Centrafrique : Contre l’influence de la Russie, la France prend la tête de la mission militaire européenne

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(Crédits : Reuters)
Le Portugais Herminio Maio a passé le bâton de commandement de la mission européenne de formation militaire en République centrafricaine (EUTM-RCA). En présence de Florence Parly, la ministre française des Armées, en visite officielle dans le pays, c’est désormais le Général de brigade Eric Peltier qui prend la tête de cette mission de formation. Sur les épaules du quinquagénaire, le retour d’une armée française dont l’image est écornée par les accusations des ONG face à une Russie qui se renforce sur le terrain.

L'image est le symbole de cette guerre d'influence franco-russe. Relevée par Daphné Benoit, la correspondante de l'AFP sur les questions de la Défense, elle montre deux affiches publicitaires en plein milieu de Bangui, la capitale de la Centrafrique.

Sur la première affiche rédigée en sango, la langue la plus parlée, la Russie vante les bienfaits de sa coopération pour le retour de la paix. Sur la seconde, rédigée dans la langue de Molière, la France parle de son soutien à l'«avenir» des Centrafricains. Elle aussi peut-être révélatrice du mode d'approche dans cette course à l'influence.

D'un côté, il y a la France. Ancien colon dans cet ex-prolongement de son territoire qui compte désormais 4,5 millions d'habitants, aux prises avec des milices ethno-religieuses entre ses 85 % de chrétiens et les 15 % de musulmans. Plusieurs fois intervenue dans l'ex-Oubangui-Chari, la France s'était posée en sauveuse avec son opération Sangaris, qui aura permis de réduire l'ampleur des massacres entre la Séléka et les anti-Balakas sans pour autant ramener la paix qu'elle promettait lors de son déclenchement en 2013.

Redorer le blason de la France et contrer la Russie

Avec une échéance largement dépassée, l'opération est un échec dans le sillage de la difficulté à trouver une initiative politique et de soutien international pour amener les protagonistes à la table des négociations de paix. Puis les accusations de viols ou d'exactions de soldats français, révélés par des ONG internationales, ont fait le reste. L'image de l'armée française dans le pays en prend un sérieux coup.

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Après avoir amorcé un retrait des 2000 hommes de Sangaris, la France louvoie pour un renforcement de la coopération militaire, notamment dans la formation de Forces armées centrafricaines (FACA) complètement délitées par les menaces successives auxquelles elles ont dû faire face sans forcément y avoir été préparées ou remises à niveau.

Aujourd'hui, dans la foulée de la mission militaire de formation de l'UE en République centrafricaine (EUTM RCA) qui vaut lieu de présence européenne, la France détient 300 hommes en Centrafrique. Une cinquantaine sur les 180 soldats qui la compose sont Français; ils seront bientôt 140, le premier contingent de la douzaine de pays européens qui ont accepté d'envoyer leurs hommes pour assurer la formation des FACA en conseil stratégique, entraînement opérationnel et formation (droits de l'Homme, droits en temps de conflit, protection de civils...).

C'est donc naturellement que l'Hexagone prend la tête de l'EUTM après avoir contribué à la mettre sur pied en 2016, puis à s'assurer que son mandat soit reconduit pour 2 ans supplémentaires. Signe de l'importance donnée à l'événement, Florence Parly, la ministre française des Armées a fait le déplacement, en marge d'une visite officielle à Bangui, pour assister à la cérémonie de passation de commandement entre le Portugal et la France. Cette dernière a choisi Eric Peltier, promu général de brigade, il y a quelques semaines. A 51 ans, ce parachutiste spécialisé dans la cavalerie blindée connait bien le terrain pour avoir servi dans plusieurs pays en conflit -dont la Centrafrique- après être passé par les affaires stratégiques auprès du chef d'état-major des armées françaises.

La guerre d'influence ne fait que commencer

A charge pour lui de redorer le blason français, même si la mission de son commandement est directement câblée sur Bruxelles. D'un autre côté, Eric Peltier devrait s'appuyer sur son habileté dans le renseignement, sur la pléthore de diplomates français issus du renseignement pour tenter de faire revenir Paris dans le jeu d'influences en Centrafrique. Lors de sa visite dans la capitale, Florence Parly a plaidé pour plus de coopération entre les deux pays. Federica Mogherini qui arrive la semaine prochaine devrait lui emboîter le pas. L'Europe presse le pas pour contrer l'influence russe.

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Les affinités idéologiques avec des leaders ou des partis historiques pour l'indépendance de pays en Afrique centrale et australe avaient longtemps constitué la clé d'entrée de la Russie sur le Continent. Désormais, c'est dans le domaine sécuritaire que Moscou avance ses pions. Profitant de tergiversations dans la communauté internationale ou de polémiques sur les coûts des opérations extérieures, la Russie a livré des armes à la Centrafrique après avoir poussé dans le sens d'un allègement de l'embargo sur les armes.

Depuis, la présence russe a noyauté la Centrafrique. On la retrouve dans la formation d'une partie des forces armées de la Centrafrique via l'accord de coopération qui la lie à Bangui. Elle est aussi présente dans la sécurisation de la capitale et du Palais de Faustin Archange Touadéra tout comme dans la myriade de sociétés de sécurité privées russes - en réalité affiliées à l'Etat russe.

Les chefs de la police, de la gendarmerie, de l'armée et quelques haut-gradés centrafricains sont assidus aux séjours de remise à niveau à Moscou, comme cette dizaine de sécurocrates fraîchement rentrés de formation il y a deux semaines. Et ce n'est pas tout. La Russie s'est même présentée sous son soft-power en offrant ses bons offices pour l'accord de paix entre le gouvernement et les milices. Et la guerre d'influence ne fait que commencer.

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