Innovation, Inclusivité et Sobriété : moteurs de la transformation écologique en Afrique

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Christophe Maquet, Directeur de la Zone Afrique & Moyen-Orient du groupe VEOLIA (DR)
Christophe Maquet, Directeur de la Zone Afrique & Moyen-Orient du groupe VEOLIA (DR) (Crédits : Veolia)
L’humanité continue d’évoluer comme si la planète était sans limites. En lançant dès 1931 que “Le temps du monde fini commence”, Paul Valéry avait pourtant tenté de nous prévenir, mais son appel n’a pas été entendu. L’on croit encore que les ressources naturelles sont extensibles.

Aujourd'hui, l'explosion liée par exemple aux usages de l'eau, notamment dans les mégapoles africaines, implique de gérer sa rareté pour la rendre disponible au plus grand nombre, car elle est essentielle à la survie et au développement des populations. Le continent qui abrite déjà la population la plus jeune et à la croissance la plus rapide au monde, s'urbanise plus vite que n'importe quelle autre partie de la planète.

Les mégapoles, ces villes d'au moins 10 millions d'habitants, se multiplient partout en Afrique: Le Caire en Egypte, Kinshasa en République du Congo, et Lagos au Nigeria sont déjà des mégapoles, tandis que Luanda en Angola, Dar es Salaam en Tanzanie et Johannesburg en Afrique du Sud atteindront très probablement ce statut, d'ici 2030.

Ces villes africaines joueront demain un rôle essentiel dans le développement du continent et du monde à condition d'être des villes durables. Cela demande d'opérer une transformation écologique qui permet de changer d'échelle en dépassant le stade de la prise de conscience, des initiatives pionnières et des premières mesures sectorielles, pour aller vers une mise en mouvement coordonnée de l'ensemble des acteurs de la société.

Changer d'échelle et dépasser le stade de la prise de conscience

Dans un contexte inédit de crise sanitaire, économique et sociale, l'innovation doit être le moteur de la transformation écologique en Afrique. "Innover pour les services essentiels en Afrique" c'était le thème de la conférence organisée récemment par l'Institut Veolia où, aux côtés de Fadel Ndaw (Banque Mondiale), Haweya Mohamed (Afrobytes) et Max Cuvellier (GSM) j'ai pu rappeler que la complexité des défis des services essentiels impose d'avoir une vision la plus large possible de l'innovation. Et c'est en tirant partie de toutes ces innovations que nous pourrons opérer une transformation écologique et relever ainsi le défi du changement climatique qui frappe de plein fouet ce continent

L'innovation n'est en effet pas seulement affaire de technologies, innover, c'est aussi chercher à améliorer nos conditions de vie. Il existe  de l'innovation contractuelle, sociale, sociétale. Elle doit inviter l'entreprise à se tourner vers l'ensemble de ses parties prenantes, à dialoguer avec elles, avec à terme le but ultime d'orienter ses choix stratégiques en tenant compte de leurs attentes. La chance de ma génération, c'est de voir qu'en 20 ans l'ensemble des parties prenantes s'est emparé de ces sujets. Les interlocuteurs ont changé, j'ai en face de moi, au-delà des politiques ou des industriels, tout un écosystème d'interlocuteurs issus principalement de la société civile. Ce sont des entrepreneurs sociaux, des associations de consommateurs, des acteurs de la solidarité, des universitaires, des chefs d'entreprises, des patrons de start-up. L'innovation pertinente en termes de durabilité est celle qui s'installe de manière systémique dans tous les domaines du quotidien.

Créer les conditions de la confiance et de la durabilité

Ensemble, nous pouvons et nous devons créer les conditions de la confiance et de la durée indispensable à la transformation écologique. L'innovation doit évidemment être au service de la ville inclusive, une ville dans laquelle aucune catégorie d'habitants n'est exclue du développement urbain. Elle favorise l'accès aux services essentiels pour le plus grand nombre et en particulier pour les populations les plus vulnérables. Elle encourage également l'implication des citoyens et de toutes ses parties prenantes dans son fonctionnement.

Nous voyons tout un ensemble d'innovations émerger en Afrique pour permettre au secteur informel de se développer, secteur qui est au plus près des populations. Que ce soit dans l'accès à l'eau ou l'électricité pour des populations rurales, à la gestion des déchets ou bien au recyclage des plastiques, ces innovations sont essentielles.

De la même manière, quand nous co-créons des tiers lieux avec des acteurs locaux à Niamey ou à Durban, nous privilégions l'innovation qui apparaît dans la multitude d'initiatives portées par des associations locales ou "communities" dans le domaine de l'entreprenariat des femmes au Niger ou autour de l'économie circulaire en Afrique du Sud.

Réactivité et transparence

Si la ville durable doit être inclusive, elle doit aussi être sobre en matière de consommation des ressources. C'est une composante essentielle car quand une ville grandit, elle consomme de plus en plus d'eau, d'énergie, de matières premières et il lui faut donc s'organiser pour prélever par exemple un montant d'eau optimisé, importer une quantité limitée d'énergie, s'engager à recycler pour les villes qui doivent gérer la rareté.

À Tanger et à Rabat, nous réutilisons les eaux usées recyclées de nos usines pour arroser les parcs et jardins publics. En Afrique du Sud, cette solution d'économie circulaire permet de réutiliser 97 % des eaux usées de la ville de Durban pour des usages industriels. Et en Namibie, à Windhoek, elle sert même à la production d'eau potable au robinet pour un tiers des habitants de la capitale. Pour préparer la ville durable de demain, il est donc nécessaire d'avoir recours à des méthodes innovantes pour concevoir la ville différemment et développer des innovations qui structurent le développement urbain.

Nous savons faire du déchet une ressource et cela sera bientôt le cas sur la plus grande décharge d'Afrique de l'Ouest : Akouédo à Abidjan où, dans le cadre de la transformation de ce site en parc urbain, nous allons valoriser le biogaz issu de la décharge sous forme d'électricité verte et de chaleur.

Au-delà de l'inclusivité et de la sobriété, l'innovation est aussi naturellement tournée vers une autre composante de la ville durable, la composante "smart", intelligente.

Rabat, à la pointe de l'innovation

L'innovation permet en effet de tirer le plus grand bénéfice des technologies numériques. Cela passe par une meilleure efficacité opérationnelle et nous avons développé au Maroc un "Hubgrade", plateforme digitale inventée par Veolia, qui nous permet de piloter à distance nos installations, liées à nos activités dans l'eau, l'électricité et l'assainissement liquide et favorise la réactivité des équipes opérationnelles et apporte davantage de transparence avec les collectivités. Grâce à la data, cette innovation apporte une réponse concrète aux défis de la gestion des ressources tout en renforçant l'efficacité opérationnelle qui adapte toutes les solutions digitales que Veolia a pu développer dans le monde. Nous participons à la construction de la ville durable que Rabat est en passe de devenir.

Frappés de plein fouet par le changement climatique, les pays d'Afrique ont  conscience du rôle stratégique de la gestion des ressources naturelles et de la nécessité d'accélérer la transformation écologique. Dans les services essentiels, nos solutions et nos innovations contribuent ainsi à relever ces grands défis. Face à des choix qui peuvent changer la société en profondeur, nous sommes prêts à agir et changer la donne aux côtés des pays africains et des différentes parties prenantes.

*Directeur de la Zone Afrique & Moyen-Orient du groupe VEOLIA

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