Stéphanie Gateau-Magy : « L’image de l’Afrique est désormais celle d’un continent qui avance à grande vitesse »

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Stéphanie Gateau-Magy, Fondatrice et PDG du cabinet International Strategy SC-ISSC.
Stéphanie Gateau-Magy, Fondatrice et PDG du cabinet International Strategy SC-ISSC. (Crédits : Capture d'écran/Parole d'Experts/La Tribune des PME)
Stéphanie Gateau-Magy est la fondatrice et PDG de International Strategy SC, un cabinet de conseil en stratégie et développement international qui accompagne les entreprises de France sur les marchés étrangers, notamment en Afrique. Pour La Tribune Afrique, elle revient sur le positionnement actuel des entreprises françaises dans le monde des affaires à travers le Continent.

La Tribune Afrique : Dépassée par la Chine et certains voisins européens, la France multiplie les actions ces dernières années, peut-on dire que Paris revoit sa stratégie ?

Stéphanie Gateau-Magy : Alors que l'Afrique continue sa mutation, la France veut de nouveau s'affirmer dans ses relations économiques avec le continent. Les stratégies et initiatives formulées n'ont pas été à la hauteur pour réussir la mutation africaine. Or la Chine a redistribué les cartes économiques en Afrique avec sa montée en puissance à 22%, au moment où la France voyait sa présence reculer autour de 4 % ! l'Inde a accéléré à toute allure, la Corée, la Turquie aussi... Dans son discours aux ambassadeurs en août 2017, le président français avait détaillé la politique africaine qu'il souhaitait mener : « créer un axe intégré entre l'Afrique, la Méditerranée et l'Europe » et jouer concomitamment sur trois leviers : défense, développement et diplomatie. Ces dernières années, on assiste à une remobilisation des acteurs politiques et économiques comme le MEDEF afin de générer des courants d'affaires, des missions appuyées par les grands acteurs traditionnels, fortement implantés, de Vivendi à Total en passant par Vinci, Areva et les grands équipementiers. Mais pour remobiliser des projets d'entreprise vers l'Afrique, encore faut-il des financements et des réseaux efficaces.

Les entreprises françaises abordent-elles donc différemment les marchés africains ?

L'image de l'Afrique est désormais celle d'un continent qui avance à grande vitesse. Majoritairement cependant, les entreprises françaises ne sont toujours pas prêtes à envisager l'Afrique comme une évidence ou acteur majeur de l'international, ce qui se traduit par une fébrilité. Celle-ci est liée au manque d'informations et à la fragilité des administrations et des institutions et l'image systématique que les entreprises françaises ont à l'esprit : risque élevé, crainte de l'instabilité, lourdeurs et lenteurs administratives, corruption, difficile accès à l'information notamment juridique et financière, difficulté à identifier des interlocuteurs fiables, etc. La plupart n'hésite pas à faire marche arrière dès les premières déconvenues, le risque étant trop important à leurs yeux.

Quels sont les secteurs dominants de l'investissement français en Afrique ? Y aura-t-il des changements selon vous ?

Chaque pays a sa préférence, même si le secteur stratégique des hydrocarbures occupe une place de choix dans les investissements en Afrique toutes nationalités confondues. Cependant, l'OCDE observe une diversification accrue des investissements en direction des secteurs de la construction, des industries manufacturières, des transports ou encore l'électricité et les technologies de l'information et des communications. Les changements devraient avoir lieu sur différents aspects qui permettront de changer en profondeur l'approche des marchés africains. Aborder en investisseur avisé les marchés africains requiert non seulement de se préparer en travaillant au préalable à la connaissance de ces marchés, mais aussi de se défaire de ses œillères et d'adopter une approche empathique nécessitant attention, ouverture, humilité, bref de l'intelligence émotionnelle, sans parler des aspects de l'innovation.

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