Bourse du Nigéria  : de bon élève à bonnet d'âne [Tribune]

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Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Bank.
Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Bank. (Crédits : DR)
Fin 2017, la Bourse du Nigéria était sur un petit nuage. Elle affichait la deuxième meilleure performance boursière du continent, avec une croissance de son indice de plus de 42%. Il s'agissait de la deuxième plus importante appréciation sur un an en l'espace de dix ans. Cette euphorie était largement attribuable à trois facteurs : la politique monétaire de la banque centrale nationale qui a injecté de la liquidité sur le marché, l'appréciation substantielle de Dangote Cement Plc, qui représente un tiers de la capitalisation boursière à Lagos, et le retournement du cycle des matières premières et particulièrement du pétrole. Les premières semaines de 2018 semblaient conforter cette envolée. Pourtant, elle a vite tourné court.

Les affres des marchés frontières

A l'instar de nombreuses bourses des marchés émergents et des marchés frontières, l'institution de Lagos subit les revers de la conjoncture internationale. Le ralentissement marqué de la croissance économique, et les relents protectionnistes américains qui font peser une incertitude sur l'évolution de la conjoncture, ont provoqué un mouvement de repli des investisseurs. Le manque de confiance a d'abord touché les marchés financiers les moins liquides, comme la Russie ou le Brésil, avant de se propager à l'ensemble des places boursières, et dans une moindre mesure sur les marchés développés. La bourse du Nigéria était encore dynamique au premier trimestre mais, désormais, tous les voyants sont au rouge en cette fin de deuxième trimestre malgré des fondamentaux économiques qui restent bons. L'indice NSE est en territoire négatif sur un an, aucun secteur n'a été épargné, et rien ne laisse escompter une amélioration prochaine.

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Bien qu'un rebond des marchés émergents soit possible au deuxième semestre, la bourse de Lagos devrait rester à l'écart de ce mouvement. Cela s'explique d'abord par un mécanisme historique. Les marchés frontières, moins liquides et moins intégrés, subissent les pertes les plus importantes en période d'incertitude économique et mettent plus de temps à rattraper leur retard en période de reprise que les marchés émergents et les marchés développés. Ainsi, dans la foulée de la crise financière mondiale de 2007, les marchés frontières ont affiché un effondrement de près de 66% contre 61% pour les marchés émergents et 55% pour les marchés développés. Alors que les marchés frontières n'ont pas encore renoué avec leur pic de 2008, celui-ci a été dépassé largement en ce qui concerne les marchés émergents et les marchés développés.

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En outre, les facteurs de soutien sont faibles. La hausse attendue du dollar américain devrait provoquer des remous négatifs sur le marché des changes, y compris à l'égard du Naira qui est déjà pénalisé par un système de taux de change multiples très désincitatif pour les investisseurs étrangers. Cette hausse de la monnaie américaine est quasiment inévitable. S'il est difficile de savoir comment investir dans un environnement marqué par le regain protectionniste, la seule certitude qu'on peut avoir c'est qu'une hausse des tarifs douaniers se traduit par une baisse du commerce internationale qui favorise automatiquement le dollar américain comme valeur refuge. Ce n'est malheureusement pas d'une éventuelle hausse du baril de pétrole, qui permettrait un afflux de liquidité et soutiendrait les finances publiques, que le salut viendra. En effet, le niveau du Brent devrait peu évoluer à horizon six mois, et rester dans une borne comprise entre 70 et 75 USD le baril selon nos estimations, soit inférieure au niveau actuel.

Rien avant la présidentielle de 2019

Enfin, un facteur interne va lourdement peser dans les mois à venir. L'élection présidentielle prévue en février 2009 n'est pas encore « pricée » par le marché mais cela ne devrait tarder et se traduire par un regain d'attentisme de la part des investisseurs internationaux, et éventuellement locaux. Ils auront tendance à s'abstenir de prendre position sur le marché avant de savoir lequel des candidats sera en mesure de l'emporter et avec quel programme économique. L'économie du Nigéria a un fort potentiel à terme, et on peut envisager aisément un rebond post-élection à condition que les conditions économiques mondiales s'améliorent. En termes de valorisation boursière, les moteurs de croissance sont là. Les actions de la bourse du Nigéria sont peu chères par rapport aux fondamentaux des entreprises cotées. Il suffirait que l'histoire se répète, comme en 2012 et en 2017, pour que la bourse locale bénéficie d'un vent d'optimisme. En 2012, juste après la crise mondiale, la bourse connut une envolée de plus de 35% sur un an, soit à peine moins qu'en 2017.

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