Laure Olga Gondjout : « Le président pouvait intervenir là où personne ne l’attendait »

Femme politique, ancienne ministre et ancien Médiateur du Gabon. Laure Olga Gondjout vient de publier «Instants de vie, Omar Bongo, les miens et le monde», un livre-mémoires qui retrace notamment les instants de son parcours de grand commis de l'Etat auprès de l'ancien président gabonais Omar Bongo.
Mounir El Figuigui

7 mn

(Crédits : DR.)

La Tribune Afrique - Vous venez de publier Instants de vie, Omar Bongo, les miens et le monde (EditionsTabala, octobre 2020) une biographie qui retrace votre parcours de femme politique et de grand commis de l'État gabonais. Pourquoi cet opus maintenant ?

Laure Olga Gondjout - Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, en écrivant ce livre, j'ai voulu m'adresser aux Africaines, et aux Africains, mais aussi, aux amis de l'Afrique. En convoquant la mémoire d'Omar Bongo qui, n'en déplaise à certains, a été une grande figure du continent, j'ai voulu, dans un contexte de tensions politiques grandissantes, rappeler son message de dialogue et de paix aux acteurs et actrices politiques de notre continent. Beaucoup trop de gens oublient beaucoup trop vite, les leçons de vie, de paix, et parfois de gouvernance des hommes et femmes qu'Omar Bongo a pu nous donner. Auprès de lui, j'ai appris notamment sur l'humain, sur la gouvernance des hommes et des femmes, sur la gestion de la cité, sur les relations internationales... Les oublieux du passé, y compris de celui d'Omar Bongo ou d'Houphouët Boigny tentent trop souvent d'effacer de leur mémoire ce que ces illustres personnalités nous ont appris et, malheureusement, finissent par nous ramener aux situations d'immaturité politique que nous pouvons voir ça et là...

Vous avez été conseillère et proche collaboratrice, puis ministre de l'ancien président Omar Ondimba Bongo . Quels sont les évènements qui vous ont le plus marqué durant ces années ?

Tant de choses ! Je me souviens de la rencontre avec le président Nelson Mandela qui, à sa sortie de prison, a réservé au Gabon sa première sortie d'Afrique du Sud dès sa libération. De même, il me revient qu'après avoir quitté ses fonctions de président de la république d'Afrique du Sud, il est de nouveau, revenu au Gabon où, il a rédigé une partie de ses mémoires. J'ai ainsi eu le grand honneur d'échanger avec lui sur un certain nombre de sujets.

J'ai par ailleurs été frappée par la capacité de maîtrise du président Omar Bongo à gérer les événements regrettables qui ont secoué le Gabon de 1990 à 1994 consécutifs à la disparition de Joseph Rendjambé et à la crise postélectorale de la première élection présidentielle sous l'ère du retour au multipartisme.

J'ai, en outre, relevé l'intensité des relations que le président Omar Bongo entretenait avec le président Houphouët Boigny qu'il considérait comme son grand-frère, son parrain politique, et qu'il respectait. Des relations faites de complicité, de respect, de loyauté et d'identité de vue sur la gestion des crises politiques africaines.

Je me souviens aussi de la visite d'Etat du président de la République populaire de Chine, M. Hu Jintao. Cette visite symbolisait à la fois un grand succès diplomatique pour le président Omar Bongo Ondimba qui a accueilli lui-même, pour la première fois au Gabon, un dirigeant de cette grande puissance amie en terre gabonaise. Ce déplacement du dirigeant chinois a confirmé l'importance que la Chine accorde au Gabon et a contribué au renforcement des relations entre les deux pays.

Enfin, chacun sait la forte implication du président Omar Bongo dans la libération des otages du Groupe Bouygues au Cabinda en Angola... Bref, le président pouvait intervenir là où personne ne l'attendait, et contribuait, à régler des problèmes multiples et variés.

Certains pensent encore que votre décision de vous installer en Côte d'Ivoire a été plus une contrainte qu'un choix. Que leur répondez-vous ?

Une contrainte ? De qui ? De quoi ? Cette opinion est fondée sur quoi ? En vérité, ce n'est pas ma lecture. J'ai librement choisi de m'installer en Côte d'Ivoire, que j'ai toujours considérée comme ma deuxième patrie. D'ailleurs dans mon ouvrage, j'évoque les raisons de mon profond attachement à ce pays d'Afrique. Quand certains choisissent de changer d'air, ils s'installent en Europe. Moi j'ai choisi la Côte d'Ivoire. Je n'y ai été contrainte par rien et par personne.

