En pleine amplification des défis, le Nigérien Issoufou prend les commandes du G5 Sahel

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(Crédits : DR)
Les chefs d’Etat du G5 Sahel se sont réunis ce mardi 6 février à Niamey pour un sommet à l’issue duquel le chef de l’Etat nigérien succédera au Malien IBK à la tête de l’organisation sahélienne. Alors que les défis socioéconomiques et sécuritaires ne cessent de s’amplifier, le G5 Sahel veut allier réponse militaire et stratégie de développement pour contenir les crises. Sauf que le financement ne suit pas encore et c’est le grand défi pour le nouveau président en exercice.

Ils ont tous répondu présents à Niamey. Ce mardi, la capitale nigérienne a accueilli la 4e Conférence des chefs d'Etat du G5 Sahel avec la participation des présidents des 5 pays membres de cette organisation sahélienne créée en 2014 pour prendre en charge les défis socioéconomiques et sécuritaires de la sous-régionale. L'un des faits marquants du sommet, c'est le passage du témoin à la tête de l'organisation entre le président en exercice, le Malien IBK, et son homologue nigérien Mahamadou Issoufou, en présence des présidents mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, tchadien Idriss Deby Itno et burkinabé Roch Marc Christian Kaboré.

Devant ses pairs de la sous-région et de nombreux invités et experts, le nouveau président en exercice du G5 Sahel a présenté les enjeux actuels de l'organisation en rappelant la nécessité de lui impulser une nouvelle dynamique. «Nous sommes sur la bonne voie, celle du développement économique et social de nos pays, celle tout aussi importante de la protection de nos populations contre les attaques des organisations terroristes et criminelles», a déclaré Issoufou Mahamadou pour qui le sommet de Niamey permettra de marquer davantage l'élan et la détermination dans la construction du G5 Sahel et la réalisation des différents projets dont il est porteur.

Sécurité et développement

On l'aura un peu oublié ces derniers temps, tant l'aspect militaire a pris le dessus avec la création de la force mixte du G5 Sahel, l'organisation sahélienne vise au-delà des crises conjoncturelles à créer les conditions propices pour un développement intégré, seule alternative à moyen et à long terme pour assurer la prospérité de la sous-région. En amont de la conférence des chefs d'Etat, des experts puis les ministres des pays membres se sont penchés sur les nouvelles priorités de l'année, lesquelles devront convaincre les partenaires financiers de mettre la main à la poche et par la suite garantir la réussite de l'initiative à laquelle les chefs d'Etat de l'espace sahélien ne cessent de plaider la cause.

Le président Issoufou prend les commandes du G5 Sahel en pleine amplification des défis, notamment sécuritaires, alors que l'opérationnalisation de la force conjointe (FC G5 Sahel) peine toujours à se matérialiser faute de financements. Si des progrès ont été enregistrés dernièrement avec les premières opérations conjointes déployées au Mali, épicentre des tensions sécuritaires, les récentes attaques et la difficulté de boucler le budget de la force montrent que le G5 Sahel a encore beaucoup à faire pour prouver sa pertinence et partant, son efficacité. Un fait que le président Issoufou reconnaît sans ambages :

« A court terme, le défi sécuritaire est le défi majeur pour le Sahel qui doit faire face à trois foyers de menaces à l'intérieur ou à la limite de ses frontières : le bassin du lac Tchad, le foyer libyen  et le nord du Mali».

Toutefois, la réponse militaire ne peut à elle seule permettre de prendre en compte tous les enjeux de développement pour ces pays de la bande sahélienne. C'est pourquoi le G5 Sahel a adopté une stratégie de Sécurité et développement du Sahel (SDS), laquelle est adossée à une feuille de route d'investissements prioritaires et «embrasse tous les aspects de la vie politique, économique et sociale des pays du Sahel».

Dans sa feuille de route, le président nigérien a fait de la poursuite de la montée en puissance de la force mixte, un objectif prioritaire dans le cadre du premier axe de la stratégie qui sera mise en œuvre et qui est consacrée à la défense et à la sécurité.

Le second axe est consacré à la gouvernance avec la formulation d'une Stratégie intégrée pour la jeunesse, ainsi que d'un document-cadre de lutte contre la radicalisation et l'extrémisme violent et de lutte contre le financement du terrorisme. Sur la même lancée, la présidence nigérienne compte miser sur le renforcement des infrastructures avec la remise en projet la création de la Compagnie aérienne du G5 Sahel, ainsi que le démarrage de l'étude de faisabilité du Transsahélien. Enfin, un autre domaine où le G5 Sahel entend mettre l'accent, c'est celui de la «Résilience et Développement humain» en coordination avec différents partenaires et bailleurs de fonds internationaux.

A la recherche de financements

Si la question du financement de la force conjointe accapare l'essentiel de l'attention des pays membres et surtout de l'action de l'organisation sahélienne, à Niamey, les chefs d'Etat du G5 Sahel veulent démontrer qu'il ne s'agit que d'une réponse parmi tant d'autres dans les objectifs d'intégration et de développement que visent les 5 pays membres. Avec un objectif en ligne de mire : peaufiner les projets «bancables» qui seront soumis à l'appréciation des bailleurs de fonds du G5 Sahel lors d'une conférence des donateurs prévue le 23 février prochain à Bruxelles. Ce rendez-vous, qui devrait précéder des rencontres similaires déjà inscrites sur l'agenda de l'organisation, comme celle avec la BAD, s'annonce crucial, car sans les financements nécessaires,le G5 Sahel ne pourra pas réussir ses missions.

«Le G5 Sahel est un instrument précieux d'intégration des peuples qui conforte nos ambitions continentales, tel que prévu par l'Agenda 2063 de l'Union africaine. Sortir des 84 000 kilomètres de frontières actuelles par le haut, c'est-à-dire par l'intégration et non en créant de nouvelles frontières, telle est notre ambition. C'est cela qui nous rendra plus forts. C'est cela qui rendra le Sahel plus sûr et plus prospère et, avec lui, l'Afrique dans son ensemble».

Pour le chef d'Etat nigérien, «la position géostratégique qu'occupent les pays du Sahel, par ailleurs pays de transit et d'origine de migrants, justifie que la communauté internationale en fasse une des priorités de son agenda». Un appel du pied à l'égard des bailleurs des fonds qui rechignent déjà à financer la force conjointe, soutenue à bout de bras par la France à travers son initiative «Coalition pour le Sahel» et dont la contribution est plus que jamais impérieuse pour sauver le Sahel d'un risque d'embrasement qui devient chaque jour un peu plus probable au regard de l'amplification des facteurs à risques, notamment sécuritaires.

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