Gouvernance et développement, antidotes au terrorisme  !

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Régis Hounkpé, analyste géopolitique et directeur exécutif d'InterGlobe Conseils (Bénin / France).
Régis Hounkpé, analyste géopolitique et directeur exécutif d'InterGlobe Conseils (Bénin / France). (Crédits : DR)
Les maux structurels et profonds qui menacent la stabilité et le développement du continent africain sont loin d'être exhaustifs, tant leur énumération s'apparenterait à un chapelet de mauvaises nouvelles. Le terrorisme constitue la plus grande menace de ces deux dernières décennies et le continent africain n'en est pas épargné.

Des pays absents de la cartographie de la terreur djihadiste comme le Bénin ou la Côte d'Ivoire ont récemment connu leur épisode macabre, figurant désormais parmi les Etats en butte à ce phénomène destructeur et innommable qui emporte vies humaines, civiles comme militaires. Les dernières attaques des camps militaires maliens de Boulkessi et de Mondoro des 30 septembre et 1er octobre sont l'illustration que l'hydre islamiste frappe désormais indistinctement et ne recule plus, portant la mort jusqu'au cœur des lieux sensibles des forces de sécurité et de défense. Près de quarante soldats tombés, complétant la macabre comptabilité des victimes du terrorisme dans la région !

Le dernier sommet extraordinaire de la CEDEAO du 14 septembre à Ouagadougou (Burkina Faso) nous avait fait parvenir une généreuse carte postale, enfin une intention de doter l'organisation d'un plan d'action sur quatre ans (2020-2024) et d'une stratégie de lutte contre l'expansion du péril extrémiste avec à la clé un milliard de dollars.Un milliard de dollars pour venir à bout des groupes armés terroristes et de leurs multiples et actives engeances localisées dans les pays minés !

De fait, l'initiative prise par les présidents des quinze pays de la CEDEAO, soutenue et complétée par leurs homologues de la Mauritanie, du Cameroun et du Tchad est de bon augure, face aux résultats laborieux du G5 Sahel ou encore de la Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation pour le Mali (MINUSMA).

Africaniser la lutte contre le terrorisme, un pas vers la souveraineté sécuritaire

La lutte contre le terrorisme est devenue une urgence mondialisée. Tous les continents sont impactés, ce qui en fait un enjeu international avec des répercussions géopolitiques spécifiques, voire localisées en fonction des pays. Les réponses pour mettre en place des stratégies de sécurité internationale doivent, par ailleurs, tenir compte de spécificités nationales, voire sous-régionales. Lutter contre le terrorisme en Europe du Nord a bien peu de choses à voir avec ce que nous pouvons observer en Afrique de l'Est ou en Amérique latine.

Les dispositifs à l'œuvre pour lutter contre le terrorisme en Afrique de l'Ouest ou dans la bande sahélo-sahélienne sont majoritairement financés et donc dirigés par la France, l'Allemagne l'Union européenne ou encore l'ONU.

Au moment où les pays européens et le monde sont frappés de plein fouet par la récession et des crises économiques à répétition, mais également politiquement par des ethnonationalismes qui délégitiment le soutien logistique et militaire apporté par exemple en Afrique, il est temps que le continent africain s'autonomise totalement. Il est grand temps qu'aux problèmes africains soient mises en œuvre des solutions africaines.

Des solutions africaines avec des forces militaires africaines, un commandement militaire africain souverainement admis par tous, de solides ressources financières et des moyens logistiques africains au niveau.

Au-delà des proclamations diplomatiques post-sommets, il faut passer aux actes et ne pas déléguer exclusivement la sécurité, donc la souveraineté à une puissance européenne, qui elle-même, est confrontée aux mêmes problèmes et se trouve ses propres solutions.Tout l'enjeu de la stratégie africaine déclinée à Ouagadougou trouverait même une forme d'honneur en s'attachant à cette exigence d'africanisation des résolutions des crises, conflits et de toutes formes d'insécurité internationale.

Sécuriser, oui ! Administrer, c'est encore mieux !

Il ne suffit pas de le répéter, mais il faut constater avec effarement que le terreau du terrorisme n'est plus seulement l'obscurantisme et l'ignorance, mais surtout la faillite de certains Etats africains. Une faillite structurelle, presque congénitale qui a fait de ces Etats des terrains de jeux favorables à l'expansion des actions extrémistes. Des territoires entiers de pays laissés à la prédation des groupes armés terroristes qui y implantent une administration et un mode de vie parallèles, organisant une scission des ressources économiques, diffusant un discours dissident en imposant une « offre » politique malheureusement active pour des populations délaissées par le pouvoir central. Le nord du Mali, une partie non négligeable de la République Centrafricaine, par exemple sont devenus des sanctuaires terroristes. La bande sahélo-sahélienne court le risque de se muer en un « jihadistan tropicalisé » organisé, structuré et aux moyens logistiques, humains et financiers illimités qui frapperait tous les autres pays de la région et au-delà.

De fait, la contagion terroriste y a trouvé des conditions fertiles : des Etats démissionnaires, des administrations inexistantes, une absence coupable d'écoles, de centres de santé, de tribunaux, d'instance de médiation, de forces de police et de sécurité, à l'intérieur comme à l'extérieur des frontières.

Il faut donc réinjecter de l'Etat dans ces pays, remettre de la gouvernance et des administrations responsables.Si la réponse immédiate pour venir à bout du terrorisme est sécuritaire et militaire, la solution in fine est d'ordre politique.

En cela, les prévisions du prochain milliard devraient tenir compte de ces impératifs en visant la reconstruction des pays par ce qui en fait la proximité pour les populations : le retour des administrations publiques avec les préfets ou représentants de l'Etat, les personnels soignants et sociaux, les enseignants, les corps judiciaires, les policiers, les militaires, les douaniers.

Le développement avec les populations, remède anti-obscurantisme

Il ne peut avoir de sécurité sans développement et réciproquement.La sécurité est une des conditions non seulement de la stabilité politique d'un pays, mais aussi du développement économique et de l'épanouissement socio-culturel des populations. Quand elle est marquée par une gouvernance approximative ou dégradée, la sécurité est source d'instabilité, de risques politiques et de faillite de l'Etat. En cela, la question du développement économique est centrale.

Pour désarmer les milices privées ou d'auto-défense et les groupes armés terroristes, il est primordial d'avoir prévu une intégration sur le marché de l'emploi et de la réinsertion sociale.La fragilité des Etats africains, en tout cas ceux touchés par le péril djihadiste, n'ont pas su donner un avenir et des perspectives à leurs jeunesses, favorisant des exodes et migrations aux conséquences désastreuses.Le développement, c'est également la promotion de l'éducation et de la culture pour tous et la dynamisation des liens entre les armées, les sociétés civiles, les populations.

Evidemment pour les Etats africains et le continent,plus que jamais pour la stabilité, la démocratie et le développement, la paix a réellement un coût, mais elle n'a pas de prix.

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