Vous avez récemment annoncé la création d'une académie pour la paix. Où en est ce projet aujourd'hui ?

Le projet de l'Académie pour la Paix et le Développement en Afrique est dans sa phase de gestation. Son lancement est très proche, vous en serez naturellement informés. Je me réjouis d'ores et déjà de la diversité et de la qualité des personnalités à la riche expérience et la parfaite connaissance des problématiques africaines qui ont spontanément décidé de porter ce projet avec nous, en vue de sa proche mise en œuvre.

Nous rêvons d'une Afrique capable de se regarder elle-même, et de prendre à bras le corps, ses propres maux pour enfin, y apporter ses propres solutions. AFRIPAX est le nom de notre académie et nous voulons qu'elle porte, elle aussi, les espoirs des Africains d'aujourd'hui et de demain.

Plus que quiconque, vous êtes au fait des réalités de votre pays, le Gabon. Si vous aviez à résumer la situation économique et politique actuelle de ce dernier, quel bilan en dresseriez-vous ?

A l'instar de la plupart des pays, je note que le Gabon connaît une crise économique et sociale dans un contexte de lutte contre la pandémie de Covid-19. Le pays comme bien d'autres, ne fonctionne pas tout à fait normalement depuis bientôt un an, et il ne vous a pas échappé que l'état d'urgence sanitaire a été prolongé. Par conséquent, il serait hasardeux, voire hautement prétentieux, de dresser un bilan. Il faut simplement souhaiter que la rigueur actuelle ne s'éternise pas en raison des catastrophes sociales et économiques qui en résultent et qui deviennent difficilement supportables pour tous.

Vous avez été ministre des Affaires étrangères. A votre avis, l'intégration africaine, notamment à travers la future zone de libre-échange continentale, va-t-elle devenir une réalité ? Les Etats du continent réussiront-ils ce « défi du siècle » pour l'Afrique et les Africains ?

Il faut bien comprendre l'importance pour les Africains de réussir le projet de zone de libre-échange continentale. A l'heure où, dans les pays développés, beaucoup de gens se crispent et prônent le repli, les Africains eux, plus que jamais, portent un projet d'ouverture et d'échange. Ce sont ainsi, les 54 Etats africains, qui ont décidé de faire de notre continent, une grande zone de libre-échange, et sur ces 54 Etats signataires, 33 ont, à ce jour, ont ratifié cet accord.

Vous l'avez rappelé, j'ai occupé les fonctions de ministre des Affaires étrangères et, bien que née à Paris, je peux vous dire que je me sens et me vis pleinement africaine jusqu'à mes entrailles. Je suis convaincue de l'africanité et de l'africanisme des fils et filles d'Afrique qui ont compris que nous n'avons pas d'autre choix que de réussir cette merveilleuse aventure. Quand on est ainsi africain, et qu'on observe la marche du monde, on garde présent à l'esprit la nécessité de lever ensemble les obstacles des égoïsmes nationaux, des barrières sociales, culturelles et linguistiques qui se dressent sur le chemin escarpé de l'intégration africaine. Les échanges intra-africains et la cohésion continentale constitueront des ingrédients de notre énergie pour valoriser notre patrimoine commun : l'Afrique. Sur ce parcours, l'amitié et la sincérité de nos partenaires extérieurs seront indispensables.

Comment se présentent aujourd'hui vos relations avec le président Ali Bongo ?

Je ne vais certainement pas vous faire une révélation en vous disant que ma première rencontre avec le président Ali Bongo ne remonte pas au 16 octobre 2009, date de son accession à la magistrature suprême. C'est vous dire que je le connaissais longtemps avant qu'il n'accède aux hautes fonctions de président de la République.

D'ailleurs, aussi longtemps que je me souvienne, et entre 2009 et 2019, j'ai été son ministre, puis secrétaire général de la présidence de la république, avant de devenir médiateur de la République, j'ai donc collaboré avec lui pendant une décennie. Par conséquent, et à ma connaissance, il n'y a jamais eu un seul grain de sable dans les relations courtoises et respectueuses qui nous lient, et je doute qu'il vous dise le contraire.

A part le projet de l'Académie de la paix, avez-vous d'autres projets, notamment à caractère politique, dans l'avenir proche ?

Ce ne sont pas les projets qui manquent. Mais commençons par transformer l'essai AFRIPAX pour lequel, avec mes amis, nous voulons consacrer beaucoup d'énergie pour que l'Afrique se parle et agisse, tout en faisant de la paix et du développement ses principales préoccupations.

Mounir El Figuigui

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