« Marchés d’esclaves » en Libye : l’Afrique s’indigne, l’UA demande une enquête

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(Crédits : Reuters)
La vidéo des migrants vendus en Libye publié le 15 novembre dernier par la chaine américaine CNN a provoqué une vague d’indignation sans précédent sur le continent et au delà. Des voix s’élèvent pour interpeller les dirigeants africains à réagir et un peu partout, des initiatives foisonnent pour s’insurger contre le sort des migrants. Pour l’heure, peu de chefs d’Etat ont tenus à réagir mais l’ampleur de l’indignation ne cesse de s’amplifier sur le continent.

« Le président Alpha Condé, président de la République de Guinée, président en exercice de l'Union Africaine, exprime son indignation face au commerce abject de migrants qui prévaut en ce moment en Libye et condamne fermement cette pratique d'un autre âge » a fait part, ce vendredi 17 novembre, le cabinet du chef d'Etat guinée qui se joint ainsi à la vague d'indignation sans précédent qui a suivit la vidéo publié par CNN sur des marchés aux migrants dans l'ex-Jamahiriya. Les images publiées le 15 novembre dernier par la chaîne américaine ont provoqué un tollé général en Afrique et au-delà.

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Dans le flot des réactions, celle des chefs d'Etat et particulièrement de l'UA était attendue. Elle est venue donc ce vendredi à travers son président en exercice qui a expressément demandé l'ouverture d'une enquête et promet que l'institution panafricaine ne va pas rester les bras croisés comme beaucoup le présageait. « L'Union africaine invite instamment les autorités libyennes à ouvrir une enquête, situer les responsabilités et traduire devant la justice les personnes incriminées » poursuit le communiqué dans lequel le président de l'UA invite également les autorités libyennes à revoir les conditions de détention des migrants.

« Ces pratiques modernes d'esclavagisme doivent cesser et l'Union Africaine usera de tous les moyens à sa disposition pour que plus jamais pareille ignominie se répète » Alpha Condé

Le président guinéen n'est pas le premier à réagir puisque la veille, c'est le président du Niger, Mahamadou Issoufou qui a tenu à montrer son indignation face à cette situation que l'Onu a déjà qualifié « d'inhumaine et d'outrage à la conscience humaine ». Le Niger est en effet un pays voisin de la Libye et vers lequel d'ailleurs des migrants ont été dernièrement exfiltrés par des organismes humanitaires.

Le gouvernement du Niger ne s'est pas contenté de l'indignation de son président et ce vendredi, son chef de la diplomatie Ibrahim Yacouba a indiqué que le Niger a officiellement protesté auprès des autorités libyennes alors que l'ambassadeur de Tripoli à Niamey a été convoqué à cet effet au ministère des Affaires étrangères. «  Le gouvernement nigérien consterné et fortement indigné en appelle à la communauté internationale et au gouvernement libyen pour faire cesser cette odieuse activité et poursuivre en justice ses auteurs » a annoncé un communiqué des autorités du pays. le Niger entend d'ailleurs inscrire cette question à l'ordre du jour du prochain sommet UA-UE qui se tiendra à la fin du mois à Abidjan.

Le vendredi en fin de soirée, le Sénégal a également tenu à « dénoncer fermement le trafic d'êtres humains qui sévit sur le territoire libyen, une grave offense à la conscience de l'Humanité ».

Vent de colère contre l'esclavage moderne

La situation désastreuse des migrants en Libye ne date pas d'aujourd'hui et les multiples exactions à leur encontre (violences physiques, ventes, assassinats...) sont régulièrement rapportés par des ONG et autres agences de l'ONU qui s'inquiètent de l'ampleur du phénomène. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que l'existence de « marchés aux migrants » est rapportée par la presse internationale mais cette fois, c'est CNN qui s'en est mêlée, ce qui a engendré une vague d'indignation sans précédent notamment sur les réseaux sociaux. En plus de la consternation que provoquent les images ainsi que les faits rapportés, l'opinion africaine interpelle dans une large mesure les dirigeants à agir. Pour l'heure certes quelques voix officielles se sont exprimées mais le vent de colère de cesse de prendre de l'ampleur.

C'est de la part d'intellectuels et des activistes panafricaines que la charge est venue. Des artistes aussi à l'image du célèbre reggaeman ivoirien Alpha Blondy ont tenu à faire part de leurs coups de gueules. Dans une vidéo désormais virale, le « Bob Marley africain » s'est indigné face « au mutisme des dirigeants africains », lesquels laissent perdurer la situation par leur silence et surtout à ne rien fait faire.

L'intellectuel sénégalaise Penda M'Bow s'est aussi dite « scandalisée » et « choquée ».  « On ne peut pas être en pleine 21e siècle et avoir un trafic aussi intense d'esclaves. (...) Que chaque Etat d'abord aille chercher ses ressortissants pour les tirer de griffes de ces négriers » a-t-elle confié à une radio locale. Le ministre guinéen de la jeunesse Moustapha Naité s'est dit lui-aussi  choqué et à demander une réponse de la part des dirigeants africains face à cette « ignominie que subissent les migrants en Libye ».

Le chroniqueur musical sur RFI, Claudy Siar a également été l'un des premiers à donner de la voix et à interpeller les pouvoirs africains. Avec l'activiste Sémi Kéba, l'ancien délégué interministériel  projettent même d'organiser une manifestation de protestation ce samedi 18 novembre devant l'ambassade de Libye à Tripoli.

Partout sur le continent, des citoyens et des organisations de la société civile s'organisent pour tenir de telles manifestations, ce qui risque d'amplifier la pression sur les autorités libyennes ainsi que sur la communauté internationale notamment l'Union européenne dont la politique en matière de migration est accusée d'engendrer ce qui se passe en Libye.

Cette fois, au delà des condamnations officielles, l'opinion africaine s'attend vraiment à une prompte réaction de ses dirigeants afin notamment que des réponses appropriés soient apportées à cette problématique migratoire, une vraie plaie pour le continent avec toutes les conséquences qu'elle engendre.

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