Transition écologique : le Maroc, vecteur d'une croissance durable pour le Continent

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La centrale thermosolaire Noor II près de Ouarzazate, dans le centre-est du Maroc.
La centrale thermosolaire Noor II près de Ouarzazate, dans le centre-est du Maroc. (Crédits : Reuters)
Sur les dernières années, le Royaume du Maroc a entamé un processus de mise en place d'une stratégie nationale d'adaptation au changement climatique avec des impacts probants sur les volets socio-économique et environnemental. Aujourd'hui, le Maroc est pris comme référence sur le Continent à travers son modèle résilient de développement.

Au début du XXe siècle, la population marocaine ne dépassait guère les 5 millions d'habitants. En un siècle, cet effectif a quintuplé atteignant les 33,4 millions en 2014. La forte croissance démographique du Continent s'est accompagnée d'une forte pression sur les ressources hydriques, le patrimoine forestier, les littoraux et l'équilibre des milieux naturels. Loin de s'affaiblir au cours des prochaines décennies, ces perspectives constituent une source de préoccupations pour la durabilité du modèle de croissance marocain. Conscient de ces enjeux liés au changement climatique et de leurs impacts sur le développement économique et social, l'Etat marocain a élaboré une stratégie participant à la protection de l'environnement.

Une stratégie en deux temps

Cette démarche s'est structurée dans un premier temps autour de la mise en place d'un cadre juridique et institutionnel adapté (déploiement d'un Plan d'action national pour l'environnement ; création de la Charte nationale de l'environnement et du développement durable ;définition de l'article 31 de la Constitution ; promulgation de la loi-cadre 99-12 ; institution du Conseil économique, social et environnemental) et conforme à ses engagements internationaux avec pour consécration l'hébergement à Marrakech de la 22e Conférence des parties (COP22) à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en 2016. Dans un second temps, la stratégie nationale de protection de l'environnement et de lutte contre les répercussions du changement climatique s'est articulée autour d'une vision mobilisatrice et participative des différentes composantes de la société civile, notamment les entreprises.

Engagés dans une logique de Responsabilité sociétale de l'entreprise (RSE), les opérateurs privés sont incités à se positionner en faveur de la protection de l'environnement, vecteur de durabilité dans leurs lieux d'implantation. Cet engagement présuppose pour les acteurs économiques le développement de solides capacités de collecte de l'information, d'analyse stratégique, de cartographie des risques associés aux parties prenantes et pour finir de communication. Ces capacités deviendront autant d'atouts pour une croissance inclusive et durable sur le territoire national et continental. Afin de soutenir cette vision participative au sein du secteur privé, l'Etat a mis en place une offre de formation liée à la transition écologique, au sein de l'Université Mohammed VI, notamment. De même, la société civile s'est engagée sur cette voie.

Pour exemple, la Confédération générale des entreprises marocaines (CGEM), faisant suite à la création en 2006 de son label RSE, s'est attachée à former les cadres de ses entreprises membres à la question de la Finance Climat en partenariat avec le PNUD. Plusieurs associations et centres de réflexion plus ou moins structurés ont également vu le jour et visent la sensibilisation et l'émergence d'une culture de la RSE au Maroc.

La green diplomacy

Sur l'échiquier géostratégique, l'enjeu mondialisé de l'accès à l'énergie reste un challenge au travers duquel le Royaume du Maroc tend à créer une troisième voie. Celle-ci se définit par une dépendance de moins en moins structurelle aux marchés des hydrocarbures et par une prise d'autonomie plus large vis-à-vis de ses partenaires Sud et Nord. Loin d'être autosuffisant sur la question énergétique, mais fort de sa légitimité à développer une stratégie inclusive envers ses partenaires du Sud, le Maroc s'est imposé, par ses réalisations, comme une référence sur le Continent à travers ce modèle résilient de développement.

Afin de contribuer à l'émergence d'une dynamique de coopération Sud-Sud sur les questions environnementales, le Maroc s'est proposé de partager avec ses partenaires continentaux, confrontés à des enjeux similaires, son savoir-faire et ses best practices en matière de conduite et de pilotage de projets durables, comme ce fut le cas dans les secteurs agricoles et énergétiques. L'Initiative pour l'adaptation de l'agriculture africaine (AAA) portée par l'Etat marocain a réuni plusieurs entreprises nationales, dont l'Office chérifien des phosphates, le Crédit agricole du Maroc et la MAMDA, dans le but de proposer des solutions à la vulnérabilité de l'agriculture africaine au changement climatique.

De même, à travers ses ambitieux plans solaires et éoliens, MASEN est en mesure d'accompagner ses partenaires africains en matière de gouvernance et de conduite de partenariats public-privé (PPP) dans le secteur des énergies renouvelables. Le développement de cette industrie marocaine pourrait dès lors accompagner une capacité coordonnée de green diplomacy.

Pilotant déjà le déploiement sectoriel sur un périmètre national, MASEN pourrait élargir son champ d'action à une mission de coordination mobilisant toutes les green stakeholders du Continent. Aussi, la poursuite de l'intégration du Maroc dans les organisations expertes du développement durable, de la RSE et du renouvelable aurait un effet majeur sur les perspectives de croissance du Royaume. Point de convergence des logiques mondialisées de développement durable et fort d'une économie émergente consciente de ses réalisations, le Maroc réoriente aujourd'hui son modèle de développement sur le chemin d'une croissance durable et résiliente. Celui-ci, loin d'être un produit sur étagère, est amené à s'adapter et à proposer des solutions innovantes face aux défis de la transition climatique.

L'Etat marocain entend ainsi fédérer toutes les forces vives du pays autour d'un projet de société commun, générateur d'interactions vertueuses avec ses partenaires continentaux. Dans cette optique, la création d'une culture marocaine de la RSE semble un prérequis pertinent quant au rayonnement du pays sur l'échiquier des nations. Elle sera le complément logique de sa green diplomacy déjà engagée : le Maroc pourra ainsi passer d'une logique de soft power à un smart power éclairant ses potentialités stratégiques et en mesure d'apporter des réponses tactiques à sa dynamique économique.

*Socio-anthropologue et experte en RSE

**Expert en intelligence stratégique et DG du cabinet Delta Knowledge Group

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Commentaires
a écrit le 24/07/2019 à 12:28 :
Le Maroc est malade de sa surnatalité. Tant que la mentalité des habitants de ce pays ne changera pas, il n'y aura pas de développement durable.
Réponse de le 25/07/2019 à 14:47 :
Quelle affirmation absurde et totalitaire!

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