Visite de Macron au Sénégal : pour l’éducation mais dans la contestation !

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(Crédits : Reuters)
Au pays de la sacro-sainte règle de « téranga » (hospitalité en wolof), tous les indicateurs sont au rouge pour espérer un accueil dans la ferveur du locataire de l’Elysée. Le séjour de trois jours d’Emmanuel Macron au Sénégal, placé sous le signe de la relance du Pacte mondial de l’Education, promet d’être mouvementé avec une opposition et une partie de la société civile, vent debout contre la visite du président français. Retour sur les enjeux de ce déplacement présidentiel.

A peine le président français a posé ses souliers présidentiels à Dakar que la polémique s'empare déjà de sa visite de trois jours au Sénégal. Dans une rhétorique anticolonialiste sur fond de revendication contre le franc CFA, l'ONG « Urgences panafricanistes» de l'activiste franco-béninois Kémi Séba, a mis sur pied le « Collectif France Dégage ».

La controverse et l'opposition pour accueillir Macron

L'accueil mouvementé au président français que lui promettait ce dernier n'aura pas lieu. Sa manifestation devant l'ambassade de France, prévue le jour-même de l'arrivée d'Emmanuel Macron, n'a pas été autorisée par le préfet. Pour ne pas subir le même sort, une partie de l'opposition, le parti démocratique sénégalais d'Abdoulaye Wade en tête, manifestera son opposition à la venue de Macron en arborant des brassards rouges.

«Cette sortie de l'opposition est inscrite dans le cadre d'un travail de sabotage mu par des calculs électoraux savamment orchestrés », glisse-t-on dans les rangs de l'Alliance pour la République (APR, au pouvoir) en allusion à la présidentielle de 2019. « Devra-t-on aussi laisser une police des pensées nous imposer qui on doit recevoir ou pas ? », s'interroge, un brin agacé, un taulier de la coalition présidentielle.

« Les populations devraient se réjouir d'être les hôtes de personnalités aussi prestigieuses qui viennent en soutien à l'éducation dans le monde », désamorce le politologue sénégalais Pape Amadou Fall. Outre les accords de coopération qui vont être paraphés au Palais de la République à Dakar, la visite conjointe à la Maison du TER dont Alstom fabrique les rames et les wagons, Emmanuel Macron et Macky Sall présideront la conférence du Partenariat mondial pour l'éducation (PME) au centre international de conférence Abdou Diouf (Cicad).

3 milliards de dollars pour scolariser 101 millions d'enfants africains

Moment important de cette conférence dakaroise, l'annonce d'une enveloppe de plus de 3 milliards de dollars de dons destinés à la scolarisation. « La visite d'Etat du président français à Tunis a anticipé de quelques heures, celle qui va amener la délégation française à Dakar. Les nombreux présidents d'universités et recteurs présents aux côtés d'Emmanuel Macron, confirment que la mise en place du Pacte mondial pour l'éducation, est un sujet prioritaire pour le président français », rappelle le Président de l'Institut de prospective et de sécurité en Europe(IPSE), Emmanuel Dupuy.

« Ce dernier en a évoqué l'importance dans ses derniers discours d'Ouagadougou (28 novembre dernier) et de Davos, il y a quelques jours encore. Le sort des 101 millions d'enfants non scolarisés en Afrique, dont 53 millions de jeunes filles est ainsi une priorité que le président français entend marteler à ses alter-ego africains, en participant à la conférence de reconstitution des fonds du PME », rappelle le président de l'IPSE.

En comparaison, à l'échelle mondiale, 750 millions de personnes, dont 246 millions d'enfants ne savent ni lire, ni écrire. Pourtant la contribution française à ce fonds n'est que de 8 millions de dollars, loin des plus de 135 millions de la Grande-Bretagne et des 58 millions de la Norvège dont la Première ministre, Erna Solberg, sera également présente à Dakar

Sont attendus dans l'assistance également outre le président de la Banque mondiale, l'américain Jim Yong Kim, ainsi que le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres et plusieurs chefs d'état africains, dont George Weah du Liberia, IBK du Mali, Alassane Ouattara de Côte d'Ivoire, Alpha Condé de la Guinée, Ali Bongo du Gabon, Mahamadou Issoufou du Niger, Roch Marc Kaboré du Burkina-Faso et Faustin Archange Touadéra de Centrafrique. « Un beau parterre de chef d'Etats qui soutient l'initiative dont la première rencontre en Afrique a choisi le Sénégal », jubile-t-on du côté du Palais.

