Post-Covid-19 en Afrique : la nécessité d'un fonds d’études pour des infrastructures inclusives

 |  | 583 mots
François Jay est le Président exécutif d’Ebano Finance, et Hugues de La Forge, Avocat Associé du Cabinet FIDAL, en est le responsable Afrique et PPP international.
François Jay est le Président exécutif d’Ebano Finance, et Hugues de La Forge, Avocat Associé du Cabinet FIDAL, en est le responsable Afrique et PPP international. (Crédits : DR/LTA)
L’impact économique du COVID-19 en Afrique sera lourd, même si son impact sanitaire semble modeste : la Banque mondiale estime que 20 à 25 millions d’Africains pourraient tomber dans la grande pauvreté à cause de la pandémie. L’accès des plus démunis aux services essentiels sera déterminant pour le rebond des sociétés africaines.

Le geste clé pour prévenir la contagion du COVID-19 consiste à se laver les mains : comment le faire pour la frange de la population africaine disposant encore d'un faible accès à l'eau ? D'autant que ces couches sociales sont touchées par d'autres pathologies (paludisme, malnutrition, maladies provenant de la manque d'eau potable...) qui proviennent aussi d'un manque d'accès aux services essentiels. L'enjeu dépasse ces personnes et leur propre survie : l'arrêt, dans le monde, de la pandémie actuelle dépendra aussi de leur protection.

Pour que les services essentiels atteignent les plus démunis

La baisse des matières premières agricoles et la fermeture des marchés affectent les campagnes et les villes moyennes, ce qui pourrait déstabiliser les capitales, avec de graves conséquences économiques, politiques, et sans doute migratoires.

Les données manquent sur ces populations modestes et les solutions pour répondre à leurs besoins sont plus complexes que celles visant les centres-villes mieux dotés. Pour un accès plus large aux services essentiels, il faudra donc trouver des mécanismes nouveaux, juridiques, économiques et de production, notamment grâce aux technologies numériques : blockchain, smartphones, impression 3D, fibre optique...

Ces innovations ne seront pas de trop : le recyclage des déchets, l'assainissement urbain, les transports, tous vitaux, resteront déficitaires comme partout. Demain, l'accès à la santé et de l'éducation s'appuiera sur une économie innovante et les outils distants qui montrent leur efficacité dans le confinement : enseignement combinant distance et proximité ; médecine améliorée par le télédiagnostic ou le dossier médical mobile.

Financer les études de projets inclusifs

Pour que ces services essentiels atteignent les plus démunis, tous les instruments financiers doivent être combinés : contributions - même réduites - des bénéficiaires, emprunts, capitaux privés, dons de fondations, péréquations tarifaires, subventions d'Etat (et/ou aide internationale).

La Banque africaine de développement estime à 80 milliards d'euros le besoin annuel supplémentaire pour les projets d'infrastructures, autant d'études coûteuses à financer ; pour rendre ces projets inclusifs - à la portée de tous, des compléments spécifiques seront nécessaires.

C'est pourquoi nous proposons que soit créé un outil innovant de financement d'études : le « Fonds d'Etudes pour des Infrastructures Inclusives » (FE2i). Ce Fonds mènera les études, soit pour définir des infrastructures conçues pour les plus pauvres, soit pour rendre inclusifs des projets en cours.

Grâce au FE2i, les cas de succès et les précieuses données seront partagés sur des modes transversaux. Pour pouvoir imposer cette option préférentielle pour les plus pauvres aux investisseurs privés et aux politiques, le fonds aurait les moyens de rendre contraignantes ses solutions, grâce à une gouvernance alliant public et privé. Il complétera les instruments existants, comme le fonds d'études « Project development », créé par Africa50 à Casablanca, précieux mais à vocation plus générale.

Sa dotation initiale de 50 millions d'euros se reconstituera grâce au remboursement des études par les projets. La solidité financière du fonds garantira son indépendance.

L'alliance autour de ce FE2i - Etats, société civile, fonds de private equity, fondations, acteurs bilatéraux et multilatéraux, ONG de développement - permettra cette prise de conscience, afin de donner à tous accès aux services essentiels.

Pour que chacun puisse enfin se laver les mains, et ainsi, se protéger et protéger les autres.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/06/2020 à 11:40 :
Le juridique n'a jamais permis de mettre fin à la pauvreté, malheureusement. Les gens du service devraient montrer plus d'humilité et contribuer plus concrètement à régler les problèmes plutôt que d'imaginer et parler d'un énième fonds qui existe déjà sous de multiples formes et ne servira qu'à rajouter un acteur inutile à faire des études alors que les gens ont besoin de solutions concrètes. Et en effet inclure les principaux concernés dans ce genre de réflexion et proposer eux-mêmes des solutions, qui sont les plus légitimes à les imaginer. L'argent manque, plus que jamais et ce n'est pas en rajoutant un fonds d'étude qu'il apparaître comme par miracle. Et l'argent n'est pas la solution à tout.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :