Développement : l'AFD a maintenu son niveau d'engagement à 12 milliards d'euros en 2020

L'Agence française de développement (AFD) vient de présenter son bilan d'activité 2020 et ses perspectives stratégiques, sur fond de crises économique et sanitaire. Ce sont 12 milliards d'euros d'engagements et 8,8 milliards d'euros de décaissements (+35% en 1 an) enregistrés l'an dernier par le groupe. Rémy Rioux se félicite du dynamisme d'une politique de développement française en pleine mutation...
Rémy Rioux, directeur général de l'Agence française de développement.
Rémy Rioux, directeur général de l'Agence française de développement. (Crédits : Reuters)

« C'était une année 2020 hors norme marquée par une crise majeure, une crise unique en son genre et une crise qui pose de très sérieuses questions de développement pour nous tous », a introduit Rémy Rioux, directeur général de l'AFD, mardi 13 avril, en conférence de presse. Alors que le monde est traversé par une pandémie qui paralyse une partie des économies nationales et met les systèmes sanitaires à rude épreuve, les politiques de développement cherchent à s'accorder sur une solution concertée de sortie de crises. Selon le Fonds monétaire international (FMI), le PIB mondial devrait enregistrer un recul de -3,3% en 2020 et près de 90 millions de personnes dans le monde sont menacées de retomber dans l'extrême pauvreté d'ici la fin de l'année.

Depuis quelques mois, c'est le branle-bas de combat au niveau des acteurs du développement, car les mécanismes multilatéraux ont été mis à mal, sur fond de rivalités sanitaires. En effet, face à la vigueur de la pandémie, les institutions internationales ont été lourdement sollicitées, au premier rang desquelles l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui a vu les Etats-Unis de Donald Trump quitter le navire de la gouvernance sanitaire mondiale, avant de le rejoindre de nouveau sous l'administration Biden.

A contrario, l'année 2020 fut « exceptionnelle en France pour la politique de développement [...] La France est dans le bon tempo, elle est au rendez-vous de cette crise », estime Rémy Rioux qui se félicite par ailleurs, que soit « débattue en ce moment même au parlement [13 avril, ndlr], une très importante loi de programmation pluriannuelle relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales ». L'une des dispositions de cette loi de programmation formalise la création du groupe AFD qui réunirait à terme 3 entités : la maison-mère, la filiale PROPARCO dédiée au secteur privé et l'agence d'assistance technique internationale, Expertise France (220 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2020). L'année 2020 marque aussi la naissance du « Fonds d'Innovation pour le Développement (FID) » présidé par Esther Duflo et l'organisation de la première édition du Sommet Finance en Commun, qui sera reconduit en 2021.

L'AFD préserve ses équilibres financiers malgré la pandémie

Le groupe AFD a dégagé en 2020, un résultat net positif de 40 millions d'euros et la taille du bilan consolidé a atteint près de 55 milliards d'euros. Un tiers des 10 milliards d'euros de financement sur les marchés financiers a été réalisé par des obligations climat ou alignées sur les Objectifs de développement durable (ODD). Après avoir été en 2014, le 1er émetteur public d'un « Climate bond », l'AFD a récemment mis en place, un nouveau cadre d'émissions ODD, adossant ses émissions à des prêts sélectionnés selon leur contribution effective aux ODD.

Les engagements du groupe ont été stabilisés et les versements ont enregistré une hausse sensible. En chiffres, ce sont 12,1 milliards d'euros de nouveaux engagements,  8,8 milliards d'euros de décaissement (+35% par rapport à 2019), 996 nouveaux projets de développement et  3 milliards d'euros pour la riposte Covid-19 (dont 1,2 milliards d'euros pour l'initiative « Santé en Commun » en Afrique et au Proche Orient). Au total, 42M de personnes vont bénéficier d'un accès aux soins amélioré et 25M d'une meilleure protection sociale. Rebaptisé « Santé en commun 2 » en 2021, ce programme est articulé avec la réponse multilatérale ACT-A, et mis en œuvre en mode #TeamEurope. L'AFD s'engagera à hauteur de 1 milliard d'euros, dont au moins 500 millions d'euros en prêts et plus de 150 millions d'euros en dons en 2021, en matière de santé et de protection sociale.

