politique et un cursus en Relations Internationales, Gilles Djeyaramane est titulaire de la médaille de la Défense nationale.

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Commentaires 2
à écrit le 30/08/2020 à 9:26
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Bravo d’avoir traiter cette information sous cet angle Je constate moi-même cette identité francophone en Afrique. J’espère qu’elle sera plus forte que l’impact de cette tragédie

à écrit le 30/08/2020 à 1:35
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C'est surtout le procès de l'ONG qu'il faut faire : Elle a envoyé ces jeunes, diplômés, mais sans aucune connaissance du terrain, au casse-pipe ! Cela, parce qu'il s'agit de son fonds de commerce !

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