Maintenons notre confiance et notre engagement en Afrique  !

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Eric Duval, président du groupe Duval et Pierre Carpentier, directeur général Afrique du groupe.
Eric Duval, président du groupe Duval et Pierre Carpentier, directeur général Afrique du groupe. (Crédits : Gr. Duval)
Depuis le début de la crise sanitaire liée au covid-19 et son incursion inévitable en Afrique, de nombreux experts, analystes, institutions internationales prédisent pour le Continent un scénario catastrophe. Ce serait le malheur de trop. Pourtant, dans les faits, la catastrophe annoncée n'arrive pas, l'Afrique est debout et en marche. Restons vigilants, mais aussi réjouissons-nous sincèrement de cette bonne nouvelle dans le contexte actuel.

On peut se demander si cela traduit un manque d'analyse ou de prospective. C'est avant tout le résultat de la capacité d'anticipation et la justesse de la réaction des Etats africains : les contrôles aux frontières ont été mis en place dès le mois de janvier dans de nombreux pays et elles ont été rapidement fermées. En Côte d'Ivoire, le gouvernement a systématisé les tests au niveau régional et des dépistages de masse. Au Sénégal, une politique de tests, d'isolement et d'observation a été mise en place pour les personnes suspectées et confirmées. Des 'brigades covid 19' circulent à Lomé pour sensibiliser la population et encourager le port du masque et un revenu de substitution a été instauré pour les motos taxis souhaitant abandonner temporairement leur activité. Au Cameroun, les gestes barrières et le port du masque obligatoire ont été mis en place et sont bien appliqués. Au Rwanda, le port du masque est obligatoire dans les lieux publics ainsi que dans les foyers où plusieurs familles cohabitent et les personnes testées positives sont systématiquement hospitalisées.

Au-delà, le pragmatisme s'est imposé : le confinement total étant impossible dans la plupart des grandes villes africaines où l'essentiel de la population vit au jour le jour, la priorité a été mise sur la prévention, la sensibilisation et l'information. Beaucoup de nos amis, de nos collaborateurs et de nos partenaires sur le Continent nous confirment qu'après une phase d'inquiétude forte, la vie reprend avec un respect des consignes de prudence et de distanciation. C'est remarquable.

Enfin, la jeunesse du Continent est évidemment un atout exceptionnel pour résister à ce virus qui touche plus durement les personnes âgées.

Singapour et la Corée du Sud apparaissent en champions de la lutte contre le Covid, de nombreux pays africains mériteraient d'être montrés en exemple également. Mais, si l'Afrique échappe à la crise sanitaire qui met à plat les économies les plus solides, résistera-t-elle à la crise financière et économique qui s'annonce ?

L'économie africaine souffrira beaucoup, mais ne s'effondrera pas. D'abord parce que si l'impact de la chute du prix des matières premières, en particulier du pétrole, touchera profondément une quinzaine de pays, en revanche la facture énergétique baissera mécaniquement pour l'essentiel des 54 pays du continent.

Ensuite parce que l'économie africaine est, certes, liée à ses partenaires européens et chinois, mais elle est beaucoup moins ancrée dans la mondialisation. L'intégration régionale et le commerce intra-africain restent des relais de croissance insuffisamment développés qui pourraient permettre de résister à une probable récession en Europe, en Asie et aux États Unis.

Enfin parce que la résilience africaine est une réalité : le Continent regorge d'une énergie vitale essentielle en cette période. La microfinance et le micro-entreprenariat constituent un amortisseur de crise insuffisamment pris en compte dans les analyses macro-économiques, la solidarité familiale prendra le relais. La jeunesse africaine, innovante et confiante en son avenir, qui découvre que les pays développés ne sont eux non plus pas à l'abri des catastrophes, prend son destin en main.

La tribune publiée par 25 intellectuels africains, plus légitimes que quiconque pour parler aujourd'hui de leur continent, nous éclaire sur le fait que « c'est une opportunité historique pour les Africains, de mobiliser leurs intelligences réparties sur tous les continents, de rassembler leurs ressources endogènes, traditionnelles, diasporiques, scientifiques, nouvelles, digitales, leur créativité pour sortir plus forts d'un désastre que certains ont déjà prédit pour eux ».

La tribune de Macky Sall, président du Sénégal, fait vibrer lorsqu'il nous interpelle ainsi avec lucidité : « Exit également les scénarios catastrophistes qui s'évertuent à dessiner un futur d'apocalypse pour le continent. Ce Continent a subi des épreuves autrement plus périlleuses et plus cruelles. Il est resté résilient et tient plus que jamais debout ! »

L'Afrique, il y a quelques semaines encore, était considérée comme le nouvel horizon de développement et de croissance pour l'économie mondiale avec ses taux de croissance attractifs, sa population jeune et en croissance et sa classe moyenne émergente. Ce n'est pas le Covid19 qui remet en cause les fondamentaux de la dynamique de ce Continent.

Dans ce contexte, la décision des bailleurs de fonds d'alléger sans délai le poids de sa dette, devenue plus insoutenable encore, est une décision juste à soutenir et encourager. Cette solidarité honore les Pays riches confrontés à leur propre combat.

Les partenaires privés aussi doivent s'engager. D'abord, en maintenant les programmes d'investissement engagés, en particulier dans les infrastructures sociales qui restent une priorité de développement. Ensuite, en préservant et en développant les emplois, en particulier des plus jeunes. Enfin, en soutenant l'entreprenariat local, en renforçant la part de leurs achats locaux et en soutenant les micro-entrepreneurs.

Le continent africain pourrait sortir plus fort de cette pandémie planétaire, plus conscient de ses atouts et des enjeux de développement et maître de son destin. C'est un partenaire solide et de long terme !

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