Parallèlement, PROPARCO, avec 2 milliards d'euros d'engagement, a réaffirmé sa présence, en particulier lors du Sommet « Finance en Commun » qui a réuni en novembre 2020, à l'invitation de l'AFD et d'IDFC, quel que 450 banques publiques de développement.

Au niveau géographique, l'Afrique qui reste la zone prioritaire du groupe, a mobilisé 4,9 milliards d'euros en 2020, soit 46 % des engagements totaux de l'AFD (dont 511 millions pour les pays du G5 Sahel). En substance, les financements du groupe bénéficieront à 65 millions d'Africains, dont 11 millions de Sahéliens.

Poursuite des priorités et renforcement des évaluations

Apporter une réponse rapide à la crise et garder le cap du long terme, tels étaient les défis de l'AFD en 2020, dont les engagements ont atteint 12 milliards d'euros (comme en 2019), en dépit de la pandémie de Covid-19. Le groupe a également cherché à accélérer ses procédures pour répondre au plus vite, aux besoins sanitaires et aux préoccupations sociales, portant ses décaissements à presque 9 milliards d'euros, soit +35% par rapport à 2019. L'an dernier, l'AFD a réaffirmé sa capacité à jouer un rôle contra-cyclique et entend bien accompagner l'ambition française de porter l'aide publique au développement (APD) à 0,55% du revenu national brut (RNB) d'ici 2022.

Au-delà de son engagement pour faire face à la crise sanitaire, le groupe a maintenu ses priorités en matière de climat et de biodiversité, mais aussi d'égalité femmes-hommes. L'agence a mis en œuvre 5,4 milliards d'euros de projets bénéfiques pour le climat et ses financements pour la biodiversité ont atteint le montant record de 565 millions d'euros, soit une hausse de +25% par rapport à 2019, via des programmes comme celui qui promeut l'agroécologie le long de la Grande Muraille Verte au Sahel, ou celui dédié au défi de la sécurité alimentaire dans les régions de la Boucle du Mouhoun et de l'Est du Burkina Faso, par exemple. Les financements de l'AFD ont contribué à protéger ou restaurer 12 millions d'hectares d'espaces naturels, en 2020. Le groupe vise l'objectif de 1 milliard d'euros de financements en faveur de la biodiversité d'ici 2025.

Parallèlement, 100% des projets passent désormais par le filtre du genre ; 67 % ont un objectif significatif ou principal sur l'égalité entre les femmes et les hommes. Un Fonds de soutien aux organisations féministes (FSOF) a été lancé en juillet 2020, en partenariat avec le Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, doté de 120 millions d'euros sur 3 ans, pour promouvoir le financement des organisations féministes de la société civile.

Au niveau de l'entrepreneuriat et du soutien aux PME africaines fragilisées par la crise, l'initiative « Choose Africa Resilience » dotée d'un budget de 1 milliard d'euros, porte le montant global des engagements du programme « Choose Africa » à 3,5 millions d'euros. A mi-parcours de cette initiative, 2 milliards d'euros de financements ont été engagés au bénéfice de plus de 16 000 entreprises et de plusieurs dizaines de milliers de micro-entrepreneurs.

Enfin, l'AFD entend renforcer ses mécanismes d'évaluation de projets. « Cette démarche répond à une triple exigence de redevabilité, d'efficacité et d'innovation » précise l'AFD qui n'a évalué que 44 % des projets achevés ces 3 dernières années au niveau global, mais 88% dans les pays du Sahel, devenus prioritaires pour le groupe.

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