Sécurité et économie  : l'Egypte en locomotive de l'Union africaine  ?

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(Crédits : DR.)
Le 1er mars se tenait, à New York, au siège des Nations unies, une conférence intitulée «Les défis de l'Union africaine : construire une intégration continentale solide». Un enjeu de taille auquel le dirigeant égyptien Abdel Fattah al-Sissi aura un an pour répondre, puisqu'il vient de prendre la présidence tournante de l'organisation panafricaine. Si cette prise de fonctions a pu étonner, l'Egypte ayant un temps pu donner le sentiment d'être davantage tournée vers le monde arabe que vers l'Afrique, elle multiplie ces dernières années les initiatives et les gestes en direction du continent. Et semble en mesure de lui faire profiter de son expérience.

Paix et sécurité, une priorité

Au cours de son discours devant ses pairs, le 11 février 2019 à Addis-Abeba, le dirigeant égyptien a clairement présenté la paix et la sécurité sur le Continent comme l'une des priorités de son mandat. Cette priorité résonne comme une évidence alors que l'Afrique est en proie à des menaces diverses -terrorisme dans la bande sahélo-saharienne, conflits interethniques et guerre civile au Soudan du Sud et en RCA, et profonde crise politique et militaire en Libye notamment.

L'Égypte se place dans une position de choix dans ce dossier, étant elle-même lancée dans une lutte sans merci contre les factions jihadistes qui menacent son territoire. Ainsi, dans le cadre de l'opération Sinaï 2018, plus de 500 combattants terroristes ont été tués et plusieurs centaines de caches d'armes détruites. Mais au-delà de la seule question du terrorisme, la sécurité et la stabilité dans un sens plus large se placent au centre des priorités du Caire, dans un environnement géopolitique incertain.

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Ainsi, l'année 2017 a notamment été l'occasion d'un renforcement de la coopération militaire du Caire et de ses principaux alliés -Paris en tête. L'armée égyptienne a, par ailleurs, été la première à commander des avions de chasse Rafale français dès février 2015, entre autres équipements militaires et stratégiques.

Contrer les flux migratoires clandestins

Un autre volet de l'engagement du pays, placé au cœur des priorités du nouveau président de l'Union africaine, est la lutte contre les migrations clandestines. Dans un espace géopolitique instable avec la Libye à l'ouest et le Soudan au sud, l'Égypte a continuellement joué un rôle important dans la lutte contre les flux migratoires qui transitent par son territoire.

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Depuis l'arrivée au pouvoir d'al-Sissi en 2014, de nombreuses mesures ont été prises : la marine égyptienne a ainsi intensifié ses patrouilles le long des 1 000 kilomètres de côtes méditerranéennes, grâce à l'achat de nouveaux bâtiments français, allemands et américains et à la modernisation de son équipement russe. L'aviation a également redoublé d'efforts, multipliant les patrouilles de reconnaissance aérienne au-dessus des eaux territoriales. Police et armée se sont attaquées aux bastions des passeurs et contrebandiers.

Autant d'efforts entrepris conjointement avec les pays européens, des accords de coopération ayant par exemple été signés avec l'Allemagne, la France, la Grèce et l'Italie. Avec succès : en 2017, les garde-côtes ont court-circuité 239 tentatives d'émigration, soit plus de 6 000 clandestins égyptiens, syriens, mais aussi d'Afrique de l'Est et subsaharienne.

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Pourtant, si l'Egypte se place en interlocuteur privilégié pour accompagner la lutte de l'organisation panafricaine contre les migrations clandestines, c'est peut-être moins pour ses prétentions à les stopper par la force qu'à les dissuader par l'édification d'une Afrique performante économiquement, où les jeunes pourront trouver un emploi.

Renforcement de l'axe panafricain

Sur le plan économique, la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf) est l'un des projets les plus importants pour lesquels le président rwandais Paul Kagamé aura passé le flambeau à l'égyptien Abdel Fattah al-Sissi. L'engagement de ce dernier à poursuivre les discussions en vue de l'entrée en vigueur de cet accord semble capital. Parvenir à convaincre les acteurs économiques du Continent encore réticents permettra de confirmer le leadership continental de l'Égypte. Cette prise de leadership est d'autant plus importante qu'elle permettrait, selon Abderrahmane Chabib, président du Conseil Mondial pour la Jeunesse et la Diplomatie, de «désamorcer les conflits qui minent l'Afrique avant qu'ils n'éclatent».

Si d'aucuns ont pu récuser la légitimité de l'Egypte à représenter l'intérêt de l'Afrique, elle qui, sous Sadate et, à plus forte raison, sous Moubarak, s'est détournée du Continent pour regarder vers les Etats-Unis, l'Europe et les pays du Golfe, le pays assume de nouveau son appartenance africaine. Abdel Fattah al-Sissi a ainsi instauré, en 2016, un Comité aux affaires africaines au parlement égyptien, et réalisé le tiers de ses déplacements à l'étranger en Afrique. Une ouverture continentale forte, symbole de la volonté de l'Egypte de renforcer l'axe panafricain.

Ses indicateurs macro-économiques le montrent, le pays d'al-Sissi peut se voir en fer de lance de l'intégration du Continent. Dans une projection rendue publique le 8 janvier, la banque britannique Standard Chartered place l'Égypte en 7e place des économies les plus performantes du monde en 2030. Cette projection fait écho à des performances économiques constantes portées par une croissance de 5,3% en 2018 selon les estimations de la Banque africaine de développement. Principaux moteurs de cette croissance, la reprise du tourisme et de la production de gaz naturel a été renforcée par des efforts constants d'assainissement budgétaire. Par ailleurs, entre 2017 et 2018, le taux de chômage a chuté de 2%, passant de 12 à 10%.

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S'il parvient à convaincre les autres géants économiques et démographiques du Continent (Nigeria, Afrique du Sud, etc.) de lui faire confiance, et de ne pas bloquer les négociations comme cela a pu être le cas par le passé, il n'y a donc pas de raison qu'al-Sissi ne place pas son mandat sous le signe de l'accélération des réformes entreprises par ses prédécesseurs, amélioration du climat sécuritaire et développement de la Zlecaf en tête.

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