L’argent et la politique malienne : l’arroseur arrosé !

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Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali.
Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali. (Crédits : Moussamara.com)
Ils ont chassé les empêcheurs de tourner en rond, les idéologues, les gens de conviction, les personnes avec des idées et des compétences, bref tous ceux qui ne sont pas prêts à courber l'échine...

Ils ont introduit le luxe et la luxure dans la politique au point que les élites maliennes et la majorité de nos compatriotes sont convaincues que s'enrichir est ce qui a de normal et même souhaitable quand on occupe un poste à responsabilité

Ils ont anéanti les valeurs séculaires de notre pays. Le mensonge n'est plus un tabou et est même souvent considéré comme une vertu. Le « moussalaha » et les autres « arrondis d'angle » sont devenus la norme au Mali. La vérité est désormais considérée comme « dure » et « souvent inappropriée ». Ils ont escamoté le débat, les idéologies, les projets et visions au point de ne plus accepter les traditionnels débats de second tour à l'élection présidentielle (2002, 2013 et 2018).

Ils ont ramené la politique à la simple loi de l'offre et de la demande, là où ils se sont estimés les plus forts, pensant garder le pouvoir aussi longtemps qu'ils le voudraient. Préférant acquérir les positions grâce à l'argent ! L'exemple des péripéties du congrès extraordinaire de l'ADEMA de 2000 et surtout de la convention qui désigna le candidat de ce parti en 2001 pour les élections de 2002 illustre ce constat, avec les premiers achats massifs de délégués et une utilisation de l'argent comme jamais vu auparavant au Mali.

Ils ont réduit les partis, y compris les leurs, à leur plus simple expression au point qu'ils n'en sont que de nom, chacun y étant présent pour chercher exclusivement des avantages personnels. Les épisodes malheureux de la mise en place du bureau et des groupes parlementaires à l'Assemblée nationale il y a quelques semaines ont ainsi démontré que ni le RPM ni l'URD ou encore de nombreux autres partis n'ont de prise sur leurs députés, qui sont autant de « partis individuels » mus par leurs seuls intérêts.

Ils ont chassé les empêcheurs de tourner en rond, les idéologues, les gens de conviction, les personnes avec des idées et des compétences, bref tous ceux qui ne sont pas prêts à courber l'échine. Ils sont ainsi restés avec les courtisans et les flagorneurs au profit de leur ego. L'exemple du congrès de l'ADEMA de 1994 a marqué ce long et lent déclin des idées et des projets, au point, qu'actuellement, on serait en peine de savoir quel projet est porté par les dirigeants actuels.

Parallèlement à cette lente décrépitude de notre système politique et démocratique, la situation du pays n'a cessé de se détériorer sur les plans socio-économiques et, récemment, sécuritaires. Les Maliens se sont ainsi massivement détournés de leurs décideurs et se sont convaincus que la seule chose à faire est de prendre ce qu'ils peuvent quand ils le peuvent. Ce qui contribue à faire le lit de l'argent et des contre-valeurs.

Nos compatriotes ont ainsi malencontreusement amplifié le mouvement engagé depuis une trentaine d'années par les acteurs de la scène politique. Cette situation a en conséquence vu apparaître progressivement, lentement mais surement, et de manière tout à fait logique, de nouveaux profils d'acteurs, les entrepreneurs politiques, ayant une bonne intelligence tactique et ayant bien observé les tendances des 30 dernières années pour les utiliser en leur faveur. L'argent devenant le seul critère de choix, ils ont progressivement quitté l'ombre pour la lumière, certains ont fait leur classe dans les partis, d'autres apparaissent à l'occasion de scrutins présidentiels, tous ont la stratégie d'acheter ce qui est disponible : des électeurs, des élus, des partis pour rapidement s'imposer sur l'échiquier. C'est ce à quoi on assiste aujourd'hui et la configuration politique de l'Assemblée actuelle offre une image caricaturale de ce constat. Des forces politiques constituées essentiellement à partir d'élus d'autres forces politiques et surtout des partis historiques en passe de disparaître.

Les « grands partis » sont encore plus fragiles qu'ils ne paraissent, car constitués d'élus prêts à suivre le sens du vent à la première occasion et qui n'en font même pas mystère. Il est vrai que leurs premiers responsables les ont eux-mêmes habitués à ce genre de comportement ces dernières années. Les « démocrates sincères » sont ainsi en train de connaître un déclin dont ils peinent à imaginer le scénario, devenant victimes de leurs propres stratégies et créatures. Le scénario du pire qui peut arriver à un manœuvrier, celui de l'arroseur arrosé !

www.moussamara.com

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