Davos : les leçons du World Economic Forum 2017

Le World Economic Forum (WEF) de Davos s’est achevé samedi après quatre jours de débats intenses qui ont réuni près de 3000 participants. Si la conférence a été, encore une fois, l’occasion pour les leaders politiques, économiques et la société civile de pouvoir se rencontrer et échanger, la nature des débats renseigne de manière substantielle sur l’état du monde et les préoccupations fondamentales du moment.
Abdelmalek Alaoui
(Crédits : LTA)

A cet égard, Davos doit être regardé comme un laboratoire d'exploration des grandes tendances économiques censées intervenir à court terme, et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a de quoi être inquiet.

En effet, s'il fallait retenir un mot qui était sur les lèvres de quasiment tous les intervenants, l' « incertitude » emporterait certainement la palme.

Explorée ad nauseam par l'ensemble des protagonistes présents, la centralité de cette thématique dans la réflexions de leaders dont la mission principale est justement la réduction de l'incertain ne s'est pas limitée, comme l'on aurait pu l'attendre, aux effets potentiels du Brexit ou de l'arrivée de Trump au pouvoir, mais couvrait un spectre beaucoup plus large.

Bientôt une vague de « réfugiés numériques » ?

A cet égard, la majorité des leaders économiques présents semblaient surtout se préoccuper de la grande fracture numérique qui se profile et de son impact sur l'emploi. Pour Marc Benioff, CEO de Salesforce, l'on pourrait rapidement se retrouver face à une vague de « réfugiés numériques », c'est à dire de pans entiers de la population qui seraient victimes du chômage technologique du fait de la disruption issue des nouveaux acteurs du digital et notamment de l'économie collaborative (Uber, Airbnb, Alibaba, etc)

Potentiellement, ce mouvement de fond pourrait avoir un impact dévastateur sur les pays riches et les grands émergents, puisqu'il contribuerait à polariser les sociétés et à radicaliser les plus fragiles, créant de facto un état de cohabitation permanente entre ceux qui maitrisent le monde digital et ceux qui en sont exclus, ces derniers devenant dépourvus de solutions pour générer des revenus.

Cohabitation permanente entre les digitaux et les non-digitaux

Pour les pays en développement, des dommages collatéraux substantiels issus de cette dynamique sont à craindre à court terme. Face à la montée de la grogne contestataire des réfugiés numériques, la tentation du repli sur soi sera grande, comme l'a souligné avec lucidité le Président chinois, Xi Jinping,  lors de son adresse inaugurale à Davos.

Pire,  une remise en cause des traités de libre-échange avec des pays disposant d'un avantage compétitif en termes de salaires risquerait d'advenir, à l'instar de la renégociation annoncée du traité de l'ALENA en Amérique du Nord.

Dans ce cadre, la tentation pour les grands donneurs d'ordre industriels de lancer une vague de « relocalisations » dans leurs pays d'origine serait une forme de réponse à la pression politique, mais pourrait également constituer un impératif économique rationnel du fait de l'explosion de l'utilisation des Robots et de l'Intelligence artificielle. En clair, plus besoin d'aller chercher de la main d'oeuvre bon marché dans d'autres pays, car cette dernière est avantageusement remplacée par des machines.

Quelle alternative pour les pays en développement ?

Que restera-t-il alors comme alternative aux pays qui ont misé sur une politique industrielle basée sur l'avantage compétitif des bas salaires et l'insertion dans une chaîne de valeur mondiale ?

Si ces pays, dont la plupart sont présents en Afrique et en Asie, ne trouvent pas les moyens de mettre en place une stratégie d'agilité leur permettant de diversifier leurs outils productifs, il est à craindre qu'ils ne soient les premières victimes de la « quatrième révolution industrielle » théorisée par Klaus Schwab, fondateur du forum de Davos, dans un best-seller éponyme. S'adapter ou mourir, telle sera l'équation.

Abdelmalek Alaoui
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Commentaire 1
à écrit le 23/01/2017 à 9:57
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Attention aux visions du futur, je me souviens parfaitement qu'on nous disait, il y a 30 ans que grâce à la robotisation les tâches les plus ingrates seraient effectuées par des machines et que tous les humains pourraient se retrouver solidaires derr...

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