Singapour, ce dragon asiatique qui veut développer ses griffes africaines (2/2)

Aujourd'hui et demain (28 et 29 août) se tient l'Africa Singapour Business Forum (ASFB) à Singapour. L'événement qui en est à sa cinquième édition se conçoit comme une plateforme d'échange et surtout d'affaires entre le Continent et la Cité-Etat. En amont, un voyage de presse a été organisé par le ministère singapourien du Commerce et de l'industrie, avec l'appui de l'agence gouvernementale Singapore Entreprise, au profit des journalistes africains afin de leur permettre de découvrir les points forts de ce qui est qualifié de «dragon économique», de s'enquérir des projets de coopération en cours avec l'Afrique et de défricher les pistes de collaboration pour les années à venir. En attendant que décideurs et hommes d'affaires leur emboîtent le pas à l'occasion de l'ASBF pour concrétiser ces projets. Seconde partie d'un récit inspiré d'une visite aussi riche qu'édifiante.

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(Crédits : Reuters)

Changi Airport

Comme pour la plupart des millions de visiteurs qui arrivent à Singapour chaque année, l'aéroport Changi aura été notre premier point de contact avec ce petit pays de l'Asie du Sud-est lové entre la Malaisie au nord et l'Indonésie au sud. La fluidité des flux de passagers qui empruntent le «Sky train», une sorte de métro suspendu pour gagner la zone des arrivées avant de passer par des bornes de contrôle automatiques dénote avec nombre d'aéroports pourtant bien dotés en termes d'équipements, mais souvent en proie à des difficultés pour gérer les grandes affluences.

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En 2017, l'aéroport Changi dépassait les 60 millions de passagers en toute fluidité. L'exigence est la même, si ce n'est plus encore pour les flux de marchandises transitant par l'aéroport, comme l'explique Lim Shuan Jun, responsable Développement Cargo & Logistics chez Changi Airport Group. A ce niveau aussi, les chiffres sont éloquents avec plus de 2 millions de tonnes de fret.

De nouvelles lignes directes vers le Maroc, le Nigeria, le Ghana...

Changi Afrique

Toutefois, la plateforme aéroportuaire ne compte pas s'arrêter en si bon chemin, puisque les projets de développement sont pour le moins ambitieux. Un cinquième terminal en chantier, une plateforme logistique en agrandissement constant et de nouvelles liaisons directes en vue, notamment avec l'Afrique. Aujourd'hui, l'aéroport Changi est connecté à Addis-Abeba en Ethiopie, à Johannesburg et au Cap en Afrique du Sud, mais aussi à l'île Maurice. D'autres destinations africaines sont en projet dont certaines font l'objet de discussions avancées. Il s'agit notamment de l'Egypte, du Kenya, du Maroc, du Nigeria, du Ghana ou encore l'Angola avec au total plus 500 000 passagers potentiels.

Les pionniers de l'agro-industrie

Agriculture plantation agriculteur terre ferme

Ces nouvelles lignes en projet sont l'expression d'un intérêt croissant de la Cité-Etat pour l'Afrique. Pourtant, celui-ci ne date d'aujourd'hui. C'est particulièrement le cas pour le secteur de l'agro-industrie où une entreprise comme Olam est depuis des décennies un acteur de premier plan en la matière sur le Continent. Son épopée a commencé au Nigeria avec 2 employés et un seul produit : la noix de cajou. Aujourd'hui, l'entreprise est présente dans 25 pays africains à travers 21 produits et avec des investissements estimés à plus de 2 milliards de dollars.

Sa consœur, Tolaram, a aussi très tôt pris pied en Afrique à travers le Nigeria et le Ghana où elle continue notamment de défendre plus de 70% de parts de marché sur le segment des nouilles instantanées. C'est dire que la greffe dans ce secteur a bien pris en Afrique. Plus encore, ces acteurs sont plus que jamais au cœur des enjeux actuels du Continent. Quoi de plus normal que de voir Venkatramani Srivathsan, directeur Afrique et Moyen-Orient chez OLAM se faire devant nous le chantre de l'intégration africaine en encensant la création de la zone de libre-échange continentale en début d'année tout en concédant que sa mise en œuvre ne se fera pas sans écueils.

De nouvelles villes africaines made in Singapour

Singapour4

Un autre domaine dans lequel les acteurs singapouriens s'affirment de plus en plus en Afrique a trait à l'urbanisation ou plus précisément la planification urbaine. De par ses contraintes structurelles, surtout en termes de limites du foncier, Singapour a du très tôt faire preuve d'une ingéniosité et d'une optimisation poussées avec le résultat que l'on connaît. Or, ce savoir-faire porté notamment par Surbana Jurong est désormais reconnu sur le Continent avec en tête de gondole l'exemple de Kigali. D'autres projets sont en cours et ne manqueront pas d'essaimer sur un continent en pleine mutation urbaine.

Cette dernière se couple aussi à une transition digitale que les entreprises singapouriennes telles que Ascent, CrimsonLogic, Arcadier ou encore TransferTo -partenaire de Mpesa l'un des symboles les plus fringants du «Leapfrog» technologique africain- ambitionnent aussi d'accompagner en multipliant les projets et en redoublant d'efforts en termes de sensibilisation et de formation à destination des acteurs locaux.

Horizons maritimes

Difficile d'être exhaustif, tant le tissu entrepreneurial singapourien est riche et les pistes de collaboration avec l'Afrique légion. Toutefois, il serait impossible de clore ce récit sans évoquer l'un des atouts majeurs de la Cité-Etat : son port ! Bénéficiant de son positionnement géographique stratégique -à l'entrée du détroit de Malacca, au cœur des routes maritimes entre Asie et Europe, Moyen-Orient et Afrique- il est à la base de la réussite de Singapour et peut même se targuer d'être le deuxième port à conteneurs au monde en termes de tonnage, après celui de Shanghai. Le visiter aura plus tenu du périple tant les dimensions sont faramineuses. Et là encore, l'efficacité et le volontarisme sont plus que des leitmotivs avec à titre d'exemple la prochaine entrée en service des véhicules automatisés et surtout des investissements ambitieux pour en augmenter continuellement la capacité.

Port Singapour

C'est donc tout naturellement que l'Afrique, avec ses colossales exportations de matières premières, notamment vers l'Asie, représente pour le port de Singapour un enjeu stratégique. Ce dernier met d'ailleurs tous les moyens nécessaires pour que les flux qui le lient au Continent soient consolidés, voire substantiellement hissés. C'est grâce à cela aussi que la coopération afro-singapourienne pourra tendre vers un horizon prometteur. Gageons que les décideurs et les femmes et hommes d'affaires participant actuellement à l'Africa Singapour Business Forum sauront transformer l'essai pour un bénéfice partagé...

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