Idrissa Nassa : «Le forum Invest In West Africa est une innovation majeure en termes d’efficience»

 |   |  1455  mots
(Crédits : DR)
Les pays d’Afrique de l’Ouest unissent leurs forces pour booster leurs IDE et leur développement dans le cadre du tout premier forum baptisé «Invest in West Africa» qui se tiendra les 3 et 4 octobre prochain à Lomé au Togo. Placé sous le thème «Financer les PME-PMI à fort potentiel ; amplifier les partenariats public-privé», l’événement réunira gouvernements et secteurs privés, mais aussi et surtout des investisseurs venant des quatre coins du globe. Idrissa Nassa, président de Coris Holding, est le parrain de cette première édition. Dans cet entretien, il revient sur les motifs de cette grand-messe de l’investissement et analyse notamment l’environnement des affaires dans la sous-région.

La Tribune Afrique : A cet événement, il sera essentiellement question de business. Pourquoi avoir choisi Lomé, alors qu'en termes d'investissement en Afrique de l'Ouest, les capitales comme Abidjan et Dakar sont celles qui résonnent souvent beaucoup plus ?

Idrissa Nassa : Lorsque le comité d'organisation et de pilotage m'a proposé de parrainer ce forum, en me présentant le choix porté sur Lomé, je n'ai pas hésité à apporter mon approbation et proposer notre accompagnement pour fédérer le secteur privé de notre région. Pour le groupe Coris, le Togo, où nous sommes implantés depuis cinq ans, représente à la fois un marché prometteur et dynamique, qui a un avantage comparatif indiscutable par rapport à beaucoup d'autres capitales de notre sous-région, voire de notre Continent. En effet, la ville de Lomé dispose d'une infrastructure financière et d'investissement compétitive et attractive.

Et vous savez, quand vous êtes chef d'entreprise et dirigeant de banque, vous avez une vue à 360° de la dynamique globale d'un pays, les évolutions macro qui se traduisent par les agrégats de la croissance, les classements du Doing business, mais aussi comment cela se passe sur le terrain, dans le quotidien des ménages. Le Togo est l'un des pays qui a entrepris le plus de réformes et lancé d'ambitieux chantiers, pour se positionner comme un hub, et c'est tout à l'honneur du gouvernement du pays et du président de la République, Faure Essozimna Gnassingbé.

Lomé émerge comme un centre d'affaires d'excellence, aux côtés d'autres capitales comme Abidjan, Dakar, Lagos, Accra ou Ouagadougou, qui sont déjà des places fortes et qui doivent le rester et être consolidées, il y va du meilleur de notre secteur privé. Il ne s'agit pas de compétition, mais de «coopétition». C'est-à-dire développer des pôles de compétitivité par filières, secteurs, industries, pays dans une approche d'intégration régionale, centrée sur ceux qui font battre le cœur de nos économies, les PME-PMI. Le groupe Coris a fondé son modèle et son succès sur ces deux piliers : d'une part, être une institution de financement d'abord dédiée aux PME-PMI et d'autre part, faire le pari de l'intégration économique régionale. Nous nous définissons aujourd'hui comme un groupe ouest-africain.

Plusieurs pays de la sous-région disposent déjà d'un forum dédié à l'investissement. Qu'est-ce qui motive cet événement sous-régional et quels en sont les objectifs ?

Voyez-vous, nous vivons dans une époque économique marquée par un double mouvement de fond de l'histoire, irréversible. D'une part, la fin du temps de l'aide au développement, avec une prise de conscience de la responsabilité du secteur privé pour impulser l'essor de nos pays. L'aide, on peut le dire, fait partie du passé du développement. Le secteur privé et l'investissement en sont le présent et l'avenir. Inévitablement. D'autre part, l'Afrique s'intègre de plus en plus vite. Cette année restera historique avec les initiatives fortes en termes d'intégration régionale : l'entrée en vigueur de la phase opérationnelle de la ZLECAF, la zone de libre-échange continentale africaine), les avancées décisives dans la réalisation de la monnaie unique Eco, plusieurs engagements remarquables de la Banque africaine de développement en faveur des projets intégrateurs, qui font partie de l'agenda prioritaire de cette Institution.

Nous ne pouvons plus, alors, penser et agir pour le développement en dehors de ces deux cadres qu'est le secteur privé, donc les PME-PMI, et l'intégration régionale. Mon expérience de chef d'entreprise et dirigeant bancaire me le confirme tous les jours. Mais la grande question est celle-ci : comment libérer ce secteur privé de manière décisive pour la transformation économique et sociale de nos pays, en exploitant les instruments que nous offre, plus que jamais, l'intégration régionale et continentale ?

