Que ferons-nous lorsque nous serons tous « Ubérisés » ?

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(Crédits : LTA)
Uber a tué le taxi, Airbnb a ringardisé l’industrie hôtelière, la Blockchain menace les notaires, les avocats et les banques, l’Intelligence Artificielle va balayer tout le reste. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le progrès technique détruit plus d’emplois qu’il n’en crée. Que ferons-nous quand nous serons tous "Ubérisés" ?

« C'est quand la mer se retire qu'on voit ceux qui se baignaient nus ». Cette citation de Warren Buffet n'aurait pas trouvé meilleure illustration que l'attitude actuelle des gouvernements face au train fou de l'innovation, lancé à toute vitesse et détruisant au passage des centaines de milliers d'emplois par jour. Face à cela, des gouvernements sans boussole, laissant souvent leur titulaire du maroquin des nouvelles technologies le soin d'orchestrer la « danse de la pluie », espérant ainsi contenir un tsunami avec un parapluie.

Comment contenir un Tsunami avec un parapluie ?

A la fois masochistes et court-termistes, les Etats ne semblent pas avoir pris la mesure du changement paradigmatique qui s'annonce, alors même que la montée globale des nationalismes et des populismes devrait les alerter à la fois sur son caractère inéluctable et violent.

Il faut dire que face à la disparition annoncée des emplois tels que nous les avons connus - l'employeur offrant une sécurité relative et l'employé sa force de travail- peu de solutions crédibles émergent à ce jour. Ainsi, la communauté des penseurs se borne encore à délimiter le champ de la riposte à un accompagnement de ceux qui résistent au changement et à la formation de ceux qui  entrent dans le monde du travail. D'autres initiatives commencent à faire leur chemin, tel le revenu universel, que les économies développées voient comme un moyen de libérer les énergies créatrices en débarrassant l'Homme de la contrainte de rechercher en permanence les moyens de sa subsistance.

Disons-le sans gants, cette attitude défensive - mais séduisante pour le politique- est autant insuffisante qu'inefficace.

Même doté d'un MBA de Harvard,  le jeune diplômé n'aura aucune garantie d'avoir un emploi du fait de l'intensification de la compétition et de la raideur de la courbe de l'innovation. Quant à la promesse selon laquelle nous devrions tous nous transformer en « travailleurs du savoir », elle n'engage aujourd'hui que les économies matures et ne résoudra pas la question fondamentale du devenir de ceux qui n'ont pu accéder à l'éducation et dont le seul horizon reste le travail manuel. Quant au revenu universel, testé actuellement sur des échantillons très faibles de populations, voilà également le parfait avatar d'une idée de riches pour les riches, excluant de facto les trois quarts de l'humanité.

L'Afrique, premier baigneur sans maillot ?

En Afrique plus qu'ailleurs, cette question de la prévalence d'une technologie destructrice d'emplois est d'une acuité criante. Ne disposant ni de la technologie, ni du capital, ni d'un matelas de sécurité, le continent risque de jouer le rôle de premier baigneur sans maillot dans l'allégorie de Buffet. C'est donc avec un sentiment d'urgence permanent qu'il nous faut relativiser l'enthousiasme parfois béat autour de l'Africatech pour nous pencher sur les dangers futur et les moyens d'y faire face.

Pour cela, il faut tout d'abord exploiter les gisements d'opportunités immédiats créés par les plateformes collaboratives telle la sous-traitance de la relation client, appelée à se densifier. En second lieu, il est nécessaire de se départir sans attendre de la culture de l'amélioration incrémentale qui mine les administrations continentales et de décréter le « grand soir » de l'action publique afin de la rendre plus efficace, mieux ciblée, et transparente.

Enfin, il faut aussi souligner que la montée des nationalismes n'est pas inéluctable. Dans le cas de l'Afrique, elle peut et doit être contenue par une stratégie globale d'intégration régionale construite sur la conviction que le destin des 54 nations qui composent l'Afrique est lié. Seule la libre circulation des biens, des hommes et du savoir peut constituer un rempart à peu près viable face au changement d'époque que nous traversons. Dans ce cadre, le repli sur soi nous est interdit.

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