Pierre de Gaétan Njikam : « Nous aurons des messages à faire passer à la veille de la présidentielle »

La prochaine édition des Journées de l'Afrique et de ses diasporas (JNDA) créées en 2013 par Pierre de Gaétan Njikam, conseiller municipal de Bordeaux et directeur général de la Fondation Pierre Castel, sera sous le signe de l'entrepreneuriat. L'ancien conseiller d'Alain Juppé entend bien inscrire la voix les diasporas africaines à l'ordre du jour de la prochaine campagne présidentielle française.

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(Crédits : DR.)

La Tribune Afrique : Comment se dérouleront les prochaines JNDA et quels en seront les temps forts ?

Pierre de Gaétan Njikam : Arrivés à la 9e édition, l'enjeu est de revenir aux fondements de la démarche. Nous cherchons à accorder une dimension plus importante au volet économique lors de cette édition qui se déroulera du 24 au 26 mars 2022, au Palais de la Bourse de la Chambre du Commerce et de l'Industrie de Bordeaux et qui s'articuleront autour de plusieurs temps forts. Premièrement, la valorisation de la pensée africaine. Ensuite, les partenariats innovants en matière économique. Nous attendons des personnalités telles que Lionel Zinsou ou Alain Juppé, Kako Nubukpo, Didier Acouetey et Alain Mabanckou. Le troisième temps fort s'intéressera à la culture et au sport. Un grand concert sera organisé en partenariat avec Universal Music, mais aussi une finale de la Coupe d'Afrique des nations des diasporas. Nous voulions rebondir sur la CAN à travers les sportifs des diasporas réunies à Bordeaux. C'est l'hospitalité légendaire de la ville qui nous a incités à proposer des rencontres culturelles en marge de l'événement.

Précisément, dans l'inconscient collectif, Bordeaux reste attaché à l'histoire de l'esclavage. Aujourd'hui quel lien entretient la ville avec le continent africain ?

Les Journées de l'Afrique et de ses diasporas (JNDA) appartiennent à cette « opération vérité » que la ville a entamée depuis maintenant une dizaine d'années, notamment à travers tout un travail de mémoire réalisé au musée d'Aquitaine. Nous devons regarder vers le futur sans pour autant oublier un passé parfois douloureux.

Quels sont les principaux thèmes qui seront abordés cette année ?

Nous reviendrons sur des thèmes majeurs pour le continent tels que l'agriculture, la transition écologique, le numérique et l'entrepreneuriat -notamment féminin-, la jeunesse et les défis liés à l'énergie, mais aussi à la santé, la protection sociale, l'emploi et la formation de la jeunesse.

Ce rendez-vous réunissant les membres des diasporas africaines en France se déroulera trois semaines avant le premier tour des élections présidentielles françaises. Quels sont les messages que vous souhaitez porter dans le débat présidentiel ?

Nous aurons des messages à faire passer à la veille de la présidentielle. Le premier message est de rappeler que l'Afrique a décidé de se prendre en main et n'attend personne, encore moins la France ou l'Europe. L'Afrique est au cœur des relations globalisées et nous voulons que la classe politico-économique française accélère ses initiatives en termes de partenariats avec le continent. Nous attendons de savoir quelle sera la place des diasporas africaines de France, dans l'espace public à l'occasion de la prochaine présidentielle. Enfin, nous poserons la question de l'amélioration des projets en matière de soutien à l'entrepreneuriat en Afrique, car elles sont encore relativement timides.

Le Nouveau Sommet Afrique-France de Montpellier a mis en évidence une certaine défiance de la jeunesse africaine et des diasporas africaines de l'Hexagone vis-à-vis de la France. Ce thème sera-t-il évoqué à l'occasion des JNDA ?

La nature de l'exercice montpelliérain ne pouvait tenir que dans ses propres limites, car ce n'est pas à l'occasion de cette rencontre qui n'était finalement pas un Sommet, que des résultats très concrets pouvaient voir le jour. C'était une sorte de grande causerie utile, cela étant, les attentes reposent sur la co-construction de partenariats innovants pour sortir d'une relation bilatérale qui a montré ses limites. Prenons l'exemple de l'éducation face au défi démographique du continent qui comptera près de 2,4 milliards d'habitants à l'horizon 2050 : quelle est l'offre française ? Les quelques ETI françaises ne suffiront pas à répondre aux enjeux de base du continent. Il faut aller au bout des ambitions affichées (...) Quant au sentiment « anti-français » qui peut faire l'objet d'une certaine instrumentalisation, il existe bel et bien au sein des diasporas africaines. Maintenant, la question est de savoir comment les diasporas se donnent les moyens de proposer une voix structurante et audible.

Justement, de quelle façon s'articulent les différentes initiatives relatives aux diasporas africaines en France ?

Il faut désormais accélérer les synergies entre les différentes initiatives comme le Club Efficience ou le Conseil présidentiel pour l'Afrique (CPA). J'ai lancé cette initiative à Bordeaux et il en existe d'autres à Lille, Strasbourg ou Marseille, mais aussi à Paris. L'idée est de faire en sorte que toutes ces initiatives se connectent pour davantage de pragmatisme et de résultats.

Comment ont évolué les JNDA et de quelle façon mesurer les résultats de ces rencontres ?

De la dimension culturelle à celle de l'économie et de l'entrepreneuriat, nos éditions ont sensiblement évolué au fil du temps, mais le plus important reste le renforcement d'un écosystème transnational qui permet aux membres des diasporas africaines d'être accompagnés dans leurs projets (...) Durant la première édition, les JNDA ont réuni 500 et nous sommes arrivés à plus de 2 000 participants. En 2022, nous en attendons 3 000. Grâce au « Club des bâtisseurs » qui accueille les jeunes entrepreneurs africains à Bordeaux, nous bénéficions aujourd'hui d'un réseau de plus de 200 entrepreneurs répartis dans une dizaine de pays africains. Enfin, je pense que nous avons contribué, à travers ces rencontres, à concentrer l'attention des pouvoirs publics, mais aussi du secteur privé, sur des diasporas trop longtemps absentes du débat national. Nous avons notamment offert la première tribune au CPA, l'initiative du président Macron pour intégrer les diasporas dans la réécriture de la relation entre la France et le continent africain.

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

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