Relations économiques entre le Maroc et Israël : un élément d’un ensemble

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Ahmed Azirar, Economiste, Coordinateur de la recherche au sein de l'IMIS
Ahmed Azirar, Economiste, Coordinateur de la recherche au sein de l'IMIS (Crédits : LTA)
L’accord de reprise des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, scellé courant décembre 2020 est un deal politique fort que l’Etat Marocain a conclu pour des raisons stratégiques. On ne doutera jamais, que le Maroc a bien analysé et évalué, à leur juste valeur, les tenants et les aboutissants de cette décision. C’est pour dire, que le temps est venu pour le Royaume de lier le passé au présent et de passer à une phase nouvelle de ses relations internationales moyen-orientales, marquée par une double orientation, celle d’une normalisation avec Israël et celle d’un appui qualitatif différent à la cause palestinienne.

Il a bien été précisé dans le communiqué officiel du Maroc annonçant cette reprise des relations, que tous les Marocains, et à leur tête, le Roi Mohamed VI, Président du Comité Al Qods, comme tous les pacifistes mondiaux, y compris en Israël, n'abandonneront jamais l'idée de l'Etat indépendant de Palestine, vivant en paix aux cotés de celui d'Israël.

Ne soyons pas, non plus, étonnés de cette prompte reprise des relations marocco-israéliennes, car entre les deux pays, les relations humaines et d'attachement qu'une forte communauté israélienne, de confession juive, entretient avec son pays d'origine n'ont jamais été rompues. Bien plus, les israéliens d'origine marocaine, communauté influente en Israël, n'ont jamais perdu leur nationalité d'origine, et souhaitent depuis toujours une reprise des relations entre leurs deux pays de coeur.

Des relations économiques transparentes

Quant aux relations économiques avec Israël- un élément de l'ensemble des relations en vue- elles ne font en fait que reprendre, de manière plus visible et transparente, car elles existent depuis longtemps, même si les statistiques structurées sont rares. Le Maroc est même parmi les premiers pays d'Afrique[1] desquels Israël importe déjà, comme le Maroc importe d'Israël de nombreux produits et services de longue date. Les deux pays envisagent de dynamiser ces relations, tant elles sont stratégiques pour les deux pays, et qu'elles promettent d'être menées selon une posture gagnant-gagnant, combien même l'équilibre du pouvoir ne semble pas encore établi.

Israël était jusqu'à présent un pays insulaire et n'entretenait que très peu de relations avec son voisinage, et en secret de surcroit. Grâce au Maroc, notamment, Israël va prendre sa place dans la Région, sa Région MENA et Méditerranée, et entretenir un rayonnement que lui permet le dynamisme de son économie. Ce que Sarkozy, l'ex président français et ami des deux pays, n'a pas réussi à faire, même en créant l'Union pour la Méditerranée-UPM, le Maroc le réussit aujourd'hui. Exactement comme hier, quand il a protégé ses citoyens juifs, notamment lors de la sinistre deuxième guerre mondiale.

De fait, le dynamisme recherché se construira moyennant de nouveaux secteurs, de nouveaux moyens et de nouvelles méthodes de travail.

R&D, Agriculture, Eau, Tourisme, Digital

Concernant les secteurs les plus en vue, on retrouve la Recherche-développement, l'agriculture, l'eau, le tourisme, les énergies renouvelables, l'aéronautique, l'électronique, l'information et la data, l'espace, l'armement... Rien que ça ! Avant même l'officialisation des relations diplomatiques, des ministres des deux pays et des délégations de travail, ont abordé ces domaines de partenariat et bien d'autres. Les technologies modernes, la dynamique de la « startup-isation » et la culture de l'innovation, sont également des domaines dans lesquels le Maroc voudrait bien entretenir un partenariat appuyé.

Au-delà du commerce bilatéral, important certes, c'est l'investissement développant, que les deux pays lorgnent. Horizontalement entre les deux pays, et verticalement, en quadrangulation avec l'Europe et l'Afrique subsaharienne. Les deux pays ayant des présences fortes et complémentaires tant en Europe, qu'en Afrique.

La position géostratégique du Maroc est un atout et une force que les deux pays envisagent d'utiliser, avec un focus particulier sur certaines régions du Maroc, dont ses provinces du sud, porte d'entrée de l'Afrique subsaharienne.

Pour ce faire, en 2021, une large place sera réservée aux relations Maroc- Israël lors de la conférence « Trans Tech »- une conférence internationale sur le transfert de Technologie et la coopération technologique qui réunit chaque année des sociétés, start-ups, experts et spécialistes de l'innovation. Selon des sources fiables, des dizaines d'unités industrielles actives dans l'électronique vont s'installer dans le Royaume, offrant emplois et technologies.

Coté commerce, les produits chimiques et mécaniques, en plus des machines et des appareils électroniques destinés principalement au secteur agricole, sont les exportations israéliennes les plus importantes vers le Royaume, où certaines entreprises ont déjà ouvert des succursales, comme notamment la société « Netafim », entreprise mondiale de gestion intelligente de l'eau. Le Maroc, ses engrais, son textile, son secteur automobile, ses services, sont autant d'autres secteurs potentiels de forte exportation potentielle vers Israël, ou à travers Israël vers d'autres régions du monde. L'économiste en chef du ministère israélien des finances, S.Greenberg, a récemment estimé que la croissance additionnelle qu'entraînera la reprise des relations commerciales régulières entre les deux pays sera de 500 millions de dollars. Un accord de libre-échange est même souhaité par la partie israélienne, à un moment, il faut le rappeler, où certains A.L.E passés par le Maroc lui causent des dégâts.

De nouveaux financements

Quant aux nouveaux moyens, ils concernent les financements mobilisables dans les deux pays ou de par le monde ; les ressources humaines efficientes d'exécution ; la data pertinente ; les réseaux relais. Les deux pays peuvent en mobiliser des forces, qui pourraient constituer les atouts des réussites.

Les méthodes appropriées, enfin, s'imposent du fait qu'aujourd'hui, les nouveaux investisseurs sont hostiles aux bureaucraties et procédures dilatoires qui tuent les initiatives dans leurs œufs. Le Maroc, avec ses infrastructures, sa connectivité physique et virtuelle, son avancement dans les classements mondiaux, notamment celui du Doing business, est conscient de l'importance de cet aspect crucial.

Sans naïveté ni béatitude ou optimisme exagéré, les perspectives les plus réalistes des relations entre Israël et le Maroc vont dans le bons sens. Tant les stratégies mutuelles se recoupent et que les volontés d'aller de l'avant réelles.

Economiste- Coordinateur des recherches de l'Institut Marocain d'Intelligence Stratégique (IMIS) 

[1] Parmi les cinq plus grands partenaires économiques d'Israël sur le continent africain, après l'Egypte, la Mauritanie, l'Ethiopie, l'Ouganda et le Ghana.

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