La start-up californienne Holberton lève 20 millions de dollars et renforce sa présence africaine

Holberton transforme plongeurs, carrossiers ou sans domicile fixe en informaticiens, à travers une méthode d'enseignement alternative, reposant sur le P2P, sans frais d'inscription avant embauche. Mi-avril, la start-up a levé 20 millions de dollars pour soutenir son développement en Afrique, le continent du « Next Billion Users ». Rencontre avec Julien Barbier, CEO de Holberton qui ambitionne de former 500 000 Africains d'ici 2030...

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(Crédits : DR.)

La Tribune Afrique- Un Français expatrié aux Etats-Unis qui développe l'edtech en Afrique, ce n'est pas courant, comment en êtes-vous arrivé là ?

Julien Barbier - J'ai suivi mes études pour devenir ingénieur informaticien en France où j'ai trouvé mon premier emploi, dans la société Wengo. J'ai ensuite lancé NoteTonEntreprise.com qui avait fait couler beaucoup d'encre à l'époque, car c'était la première fois que les salariés français pouvaient évaluer leur entreprise en ligne [...] J'ai ensuite créé un site de e-commerce - Eurisko International- avant de me diriger vers la Silicon Valley, qui représente une sorte de Disneyland pour les développeurs du monde entier. J'ai lancé Holberton il y a 6 ans, à l'âge de 34 ans, avec 2 amis et associés [qui se sont retirés depuis, ndlr]. Holberton compte désormais une équipe de 25 collaborateurs et ma vie s'organise entre les Etats-Unis, l'Afrique et l'Europe.

Que recouvre le réseau d'écoles Holberton School ?

Nous avons cherché une alternative au coût prohibitif des formations de très haute qualité. Etudier à Harvard n'est pas permis à tout le monde ! Nous avons créé des outils permettant de renforcer les formations de très haute qualité et qui soient accessibles à tous. En substance, Holberton School représente aujourd'hui, un réseau de plus d'une quinzaine d'écoles physiques à travers le monde. Les étudiants payent leurs frais de scolarité, une fois qu'ils ont trouvé un emploi. Les formations en anglais le plus souvent, durent 18 mois et sont validées par un certificat. Aucun diplôme d'entrée n'est requis. Il n'y a pas de professeur, les formations reposant sur des pédagogies par le peer-to-peer. Nous avons développé un logiciel capable de corriger tous les projets des étudiants en un temps record. Par ailleurs, nous accordons une grande importance à la dimension « apprendre à apprendre », car nous ignorons encore largement les métiers de demain. Il faudra savoir s'adapter vite [...] Historiquement, nous avons démarré nos activités aux Etats-Unis avant de nous étendre en Amérique latine et aujourd'hui, la demande vient surtout d'Afrique.

Parallèlement au réseau Holberton School, une nouvelle offre plus flexible a vu le jour, de quoi s'agit-il ?

Nous avons effectivement cherché à répondre aux besoins de profils qui n'ont pas nécessairement le temps de suivre en présentiel, une formation de 18 mois. Nous avons élaboré un programme « à la carte », l'OS of Education, plus souple pour nos partenaires qui sont des gouvernements, des régions, des universités ou des centres de formation. Nous avons récemment adapté une offre spécifique au Maroc, car notre partenaire, Honoris United Universities [réseau panafricain d'enseignement supérieur privé rassemblant des institutions supérieures d'Afrique du Nord et d'Afrique du Sud, ndlr] cherchait à ajouter la dimension « projet » à leurs formations. Ces modules sont auto-corrigés, ce qui représente un certain gain de temps pour le corps enseignant.

Quels ont été les impacts de la pandémie de Covid-19 sur vos activités ?

La pandémie a représenté un frein pour notre réseau Holberton School puisque les établissements ont été fermés. Leurs portes rouvrent peu à peu. Très rapidement, nous nous sommes adaptés en dématérialisant les cours et il n'y a pas eu de rupture d'apprentissage. En revanche, sur les autres services proposés, nous avons connu une véritable accélération. La demande a explosé en Afrique. De nombreux partenaires considèrent la dématérialisation du travail comme un moyen pour l'Afrique, d'accélérer la formation des informaticiens [...] Il n'existe aucun pays à ce jour, capable de répondre à ses propres besoins en la matière, pas plus la France que le Sénégal ou l'Afrique du Sud. Il y a une guerre des talents mondiale. Cependant, la pandémie de Covid-19 a démontré que la formation à distance fonctionnait... L'Afrique dispose de certains atouts par rapport à l'Europe ou les Etats-Unis en termes de dématérialisation, car elle est déchargée du poids des structures historiques comme c'est le cas dans le secteur bancaire par exemple [aujourd'hui distancé par le mobile banking, ndlr], qui ralentit l'innovation. Ce qui manque à l'Afrique, ce ne sont pas les idées, mais des formations accessibles et de qualité.

En avril, vous avez levé 20 millions de dollars pour développer vos activités. Cette opération a été menée par Redpoint eventures avec un nouvel investisseur Pearson Ventures et la participation des investisseurs existants Daphni, Imaginable Futures, Reach Capital et Trinity Ventures. Comment seront ventilés ces fonds ?

Ces fonds nous serviront essentiellement à soutenir le développement de nos activités sur le continent africain. Nous allons également améliorer nos outils. D'ici la fin de l'année, nous aurons plus d'étudiants inscrits en Afrique, que partout ailleurs dans le monde... Nous avons ouvert une école en Tunisie en 2019 et plusieurs discussions sont déjà bien avancées dans plusieurs pays [République démocratique du Congo, Ghana, Kenya, Ouganda, Nigeria et Tanzanie, ndlr] sur nos 2 offres. Le 29 avril, Holberton a passé un partenariat avec la société malgache SAYNA, spécialisée dans l'éducation et le micro job IT en ligne, avec des cursus créés grâce à l'OS of Education, le système d'exploitation d'Holberton [l'objectif est de former 500 nouveaux développeurs à Madagascar d'ici la fin 2021, ndlr] [...] Depuis 2015, nous avons dispensé des formations à plus de 2 000 étudiants. Notre croissance s'accélère très vite. Plusieurs écoles sont en construction et nous projetons de compter 10 000 étudiants supplémentaires cette année. A moyen terme, notre ambition est d'aider plus de 500 000 personnes en Afrique à accéder à une formation de haut niveau d'ici 2030.

Si vous deviez retenir un exemple de réussite d'un étudiant ayant suivi la formation de Holberton School, laquelle choisiriez-vous ?

Nous avons déjà connu plusieurs belles histoires en peu de temps ! Certains étudiants étaient plongeurs ou travaillaient dans des entrepôts, d'autres étaient artistes ou sans domicile fixe, et ils ont trouvé un emploi, à l'issue de leur formation. En 2017, Max Johnson, un jeune américain de 33 ans, inscrit dans la seconde promotion du réseau Holberton School, dormait dans sa voiture. Le New York Times l'avait rencontré à cette époque. Il a traversé les Etats-Unis pendant l'année de sa formation et finalement, il est reparti de San Francisco en avion et en costume ! Aujourd'hui, il travaille comme ingénieur dans une grande société informatique à New York. Depuis le lancement de notre entreprise, plusieurs étudiants ont trouvé des emplois chez Apple, Google, la NASA ou LinkedIn et c'est la plus belle des récompenses !

Propos recueillis par Marie-France Réveillard

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