« Africa Convergence Dakar » : quelles clés pour libérer le potentiel de l'attractivité africaine ?

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(Crédits : Reuters)
En Afrique plus qu'ailleurs, des stratégies idylliques sur le papier font face aux défis de leurs exécutions, et de ce fait, restent justement au stade de belles intentions sur... le papier.

Suffit-il de bien planifier une stratégie, publique ou privée, pour atteindre les résultats escomptés ? Sans équivoque, la réponse est négative. En Afrique plus qu'ailleurs, des stratégies idylliques sur le papier font face aux défis de leurs exécutions, et de ce fait, restent justement au stade de belles intentions sur... le papier. Voici une problématique qui relève autant de la gouvernance que de la philosophie, en passant par l'économie, les finances et les ressources humaines, à l'image des champs d'expertise des intervenants qui ont animé, à Dakar, le premier panel de la 3e Conférence internationale Africa Convergence : «Attractivité : comment lever les barrières pour libérer la croissance».

Comme à sa désormais habitude -après les éditions «Africa Convergence» de Paris et de Casablanca-, ce vendredi 22 juin, La Tribune Afrique a réuni dans la capitale sénégalaise, un éventail d'intervenants et de participants aux horizons hétéroclites, mais qui convergent vers un même horizon : «Transformation et Emergence : les défis de l'exécution stratégique ».

«Le développement est une histoire de talents, de mise en œuvre de stratégies et de capitaux. L'Afrique a clairement démontré qu'elle regorge de talents. Les défis qui se posent à elle relèvent de l'exécution stratégique et de la mobilisation des capitaux, principalement au profit des PME qui constituent le moteur de toute économie en développement», analyse Alioune Sarr, ministre sénégalais du Commerce, du secteur Informel, de la consommation et des PME. Ces éléments que relève ce dernier convergent étroitement avec ce qui fait l'attractivité économique pour les pays, constituant ainsi soit une barrière, soit un gisement d'opportunités.

Au titre des barrières, Hyppolyte Fofack, économiste et directeur de la Recherche et de la coopération internationale à l'African Export-Import Bank, a dressé un tableau comparatif de l'attractivité entre les niches se trouvant en Suisse, à Singapour, en Chine. Pour lui, la taille du marché, les risques pays constituent les obstacles les plus significatifs. Mais il a relevé que les pays cités en exemple ont d'abord «privilégié l'épargne domestique» qu'ils ont investie pour être plus compétitifs dans leur attractivité.

Car comme le rappelle Souleymane Bachir Diagne, philosophe, et professeur émérite à la prestigieuse Columbia University, l'attractivité est également une question de volonté et de l'horizon que chaque leader donne à ses ambitions :

«L'idée qu'il faut regarder le plus loin possible est très importante. Plus l'on se projette loin dans le temps, plus ce que l'on pense être une barrière à l'attractivité se révèle être parfaitement surmontable, à condition qu'une volonté puissante et persistante accompagne ce processus».

Pour résumer, ce dernier définit l'attractivité comme le fait de «faire en sorte que les attributs -pour les pays et les entreprises- soient comme l'on dirait en français simple : "un tape-à-l'oeil" qui tient compte de la restitution fidèle de la promesse entre comment on se présente et le message que l'on délivre».

De son côté, le capitaine d'industrie Pascal de Izaguirre, PDG de la compagnie aérienne Corsair, insiste à juste titre sur l'importance de la connectivité intra-africaine pour le degré d'attractivité des pays africains pris individuellement, et surtout de l'Afrique en tant que bloc économique globalisé.

«Les liaisons aériennes intra-africaines doivent être développées, et ce, en priorité par les compagnies africaines, qu'elles soient nationales ou privées. Les pays du Continent souffrent également du manque de liaisons domestiques. Il est encore globalement difficile de se déplacer en Afrique. Cette barrière qui empêche l'attractivité africaine de s'exprimer pleinement est en grande partie due à la persistance d'un système d'accords aériens bilatéraux contraignants et contre-productifs pour les pays africains», souligne celui qui a longtemps mené ses missions dans le transport aérien africain, notamment en Côte d'Ivoire.

Dans la même perspective, Samira Khamlichi, PDG de Wafacash, insiste sur un élément essentiel pour la montée en puissance économique de l'Afrique et surtout pour une inclusion économique et sociale qui profite au plus grand nombre d'Africains.

«La transformation numérique permet à l'Afrique de brûler les étapes d'une manière vertueuse, à l'exemple du "mobile money", un domaine où l'Afrique est le champion mondial et qui constitue aujourd'hui un vecteur d'inclusion économique très efficace», souligne la patronne de Wafacash.

Pour tout mettre en musique, de la synergie entre les différents acteurs, Lamia Marzouki, directrice générale adjointe de Casablanca Finance City Authority qu'il faut des interactions naturelles que créent les acteurs qui les mettent en rapport. «Notre rôle est de jardiner cet écosystème, l'arroser et créer des interactions naturelles entre les entreprises», soutient-elle dans une formule très imagée

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