Du Capital et des Hommes [Tribune]

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(Crédits : DR)
Un des entrepreneurs les plus "successful" de notre décennie répète souvent dans les conférences dans lesquelles il intervient : ''les employés viennent en premier, pas les clients. Si vous prenez soin de vos employés, ils prendront soin de vos clients''. Dixit Monsieur Richard Branson. CQFD. Un poncif ? Pas vraiment.

La considération des salariés, les forces vives de l'entreprise, celles qui créent la valeur, a souvent fait défaut et les grands oubliés de la croissance des entreprises sont les salariés. Étonnant non ? Quand on sait à quel point la question des talents, du recrutement, de la formation, de l'engagement des salariés dans leurs organisations, de la personnalité des leaders dans les équipes entrepreneuriales sont les premières conditions du succès ... et sont parmi les premiers critères de décision pour les investisseurs. Je ne vais donc pas vous parler ici d'installer un "babyfoot" dans la salle de pause, de penser à proposer des petits plats bio à la cantine d'entreprise ou de programmer des séances de méditation ou de yoga entre les réunions. La considération est certes une question d'estime. Donc de valeur. Et donc, osons le dire, de valorisation. Quelle est la valorisation du travail effectué par les salariés, des idées développées, des projets déployés avec tout le talent, l'énergie et la volonté nécessaires pour faire grandir une entreprise ?

Car c'est bien cela dont il s'agit aujourd'hui. Comment valoriser, comment intégrer financièrement (et donc ''capitalistiquement'') les hommes, et plus particulièrement les salariés, qui contribuent fortement à créer la valeur d'un projet entrepreneurial.

C'est un sujet sur lequel l'État, et même les États réfléchissent aujourd'hui, au niveau international. Quels formats juridiques rendent possible l'intégration des salariés ? Quels systèmes de gouvernance faut-il y associer pour concilier la créativité, l'intelligence collective, le pouvoir de chaque actionnaire et les arbitrages financiers liés à la performance de la structure ? Il y a beaucoup de questions très techniques à étudier, à mesurer, pour que nous puissions adopter des solutions qui valorisent l'actionnariat des salariés. Mais il y a surtout un changement de paradigme à effectuer. Et celui-là est difficile à administrer, car il concerne les mentalités. Comment convaincre les "boards" des jeunes entreprises, préoccupés dans les premières années par la stabilité de leur trésorerie - qui les obligent souvent à prendre des décisions d'abord financières et commerciales - , que leurs salariés sont leur premier "asset", sur lequel ils devraient prendre le temps d'investir ? Comment démontrer aux business "angels" de "start-ups", de PME ou de TPI, que la forme juridique particulière que certains choisissent pour associer leurs salariés en tant qu'actionnaires n'est pas risquée, voire même représente un pari financier d'avenir ? Il y a beaucoup d'obstacles à lever pour faire la pédagogie de ces nouvelles formes de gouvernance et d'investissement.

C'est sur ce sujet que Les États Généraux des Entreprises Citoyens se sont réunis à Essaouira. Plus de 250 entrepreneurs ont apporté leur contribution au nouveau contrat social qui est en train de s'écrire au niveau mondial, au sein duquel le rôle des entreprises change considérablement. De grands financiers, comme Larry Fink, Ceo de BlackRock dans sa ''Letter of purpose'', de grandes institutions bancaires créent des directions de l'engagement, des fonds se créent en inventant des nouveaux produits financiers, de nouveaux formats juridiques pour les statuts d'entreprises, ainsi que des montages financiers permettent désormais d'intégrer les salariés au capital, de les faire profiter des résultats. Il s'agit aussi, j'en suis persuadée, de mobiliser les acteurs économiques plus agiles, mais aussi les plus fragiles dans cette dynamique.

Certaines grandes entreprises françaises nous ont accompagnés dans l'écriture d'un plaidoyer qui sera présenté à l'ONU lors de la semaine citoyenne de Septembre.

Nos valeurs sont là, du côté des entreprises et des entrepreneurs. Il faut montrer avec force que nous croyons aux forces humaines, aux acteurs économiques, aux entreprises qui prennent un rôle citoyen dans un monde où l'on met beaucoup (trop ?) la valeur sur la technologie, en réaffirmant un principe essentiel pour renouer avec la prospérité : l'Humanité est la valeur capitale. Capitalisons donc.

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