Kobenan Kouassi Adjoumani  : « La Côte d'Ivoire vise à transformer la moitié de sa production de Cacao et d'Anacarde »

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Kobenan Kouassi Adjoumani, Ministre des Ressources animales et halieutiques, a été à la tête de la délégation ivoirienne qui a participé au Salon International de l'Agriculture du Maroc (SIAM), du 19 au 21 avril à la ville de Meknès.
Kobenan Kouassi Adjoumani, Ministre des Ressources animales et halieutiques, a été à la tête de la délégation ivoirienne qui a participé au Salon International de l'Agriculture du Maroc (SIAM), du 19 au 21 avril à la ville de Meknès. (Crédits : DR)
Pour la 14e édition du Salon internationale de l'agriculture du Maroc, la Côte d'Ivoire se fait remarquer par sa présence sur deux stands : l'un dédié aux officiels et l'autre à la présentation de ses produits du terroir. Le pays d'Afrique occidentale qui vise la transformation de 50% de sa production de cacao d'ici 2020 a amorcé un nouveau virage pour les secteurs de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche, où les projets foisonnent. Kobenan Kouassi Adjoumani, ministre des Ressources animalières et halieutiques, à la tête de la délégation ivoirienne au SIAM 2019, présente les avancés, les défis et perspectives de ses secteurs à valeur ajoutée de l'économie nationale.

La Tribune Afrique : La Côte d'Ivoire est un habitué du Salon international de l'Agriculture au Maroc (SIAM). Qu'est-ce qui fait la particularité de votre présence cette année ?

Kobenan Kouassi Adjoumani : L'édition 2019 est la huitième édition du SIAM à laquelle je participe à Meknès. La particularité de cette année est que nous sommes venus avec deux stands : l'un institutionnel et l'autre réservé aux différentes coopératives venues exposer les produits du terroir ivoirien.

Le salon de Meknès est un grand événement que nous apprécions par ses différentes caractéristiques et ses produits présentés dans le domaine de la production végétale, animalière et du matériel agricole.

Au fil des années, la Côte d'Ivoire voit ses ambitions grandir. A une certaine période, le pays ne disposait même pas de stand au SIAM. Depuis trois ans, la Côte d'Ivoire est présente en force au SIAM et expose ses diverses productions, dans le cadre d'une politique d'échange nouée avec le Royaume du Maroc. Nous avons apporté une large gamme de produits locaux. Parmi les produits phares ivoiriens, figurent le cacao dont nous sommes le premier producteur et exportateur mondial, mais aussi l'anacarde. La côte d'Ivoire produit environ 2 millions de tonnes de cacao et près de 800 000 tonnes d'anacardes chaque année.

Premier producteur mondial de cacao et d'anacarde, la Côte d'Ivoire a annoncé un vaste plan en faveur de la transformation locale des denrées. Quel bilan d'étape faites-vous ?

L'agriculture est un secteur clé de l'économie ivoirienne. Elle occupe plus de 50% de la population active, fournit 20% du produit intérieur brut et représente 70% des recettes d'exportation.

Nous avons décidé d'investir dans la transformation locale du cacao et de l'anacarde, les deux premiers produits d'exportation. L'expérience a montré que la production, puis l'exportation des produits à l'état brut ne permet pas à l'agriculture de générer des emplois de qualité et des produits à haute valeur ajoutée à l'export. La vente de la production agricole, se fait à de bas prix et n'est pas en mesure d'assurer aux agriculteurs de rentabiliser leurs exploitations.

Nous avons actuellement deux objectifs corollaires : l'augmentation les niveaux de production, et la transformation de plus de la moitié de cette production, conformément à la vision du chef de l'Etat.

Aujourd'hui, la Côte d'Ivoire a mis en place plusieurs agropoles [NLDR 5 agropoles sur les 9 prévus] ainsi que de nombreux projets en faveur de la digitalisation de l'agriculture, du développement de l'agriculture durable et l'accès au financement pour les producteurs.

Pour atteindre ses objectifs de production et assurer une meilleure régulation des prix dans le secteur cacao, la Côte d'Ivoire s'est jointe au Ghana, un autre pays producteur pour établir des tarifs communs. Où en est le processus ?

