Les producteurs ivoiriens doivent davantage s'impliquer dans la transformation du Cacao [Tribune]

La Côte d'Ivoire vise à broyer 1 million de tonnes de fèves de cacao d'ici 2022, l’information a été donnée par Yao N’goran, le Directeur Adjoint du Conseil Café-Cacao de la Côte d’Ivoire, ce 23 juin 2018. Le pays, dont la capacité de broyage actuelle est estimée à 720 000 tonnes, a pris des mesures fiscales en faveur des entreprises du secteur pour les inciter à investir dans la transformation. L’initiative a été saluée par le Président l’Organisation Mondiale des Cultivateurs de Cacao (OMCC-WCPO), Toussain N'guessan, qui insiste dans cette tribune sur la nécessité d’impliquer les producteurs ivoiriens dans ce projet, condition nécessaire à sa réussite.
Toussaint N'guessan, président de l’Organisation mondiale des cultivateurs de cacao (OMCC-WCPO).
Toussaint N'guessan, président de l’Organisation mondiale des cultivateurs de cacao (OMCC-WCPO). (Crédits : DR)

Le projet pour le développement de la transformation avec l'objectif de parvenir à broyer 1 million de tonnes de fèves de cacao d'ici 2022 peut produire une nette amélioration des revenus, parce qu'il apporte directement de la valeur ajoutée. C'est une mesure qui pourrait également contribuer à la réduction de la chaîne des intermédiaires, qui sont nombreux à se greffer autour de la part de revenus des producteurs. Pour nous, la meilleure manière de faire est de procéder graduellement, par échelle, en impliquant les petits producteurs, pour asseoir davantage leur présence dans cette chaîne de valeur.

Nous rêvons d'un programme qui explique la transformation aux producteurs ivoiriens, en les associant aux différents processus. Il s'agit d'abord de faire un premier niveau de transformation : il consiste à ne pas aller jusqu'au produit fini, mais de faire du beurre, de la poudre ... sans aller jusqu'au chocolat fini. A ce stade de transformation, le produit n'est déjà plus vendu de façon brute et dès qu'il sort des plantations, il est acheminé directement à l'usine. Nous encourageons le broyage : dans chacune des grandes régions de production, on peut organiser, instaurer des infrastructures dédiées aux producteurs pour limiter d'abord le coût du transport, par exemple. Pour les impliquer, il serait judicieux de procéder à un blocage d'au moins 30% de la production dans chacune des usines au niveau des régions productrices. Cela devra profiter aux productions de la localité et de la région de manière globale, en créant de l'emploi et de la valeur ajoutée sur leurs produits.

La Côte d'Ivoire premier broyeur de cacao au monde

L'initiative annoncée par les autorités ivoirienne est, en effet, une très bonne mesure. La Côte d'Ivoire est le premier producteur de cacao au monde. Il y a longtemps que nous sommes devenus parmi les premiers broyeurs aussi. Nous cherchons à améliorer davantage cette situation. L'objectif des autorités ivoiriennes est de passer d'un taux de broyage de 35% à 50%. Et à ce niveau, nous serons le premier pays broyeur au monde.

Aujourd'hui, avec une production de 2 millions de tonnes de cacao, si nous parvenons à broyer 1 million de tonnes, nous allons résoudre un nombre important de problèmes et de perte sur ce marché. Le broyage induit le développement de la transformation locale et la hausse de la consommation locale. Ce sont des parts de marchés à gagner et qui peuvent améliorer de façon significative et substantielle les revenus des producteurs.

Impliquer davantage les acteurs locaux

Dans tous les cas, pour faire de ce projet une réussite, nous conseillons d'impliquer davantage les producteurs qui sont à la base de la production. Il est impossible de rendre une filière durable, si ceux mêmes qui sont l'épine dorsale, à la base de la production, ne sont pas associés et impliqués dans la définition de politiques les concernant. Pour que cette filière soit durable, il faut renforcer la production des producteurs dans la chaîne. Et je réitère que naturellement pour la question de la transformation, nous saluons et appuyons l'initiative. Nous tenons à rappeler que pour ce qui est déjà fait, dans 84% des activités de la transformation en Côte d'Ivoire, aucune compagnie nationale ou organisation de producteurs n'est impliquée. Les producteurs ivoiriens de cacao doivent être impliqués dans la transformation ; parce qu'il est possible de développer la filière de la transformation en privilégiant les entreprises étrangères, mais dans ce cas, ce n'est plus la Côte d'Ivoire qui transforme, mais l'on transforme plutôt en Côte d'Ivoire. Les producteurs ivoiriens de cacao doivent être davantage impliqués dans la transformation, pour réussir l'objectif de broyer 1 million de tonnes de fèves de cacao d'ici 2022.

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