Je pense que c'est l'une des questions qui sera au cœur du forum de Lomé.  Le secteur privé, les décideurs financiers et institutionnels de la région, acteurs gouvernementaux, opérateurs de l'infrastructure de l'investissement qui seront présents vont pouvoir réfléchir aux solutions à même d'améliorer l'attractivité, la compétitivité et le financement de l'émergence de notre espace.

Il y a aussi un aspect central, le volet one-stop shop, qui va permettre, en un seul lieu, d'explorer les PME-PMI de la région ainsi que les Projets PPP à fort potentiel afin de les accompagner. C'est une innovation majeure en termes d'efficience.

Vous traiterez du thème «Financer les PME-PMI à fort potentiel ; amplifier les partenariats public-privé». Votre groupe bancaire est justement un acteur majeur du financement de ce type d'entreprises dans la sous-région. Les PPP sont-ils à prioriser en matière d'investissement selon vous ?

Le comité d'organisation a choisi de mettre l'accent, pour cette édition de Lomé, sur le financement des PME-PMI et des Projets PPP. Les PME-PMI sont les oubliés de l'investissement, alors qu'elles constituent la base productive de notre région et même du continent. Beaucoup en parlent, mais les efforts ne suivent pas toujours et assez.  Le groupe Coris en a fait son ADN, car de par mon parcours, je connais les réalités des PME-PMI. Pour ceux qui ne le savent pas, avant de devenir une institution financière et bancaire sous-régionale, Coris a d'abord été PME. Personnellement, j'ai été un opérateur économique, avec des activités dans le négoce, la distribution de pièces détachées, de riz et de sucre. De ce fait, je connais bien les obstacles qui jalonnent le parcours d'une PME, ainsi que ses attentes vis-à-vis des institutions financières. Au-delà du financement, les PME-PMI ont aussi un besoin d'accompagnement et d'encadrement, qui est d'ailleurs adressé par le forum à travers un dispositif de maturation, en amont de ce grand rendez-vous économique.

Sur les partenariats public-privé, l'intégration régionale rend le sujet plus que jamais actuel. Je suis convaincu que ce modèle vertueux et gagnant, à la fois pour le public et le privé régional, est l'avenir du développement. C'est une solution d'accélération de projets d'une certaine taille, notamment d'infrastructures. Les acteurs souverains bénéficient de l'expertise et de l'agilité financière du privé ; les acteurs privés bénéficient de l'accès à des marchés jusque-là restreints, de la garantie et qualité de signature du public. Je pense qu'il y a un enjeu régional à ce niveau, un modèle à construire dans le cadre de notre espace pour faire des PPP, un levier de transformation économique et sociale. Les projets de corridors, d'infrastructures inter-Etats offrent des cas pratiques. Il faut aller plus loin, en associant davantage le secteur privé régional à l'élaboration de ces projets, mais aussi en élargissant l'offre d'instruments de mitigation de risque.

Le forum met en avant un certain nombre de secteurs. Quelle lecture faites-vous de la dynamique économique de la région ?

En effet, le forum met un accent particulier sur l'agro-business, les infrastructures, l'économie de l'innovation, les projets intégrateurs, l'industrie. Ces secteurs clefs portent la croissance soutenue du PIB de la région, de l'ordre de 3,5% à 4% depuis cinq années. L'Afrique de l'Ouest est sur une trajectoire soutenue portée par les services, le commerce et l'industrie, donc les PME-PMI, on en revient. La reprise du géant nigérian aide également la région à résister à un certain nombre de fluctuations.

Il faut maintenir la trajectoire en développant des chaînes de valeurs régionales ; c'est la clef pour maintenir le cap.

Vous évoquiez plus haut le Doing Business. Dans l'édition 2019, des pays comme la Guinée-Bissau, le Liberia, la Sierra Leone ou la Guinée Conakry sont encore classés au bas du tableau. Comment permettre à ces pays d'améliorer leur environnement des affaires et rattraper leurs retards ?

Je pense que les gouvernements de ces pays font des efforts considérables, dans des contextes macro-économiques qui ne sont pas toujours des plus favorables. Ils ont besoin de soutien et d'accompagnement des institutions de développement et de la communauté internationale.

Ce que je peux dire, c'est que le secteur privé et l'investissement productif détiennent les réponses à beaucoup de nos défis. Nos Etats et régions doivent faire confiance à nos chefs d'entreprise, et travailler continuellement à lever les obstacles à leurs activités. C'est le secteur privé qui crée la croissance, la richesse, l'emploi. Elle représente aussi et surtout le socle d'une intégration régionale et africaine véritablement dynamique, qui assure le développement et la prospérité partagée.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :