« La croissance africaine du XXIe siècle sera agricole ou ne sera pas »

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Joseph Owona Kono, Co-président de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE
Joseph Owona Kono, Co-président de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE (Crédits : DR)
Si l'enjeu migratoire a été au cœur de l'actualité du sommet Union Africaine - Union Européenne avec le drame libyen, c'est avant tout l'avenir de la jeunesse africaine qui était au cœur des préoccupations. Or c'est en misant sur la transformation et le développement de son agriculture que le continent africain connaîtra une croissance inclusive et durable, pleine d'opportunités pour sa jeunesse.

Parmi les nombreux défis qui se posent au continent africain, celui de la transformation de son agriculture est le plus urgent, mais aussi le plus prometteur.

Urgent, parce qu'aujourd'hui encore, l'Afrique fait face au spectre de la famine et de la malnutrition. Un quart de la population est sous-alimentée, tandis que plus d'1,4 millions d'enfants sont menacés par la famine selon l'UNICEF. Symbole de notre dépendance à l'extérieur, l'Afrique importe chaque année près de 35 milliards de dollars de denrées alimentaires. Un chiffre qui pourrait tripler d'ici 2025 si nous continuons de délaisser notre potentiel agricole. Sa productivité agricole est plus que faible, près de quatre fois moins que dans les pays à forts rendements.

Prometteur, car le potentiel agricole de l'Afrique est bien réel. Le continent africain recèle plus de 600 millions d'hectares de terres cultivables non-exploitées, soit près de 65% des terres arables disponibles mondiales. L'agriculture représente déjà 25% du PIB du continent et emploie près de 60% de la population active africaine. Sans compter que le secteur agricole africain est encore composé dans sa grande majorité de petits exploitants : 80% des exploitations font moins de deux hectares. Avec 220 millions de jeunes appelés à entrer sur le marché du travail d'ici 2030 en zones rurales, le secteur agricole peut offrir à la jeunesse de nombreuses opportunités professionnelles.

Investir dans l'agriculture est le meilleur moyen de bâtir une croissance inclusive et durable pour le continent. De nombreuses études ont démontré que le secteur agricole, plus que tout autre secteur, est efficace pour réduire la pauvreté. En associant institutions, grandes entreprises et petits exploitants dans un grand programme de transformation agricole, l'Afrique peut devenir le grenier du monde après avoir éradiqué la malnutrition sur son sol. Développer les zones rurales permet de fixer les populations, évitant ainsi de créer des mouvements migratoires de personnes poussées par la précarité à aller vers les villes ou même vers le continent européen. On ne peut faire face au défi des grands mouvements migratoires d'Afrique subsaharienne qu'en incluant l'agriculture et le développent rural dans la réponse à y porter.

Surtout, alors que la main d'œuvre agricole est vieillissante, il est temps d'assurer la transmission d'un savoir-faire ancestral à une jeunesse africaine qui y apportera sa créativité. Loin d'être un métier archaïque, la vie d'un agriculteur ressemble en tout point à celle d'un chef d'entreprise avec d'importantes contraintes et responsabilités. Sans compter que l'agriculture participe pleinement à l'économie numérique avec l'usage des big data, des objets connectés ou encore des drones. Comme le président de la Banque africaine de développement, Akinwuni Adesina, le souligne, nous devons changer l'image de l'agriculture, en faire un secteur « cool » pour que les jeunes se tournent vers ce secteur qui est un business à part entière.

Alors que l'Afrique et l'Europe font face à de nombreux défis communs - le changement climatique, les migrations, la mise en place d'une croissance durable, la lutte contre l'extrémisme - la coopération économique et politique des deux continents est plus que jamais nécessaire. Or l'agriculture, par l'ensemble des enjeux politiques, économiques, sociales et environnementales qu'elle recouvre, doit former le pilier de ce projet qui doit unir nos deux continents ces prochaines années. Le fait qu'une délégation du Parlement européen se soit rendue dans une plantation de bananes à proximité d'Abidjan lors de son séjour en Côte d'Ivoire est un signal fort en faveur du développement de l'agriculture africaine. La filière banane est un parfait exemple de réussite d'une industrie créatrice de richesses et d'emplois, qui bénéficie du soutien de l'Union européenne pour améliorer sa compétitivité et sa durabilité. Espérons maintenant que ce signal soit entendu jusqu'aux bureaux de la Commission à Bruxelles.

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