Rihanna, « un piètre exemple » au milieu du décor lisse ?

Au milieu de ce décor lisse, une opposition farouche à la venue du président français agace. Même le discours annoncé d'Emmanuel Macron sur la place Faidherbe de Saint-Louis risque d'être perturbé si les Saint-Louisiens utilisent le déplacement présidentiel comme tribune pour dénoncer la mort récente d'un pêcheur sur fond de relations tendues à la frontière maritime sénégalo-mauritanienne.

Les autorités sénégalaises savent qu'ils marchent sur des œufs. Elles ont d'ailleurs pris les devants. « Il pourrait y avoir quelques escarmouches mais qui seront contrôlées car les autorités vont déployer les moyens suffisants et nécessaires pour éviter les débordements », souligne encore Pape Amadou Fall. Pour les éviter, l'Elysée a embarqué dans la délégation présidentielle française, des « success-men » et « success-women » issus de la diaspora sénégalaise et du Conseil présidentiel pour l'Afrique, dont la chef d'entreprise franco-tunisienne, Sarah Toumi.

Du côté de Dakar, on annonce même l'apparition - non encore confirmée- de la star américano-barbadienne, Rihanna, ambassadrice du PME pour l'éducation, qui avait été reçue par Emmanuel et Brigitte Macron, à l'Elysée, il y a quelques semaines. « Piètre exemple donné à notre jeunesse pour promouvoir l'éducation de nos jeunes filles », peste en désespoir de cause, un opposant sénégalais.

Le soutien du Sénégal comme partenaire périphérique à la force G5 Sahel

Par ailleurs, bien que Dakar ne fasse officiellement pas partie du G5-Sahel, elle est néanmoins fortement associée à la stabilisation au Mali. Emmanuel Dupuy (IPSE) souligne, d'ailleurs, qu'une partie du déplacement sénégalais du président français sera consacrée à la mise en place de la Force conjointe du G5-Sahel.

 Emmanuel Dupuy, président de l'IPSE rappelle, à cet effet « qu'une Quick Reaction Force (QRF) composée de membres des forces spéciales sénégalaise est déjà active au sein de la MINUSMA, à travers le Groupe d'action rapide-surveillance et intervention au Sahel (GAR-SI) financé et piloté par l'UE. Ne manque que les moyens de projection de cette force de réaction rapide (notamment hélicoptères) pour témoigner de son efficacité. Dakar, qui accueillera, dans quelques semaines, la nouvelle école à vocation régionale (ENVR) dédiée à la cyberdéfense, se confirme ainsi comme le partenaire « périphérique » à la bande sahélo-saharien le plus fiable». C'est peut-être aussi ce précieux soutien qu'entend engranger le président français à Dakar.

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Commentaires
a écrit le 06/02/2018 à 12:49 :
L Afrique représente 21% de la population mondiale et 35% des enfants illettrés...chercher l'erreur! Qui est responsable ? Il y aura toujours des fans de la victimisation des blacks et de la diabolisation de la colonisation.. mais après 70 ans d'indépendance sont passées 4 génération d'enfants. Il serait temps de voir ce que font nos élites pour l'accès à l'éducation, ceux-là mêmes qui envoient leurs enfants en Europe chez le diable! Nos présipotants-ėlites tribales sont 100% responsable du retard culturel de l'Afrique...demandons leur des comptes ou dégageons-les.
a écrit le 02/02/2018 à 18:36 :
soyez les bienvenus Macron et Madame, que Dieu vous garde et que les promesses pour l'éducation soient tenues
les droits des enfants sont notre priorité, l'éducation un secteur à appuyer tout le temps, le village planétaire doit être préserver hors de toutes violences
mmerci

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