La transformation digitale, moteur de l’émergence en Côte d’Ivoire  ?

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Fitzgerald Bony, spécialiste en transformation digitale, diplômé de Sciences Po Paris
Fitzgerald Bony, spécialiste en transformation digitale, diplômé de Sciences Po Paris (Crédits : LTA)
Evoquant le développement des pays africains, l’ancien premier ministre français et humaniste Michel Rocard disait : «En Afrique (…) on a beaucoup essayé, sinon tout (…) tout a un peu marché, rien n’a vraiment réussi, il n’y a pas de potion magique». Certes, sur beaucoup de choses, Michel Rocard a eu raison, souvent avant les autres. Concernant l’Afrique, la digitalisation du continent est en train de montrer qu’il avait tort de compter parmi les afro-pessimistes.

La transformation digitale, socle de la quatrième révolution industrielle, suscite un fol espoir. Pour la première fois depuis les indépendances, l'Afrique se distingue dans les classements internationaux, non par son archaïsme, mais dans l'adoption de produits à haut degré de sophistication.

L'Afrique a ainsi réussi en partie son saut technologique, le fameux «Leapfrog»  qui lui a permis de s'affranchir du téléphone fixe pour passer directement au téléphone mobile, d'ignorer la banque traditionnelle pour adopter la banque mobile, d'utiliser des applications pour gérer son énergie, sa mobilité, et ses flux de marchandises, souvent à travers des usages inédits. Fait inédit dans l'histoire moderne, l'on parle désormais de «reverse innovation», d'innovations technologiques nées dans les pays du sud pour ensuite conquérir les pays du Nord.

Une émergence numérique en 2020?

La Côte d'Ivoire, qui, après une décennie de crise, retrouve le chemin prometteur de la croissance, ne fait pas exception à l'enthousiasme général qui entoure la transformation digitale, et pour cause ! L'insolente expansion du téléphone mobile, et la croissance exponentielle des services financiers mobiles sont des marqueurs du leadership d'un pays dont les pouvoirs publics disent viser l'émergence dès 2020. Or cette émergence, véritable leitmotiv des autorités ivoiriennes, suppose en effet certes une croissance soutenue, mais également une croissance transformatrice et inclusive.

Il est vrai que la Côte d'Ivoire affiche fièrement ses ambitions en la matière, matérialisées par une vigoureuse politique d'investissement public à travers laquelle le pays affirme vouloir entrer de plain-pied dans l'ère de l'économie numérique.

S'il réussissait son pari, le pays réussirait un autre saut, que l'on pourrait qualifier de structurel : passer d'une économie dominée par le duopole traditionnel café-cacao, à des positions concurrentielles solides dans l'économie la plus moderne de notre ère, celle du numérique. Mais au-delà des slogans et autres mantras, quelle est la réalité du numérique en Côte d'Ivoire ? N'est-il qu'une éphémère évolution technologique ou préfigure-t-il une plus profonde transformation ? Comment la puissance publique intervient-elle pour soutenir le développement du secteur et quelle appréciation porter sur son intervention ?

Et surtout, quelles devraient être les priorités de politique publique pour faire de cet espoir naissant une réalité durable, transformatrice et inclusive ?

A travers une série d'analyses issues d'un travail effectué au sein de Sciences Po Paris, j'ai voulu fournir au décideur public les blocs constitutifs de politiques publiques de développement du Numérique, plus audacieuses, plus efficaces, et centrées sur les vrais enjeux du développement de la Côte d'Ivoire.

De manière schématique, a émergé au cours de mes travaux une triple conviction, que j'étaierais à travers une série d'analyses publiées au cours des semaines à venir.

En premier lieu, la vraie innovation nécessite de penser en rupture par rapport aux modèles existants. Deuxièmement, il faut expérimenter avec méthode et sans grandiloquence en acceptant l'idée que l'Afrique puisse, elle aussi, innover, y compris dans les politiques publiques. Enfin il nous faut donner du « futur au présent » à travers un savant dosage d'imitation et d'innovation.

Un laboratoire grandeur nature

La Côte d'Ivoire est un formidable laboratoire pour expérimenter à l'échelle d'une nation le potentiel de transformation paradigmatique que peut apporter la technologie. En effet, voilà un pays qui concentre nombre de caractéristiques emblématiques du continent. Il a connu plusieurs crises institutionnelles au cours des vingt dernières années -dont certaines particulièrement violentes- a un dividende démographique exceptionnel, et est en phase de diversification d'une économie pendant longtemps dépendante des matières premières. Et si le numérique pouvait être un levier de transformation structurelle de ce pays ? Quelles leçons pourrait-on en tirer pour toute l'Afrique ? C'est ce que je vous propose de découvrir au sein de cette série d'analyses.

*Ingénieur de formation, Fitzgerald Bony est un spécialiste de la transformation digitale et travaille au sein d'une multinationale des télécommunications. Cette analyse fait partie d'un programme commun entre Sciences Po Paris Executive Education et La Tribune Afrique.

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