Pour un dialogue marocco-espagnol global et équilibré

Les relations marocco-espagnoles et, par ricochet, les relations marocco-européennes sont depuis peu au-devant de la scène diplomatique régionale, se traduisant par des actes et déclarations d’une virulence jamais atteinte auparavant. L’afflux de migrants en masse vers le préside de Sebta - regrettable et socialement douloureux du reste- en a été l’apparent détonateur. Apparent seulement, car cet afflux coïncide avec un acte hispano-algérien d’une extrême gravité qui bafoue l’éthique universelle des relations internationales. Revue de détail.

4 mn

Dr Ahmed Azirar, Directeur de recherche au sein du think-tank IMIS
Dr Ahmed Azirar, Directeur de recherche au sein du think-tank IMIS (Crédits : LTA)

Le fait est simple, limpide : un pays adversaire du Maroc, prisonnier d'une idéologie et des pratiques datant de la Guerre Froide, a clairement piégé l'Espagne, en envoyant sur son territoire, pour soins, sous fausse identité, et ce, en connaissance de cause, le chef du Polisario, Brahim Ghali. Celui-ci est accusé de crimes contre l'humanité contre notamment des ressortissants espagnols. Au nom de la « raison d'Etat », qui dans les faits signifie la préservation de sa relation dont la colonne vertébrale est la fourniture de Gaz, l'Espagne a accepté de donner son imprimatur à cette manœuvre qui contredit ses propres lois.

Or, toute l'Europe s'est trouvée piégée par cette manœuvre, et s'est mise à défendre, bec et ongle, l'Espagne en adoptant sa version étriquée des faits, en réduisant le dossier au seul flux migratoire vers Sebta, qui a duré moins de 48H, avant que les forces de sécurité marocaine n'arrivent à contenir à nouveau la situation.

Une mise au clair est nécessaire

A court terme, l'Espagne devra livrer à l'Europe la bonne version des faits. Elle devra logiquement remettre le présumé tortionnaire à la justice pour qu'il rende compte de ses actes.

A moyen et long terme, l'on serait tenté de dire qu'à toutes choses, malheur est bon. A condition que la bonne foi soit de mise. Il est temps, en effet, d'examiner les relations bilatérales froidement et avec lucidité. Les Marocains sont confrontés à une bataille asymétrique avec l'Espagne. En voisins, les deux pays se sont mutuellement colonisés et partagent de ce fait des tranches d'histoire commune. Des contentieux latents, aussi. Y compris le dossier colonial à apurer. Pour ce faire, il faudra absolument changer de logiciel.

Changer de logiciel

L'Espagne a tendance à considérer le Maroc comme faisant partie de « son » pré-carré stratégique et n'admet pas le nouveau statut du Royaume, crânement acquis sur la scène régionale. Les récentes évolutions comme la reconnaissance américaine de la marocanité des provinces du sud marocain, la relance des relations avec Israël, et plus généralement les succès politiques et économiques réalisés localement et en Afrique subsaharienne, semblent déranger l'Espagne.

C'est dire que le temps d'un dialogue d'égal à égal est venu. Dialogue qui gagnerait à être global, multidimensionnel, franc, dépassant le seul cadre économique et commercial, ou sécuritaire, pour embrasser le nœud gordien qu'est le dossier de l'héritage colonial.

Une responsabilité historique à reconnaître

Autrement dit, il convient que l'Espagne admette qu'elle a une responsabilité historique- elle qui n'a pas correctement soldé la décolonisation des provinces du Maroc, qui ont été récupérées par étapes par le Maroc (Tarfaya, Ifni, Sakia el Hamra et Oued Eddahab ; sans oublier la zone nord, rétrocédée en 1956, sans Sebta, Melilla et les Iles qui restent encore sous son administration militaire). Chacun sait que l'Espagne s'est contentée, des dizaines d'années durant, d'exploiter ces territoires, laissant les populations dans un état de sous-développement intolérable.

Chacun sait aussi, que le Maroc, après avoir légalement récupéré en 1975 son territoire du sud, investit massivement sur tous les plans, pour rattraper l'immense retard socio-économique accumulé. Le Royaume affronte, de surcroit, depuis cette date, une opposition de l'Algérie, obnubilée par sa volonté d'accéder à l'Atlantique coûte que coûte, afin notamment, de pouvoir exporter le fer des mines de Dar Jbilet.

 La géographie est têtue

 Le dossier de l'intégrité territoriale est pour le Maroc une cause sacrée que le Pays, entier et solidaire, défend par tous les moyens légaux comme, d'ailleurs, l'Espagne combat toute velléité séparatiste en Catalogne ou en pays basque.

L'heure d'écrire un nouveau chapitre des relations marocco-espagnoles et marocco-européennes, équilibrées et transparentes, a sonné. La géographie est têtue et ne pourra jamais être modifiée. Le Maroc a choisi son camp de longue date. Au Royaume d'Espagne, d'être au rendez-vous de l'histoire. Il y va des intérêts stratégiques mutuels à gérer. Et à l'Europe de rester... le continent que les Marocains aiment tant, celui de la civilisation universelle, de l'humanisme, de la démocratie et droits de l'homme, de la transparence, du bon voisinage et de l'équilibre mondial.

* Le DrAhmed Azirar est Directeur de recherche au sein du think-tank IMIS

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