La Côte d'Ivoire est en pourparlers avec le Ghana pour s'accorder sur les prix du cacao. Lorsque le prix du Kg de cacao baisse en Côte d'Ivoire, les producteurs ont tendance à évacuer leurs produits vers le Ghana voisin, pour y obtenir de meilleurs tarifs. Cette pratique fausse nos prévisions statistiques en termes de production. C'est à partir de ce constat que nous avons décidé de nous accorder avec des pays tels que le Ghana pour fixer des prix communs et mettre fin à ces pratiques.

Le processus est en cours et cette année, les choses devraient s'accélérer et aboutir à la mise en place du dispositif pour lequel le Ghana et la Côte d'Ivoire sont sur la même longueur d'onde.

Aux côtés de l'agriculture, la pêche et l'élevage sont aussi deux secteurs importants pour l'économie ivoirienne ? Quelles sont les principales dispositions prises pour améliorer la chaîne de valeur et leur contribution à l'économie ?

La Côte d'Ivoire est le deuxième pays exportateur de thon transformé vers l'Europe. A la différence du secteur agricole où les exportations se font principalement sous forme de produits bruts, dans le secteur halieutique, la Côte d'Ivoire exporte d'importantes quantités de produits transformés, faisant que le thon consommé aujourd'hui en Europe peut être pêché, puis transformé à partir de la Côte d'Ivoire, avant d'être exporté.

Les pays de la zone ont le droit de pêcher dans les eaux ivoiriennes dans le cadre d'un accord qui fait également que l'UE soutient la Côte d'Ivoire dans ses projets de développement du secteur de la pêche et dans la surveillance de ses eaux. La Côte d'Ivoire dispose d'ailleurs d'un système de surveillance satellitaire lui permettant d'identifier les bateaux en activités dans ses eaux. Notre pays s'est aussi doté de quatre patrouilleurs qui, en coordination avec la marine nationale, assurent la surveillance de ses eaux territoriales, pour lutter contre la pêche illicite pratiquée par des navires venus pêcher dans les eaux africaines sans licence.

Quelle est aujourd'hui la contribution du secteur de la pêche et de l'élevage à l'économie ivoirienne ?

La pêche et les ressources animalières contribuent à hauteur de 2% au PIB agricole. A l'origine, la Côte d'Ivoire n'était pas un pays à vocation pastorale. Mais nous sommes parvenus à améliorer nos capacités dans ce domaine et faisons de plus en plus d'élevage intensif.

Dans le cadre des partenariats, nous essayons de nouer des relations pour importer des animaux de races sélectionnées et procéder à des croisements dans nos stations d'élevage dans une perspective d'amélioration du rendement et de la productivité du secteur. Ce sont des choses que nous faisons déjà bien avec la France et sommes en pourparlers avec le Maroc dans ce sens.

La Côte d'Ivoire importe près des trois quarts de ses besoins en ressources animalières et halieutiques. Quelle est la politique ivoirienne pour couvrir la demande intérieure en ce qui concerne ces produits?

Nous avons un plan stratégique de développement de l'élevage, de la pêche et de l'aquaculture en Côte d'Ivoire. Avant l'avènement du président Alassane Ouattara à la tête du pays, nous produisions 40 000 tonnes, aujourd'hui, cette production se chiffre à 101 000 tonnes. Ce qui demeure encore insuffisant pour couvrir la demande intérieure ivoirienne en produits animaliers et halieutiques estimée à 400 000 tonnes. La différence fait toujours l'objet d'importations.

La Côte d'Ivoire mise de plus en plus sur des initiatives comme l'aquaculture et la pisciculture pour accélérer le niveau de croissance du secteur. Nous avons les atouts pour cela. Le pays est bordé de fleuves, de lacs, de lagunes et d'une vaste façade maritime. Concrètement, des réalisations ont été faites dans ce sens.

Plusieurs projets d'aquaculture sont en phase de développement et la Côte d'Ivoire s'est dotée de stations d'élevage : des lieux de regroupement d'animaux. Il s'ensuit une répartition de ces animaux, destinés à des éleveurs dans le cadre de projets du ministère. Nous avons également quelque fonds destinés à l'accompagnement des investisseurs dans le secteur de l'élevage. L'ambition ivoirienne en matière de développement du secteur de la pêche et de l'élevage est élevée, mais elle est limitée par la faiblesse des moyens disponibles.

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