La deuxième chance de l'Afrique du Sud [Tribune]

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(Crédits : Reuters)
L'Afrique du Sud vient d'entrer dans une nouvelle phase de son histoire avec le départ de Jacob Zuma et l'accession au pouvoir de Cyril Ramaphosa. Il faut espérer que le temps perdu depuis l'abolition de l'Apartheid sera rapidement rattrapé et que le pays pourra sortir sans tarder du marasme économique qu'il traverse. À cause de l'importance symbolique que revêt tout ce qui se passe dans la nation Arc-en-ciel, l'enjeu dépasse largement le cadre des frontières nationales et un succès ou un échec de la nouvelle étape qui s'engage aura des répercussions sur l'ensemble du continent.

Les maux qu'il est urgent de guérir sont considérables. La gabegie gangrène le pays. Comme ailleurs sur le continent, elle empêche l'Afrique du Sud de profiter des immenses ressources et du potentiel de dynamisme qu'elle renferme.

L'économie stagne et le chômage atteint près de 30 % de la population active, encore davantage chez les jeunes dont le niveau d'éducation, faute d'investissements suffisants, reste largement inadapté aux besoins de l'économie. En un quart de siècle, l'ANC n'a pas été en mesure de s'attaquer à l'héritage structurel de l'apartheid : l'immense inégalité qui sévit dans le pays. Ici comme ailleurs, c'est la faillite de l'Etat postcolonial qui guette le pays.

 La personnalité de l'ancien président récemment débarqué incarne l'ampleur du problème. Visé par près de huit cents chefs d'accusation, Zuma s'était fait la caricature de ces dirigeants africains ayant troqué la légitimité de leur combat contre la colonisation pour un affairisme sans vergogne aux dépens des intérêts du pays pour lequel ils s'étaient battus dans leur jeunesse. Son départ ne suffira pas à tout régler, tant s'en faut. Les réseaux de la corruption ne sont malheureusement jamais le monopole d'un seul homme, mais la fin de l'ère Zuma constituait un préalable à toute entreprise d'assainissement.

 L'ANC qui domine le pays depuis un quart de siècle, doit se réinventer et mettre fin au clientélisme et à l'impunité qui a permis à certains de ses membres de s'approprier une part importante de la richesse nationale. Le départ de Zuma est un premier signe que le parti de Mandela peut se régénérer. Mais il reste à restaurer sa crédibilité en faisant le ménage dans ses rangs. Telle est la tâche qui attend Ramaphosa dans la perspective de l'élection présidentielle de l'an prochain. L'ANC a de bonnes chances de l'emporter mais doit mettre un terme à l'érosion de sa popularité qui lui a fait perdre le contrôle de quatre villes importantes lors des dernières municipales. L'intégrité et le pragmatisme que l'on reconnaît généralement au nouveau dirigeant ne seront pas de trop pour gagner ce pari.

Lorsque Nelson Mandela s'était retiré en refusant de s'accrocher au pouvoir, comme tant d'autres libérateurs qui sont devenus despotes, Ramaphosa était son successeur favori, mais Mandiba n'avait pu imposer son dauphin à l'appareil du parti. Près d'un quart de siècle plus tard, l'Afrique du Sud voit se présenter une nouvelle chance de réaliser enfin les immenses espoirs suscités alors.

 Après le Nigéria, l'Afrique du Sud est la deuxième économie du continent. Bien qu'elle reste très dépendante du secteur minier, elle a aussi l'un des meilleurs potentiels, avec un système bancaire efficace, une puissante base industrielle, de bonnes infrastructures et des entreprises compétitives. À l'image d'autres pays africains, c'est aussi une économie où coexistent deux secteurs, celui des centres urbains qui se modernisent et celui des zones rurales arriérées. Un succès économique en Afrique du sud serait un exemple à suivre, un nouvel échec serait une grave déception pour tous.

C'est une opportunité unique et pleine d'enseignements pour l'ensemble du continent. Il n'y a pas véritablement de « printemps africain » mais, comme à Pretoria, nous assistons à une succession de transitions dans bien des pays en difficultés, avec l'avènement de nouveaux dirigeants porteurs de renouveau, que ce soit en Angola, au Zimbabwe, et maintenant en Éthiopie. L'Afrique du Sud a une nouvelle occasion de montrer l'exemple. Pour son bien et celui de tout le continent, elle ne peut se permettre de manquer sa deuxième chance.

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Commentaires
a écrit le 07/03/2018 à 18:46 :
"Bien qu'elle reste très dépendante du secteur minier, elle a aussi l'un des meilleurs potentiels, avec un système bancaire efficace, une puissante base industrielle, de bonnes infrastructures et des entreprises compétitives". Serait-ce "politiquement incorrect" de rappeler au lecteur quelles sont les personnes auxquelles l'Afrique du Sud doit ce fort potentiel de base ?

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