Secteur privé africain : les leçons du Forum Mo Ibrahim

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Ngozi Okonjo-Iweala, Aliko Dangote, et Abdelmalek Alaoui lors du MIF
Ngozi Okonjo-Iweala, Aliko Dangote, et Abdelmalek Alaoui lors du MIF (Crédits : LTA)
Grand-messe de la bonne gouvernance en Afrique, le « Governance Week-end » de la fondation Mo Ibrahim vient de s’achever à Marrakech après avoir enregistré une participation très importante du secteur privé continental. Entre revendications auprès de leurs états et engagement affiché pour une croissance plus inclusive, les capitaines d’industrie du continent affirment vouloir aller plus vite et plus loin. Sous quelles conditions ?

Qu'attend un capitaine d'industrie africain des pouvoirs publics? La réponse tient en un mot : cohérence. Prononcé par l'homme le plus riche d'Afrique, Aliko Dangote, à la tête du groupe éponyme, ce mot revêt une signification d'autant plus importante puisqu'il permet de résumer une grande partie des frustrations des acteurs clés à la tête du secteur privé africain.

Un besoin de cohérence

En poussant le raisonnement un peu plus loin, et en y incluant nombre de remarques émises par les businessmen africains lors du Governance Week-End, l'on est en droit de se demander quels sont les piliers fondamentaux sur lesquels repose le contrat social entre l'Etat - au sens large- et les acteurs privés en Afrique ?

D'un côté, l'on a des gouvernements qui affichent- du moins dans le discours- un volontarisme à tout épreuve pour permettre au secteur privé africain d'émerger. Les pouvoirs publics attendent des opérateurs privés qu'ils créent de la valeur ajoutée et offrent des emplois aux populations, et plus particulièrement aux jeunes, segment le moins bien intégré dans l'économie formelle en Afrique.

De l'autre, l'on trouve des acteurs du secteur privé africain qui demandent à l'Etat de leur offrir un cadre institutionnel robuste au sein duquel leur seraient garanties 5 conditions fondamentales pour faire monter en puissance leurs entreprises.

Quel est le « contrat social » entre secteur privé et public en Afrique ?

La première condition est la stabilité institutionnelle et macro-économique, afin de pouvoir consentir à des investissements de long terme. La seconde est la mise à disposition d'infrastructures matérielles et technologiques de qualité. La troisième est la fourniture d'un système de protection sociale et de santé. La quatrième repose sur une offre de formation et d'emploi adaptée à leurs besoins en recrutement. Enfin, la cinquième, prééminente entre toutes, est un système judiciaire juste.

De manière globale, cet ensemble de conditions peut être résumé par le mot cohérence, prononcé par Aliko Dangote. En effet, les gouvernements et les états auront toujours beau jeu de demander au secteur privé de s'investir plus dans la création de valeur ajoutée et d'emplois, ce dernier sera toujours rétif à accélérer sa croissance si l'essence du contrat social précité n'est pas respectée.

En clair, en l'absence de cohérence globale, le secteur privé africain ne pourra jamais atteindre les niveaux de croissance escomptés. Il faut donc prendre le mal à la racine.

Dans ces conditions, comment ne pas comprendre - sans l'accepter- qu'un certain nombre d'entreprises africaines ne remplissent pas tout à fait leurs obligations fiscales, ou soient carrément dans une démarche de désobéissance fiscale ?

En effet, si les entrepreneurs du continent doivent payer d'autres acteurs privés pour leur fournir sécurité, santé et éducation, à quoi servent leurs impôts ? De surcroit, s'ils ont le sentiment que le système judiciaire de leurs pays ne les protègera pas en cas de coup dur et n'est pas indépendant du pouvoir politique, comment ne pas comprendre qu'ils cherchent à se soustraire à certaines de leurs obligations citoyennes ?

Une association du secteur privé d'Afrique ?

Ces questions, et c'est fondamental, doivent être remises au cœur de la conversation globale entre le secteur privé et le secteur public africain. Comme l'a appelé de ses voeux Mo Ibrahim dans son adresse aux patrons du continent, le temps de créer une association du business africain est venu. Celle-ci positionnerait un dialogue de haut niveau avec l'Union africaine, ce qui permettrait au secteur privé africain de parler d'une voix unifiée et de négocier avec l'ensemble des protagonistes le cadre global de collaboration, tout en confrontant leurs visions du futur.

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