Nigéria : Buhari prône le dialogue et promet d’accélérer la relance économique

Le président nigérian a prononcé un discours bilan de la moitié de son mandat à l’occasion de la célébration, ce 1er octobre, de la fête de l’indépendance du pays. Trois sujets majeurs notamment la sécurité et le développement économique ont structuré l’allocution très attendue de Muhammadu Buhari qui a également plaidé pour un dialogue en vue de ramener la paix dans le pays. Le chef d’Etat nigérian a promis d’intensifier les efforts pour relancer l’économie du pays à travers des réformes structurelles mais aussi et surtout la lutte contre la corruption.
(Crédits : DR)

C'est un message à la nation très attendu que le président nigérian Muhammadu Buhari a délivré à la veille de la fête nationale qui célèbre l'accession du pays à l'indépendance. Pour cette  édition 2017, le discours du président intervient dans un contexte marqué par la persistance des velléités séparatistes dans l'ancienne république sécessionniste du Biafra, les menaces sécuritaires du fait des agissements de la secte Boko Haram ainsi que les inquiétudes sur la situation économique du pays qui vient à peine de se relever de plus d'une année de récession.

« Au fil des ans, notre pays a vécu des épreuves. Cependant, malgré les prix du pétrole qui étaient en moyenne  de 100 dollars par baril et une production d'environ 2.1 millions de barils par jour, cette grande chance a été gâchée et l'infrastructure sociale et physique du pays a été négligée. Il ne nous restait plus d'économies mais d'énormes déficits d'infrastructures. La promesse de campagne du gouvernement APC de rétablir la sécurité, rééquilibrer l'économie et lutter contre la corruption n'est pas une rhétorique. L'intégrité et la sécurité du pays doivent être d'abord garanti,  L'économie doit être reformer de manière à ce qu'elle ne dépende pas uniquement au pétrole. Nous devons lutter contre la corruption qui est l'ennemi numéro un du Nigeria. Notre administration s'attelle sérieusement à  répondre à ces défis ». Muhammadu Buhari

Intégrité du territoire et sécurité : les défis prioritaires

D'emblée, le chef d'Etat nigérian s'est voulu ferme tout en tendant la main pour apaiser la tension née de la crise que traverse certains Etats fédérés du pays notamment ceux de l'ancienne République sécessionniste du Biafra. Depuis octobre 2015, les tensions ne cessent de s'amplifier poussant les autorités à déployer d'importants moyens militaires pour contenir les agissements du  qui milite de nouveau pour l'indépendance de cette région située dans le sud Est du pays et à moitié Igbo. « Les récents appels à la restructuration de l'Etat fédéral étaient appropriés dans un débat légitime mais elles ont ouverts la brèche à des groupes hautement irresponsables qui appellent au démembrement de notre pays » a regretté le président nigérian avant de déclarer que son gouvernement « ne peut pas et ne permettra pas un tel plaidoyer ».

Muhammadu Buhari n'en a pas fait clairement allusion dans son message mais il ne fait aucun doute qu'il se réfère au Mouvement indépendantiste pour les peuples indigènes du Biafra (IPOB), classé depuis le 15 septembre dernier comme « organisation terroriste ». Afin de mieux étayer ses arguments, il n'a pas manqué de s'appuyer sur son expérience personnelle, pour mettre en garde les belligérants sur les risques que de tels agissements pouvaient induire comme c'était le cas à la suite de la déclaration unilatérale d'indépendance prononcée par la République de Biafra en 1967, ce qui a conduit à une guerre civile qui s'est soldée par quelques 3 millions de morts. « Comme jeune officier de l'armée, j'ai pris part du début à la fin à notre guerre civile tragique qui a entraîné une destruction effrayante et des souffrances incalculables » a rappeler Buhari faisant remarquer que ceux qui prônent actuellement l'indépendance du Biafra, « n'étaient pas nés en 1967 et n'ont aucune idée des conséquences horribles du conflit civil que nous avons enduré ».

Il a par conséquent appelé à « un dialogue rationnel et approprié » dans le cadre des institutions de la République notamment le parlement tout en mettant en exergue les progrès enregistrés ces deux dernières années dans le cadre de l'instauration d'un véritable Etat de droit au Nigeria avec plus de liberté politique mais aussi d'association, même si cela a conduit à « certains abus ».

Sur le plan sécuritaire, il a rappelé les victoires enregistrées par l'armée sur la secte islamiste Boko Haram dont la capacité de nuisance a considérablement été réduite grâce au renforcement des moyens d'interventions des différents corps et services de défense et de sécurité du pays. « Nous n'allons pas baisser les bras » a promis Muhammadu Bihari qui a également annoncé que les actions seront encore intensifier en matière de sécurité pour lutter non seulement contre le terrorisme, mais aussi contre les enlèvements, les vols à main armée qui visent les bergers et les agriculteurs afin d' assurer la paix, la stabilité et la sécurité dans le pays.

Bilan de mi-mandat et promesses d'avenir

« Au moment où nous entamons la deuxième moitié de notre mandat, nous avons l'intention d'accélérer les progrès et d'intensifier notre détermination à relever les défis et les problèmes du pays » a déclaré Buhari qui a profité de l'occasion pour exposer les grandes réalisation de ses deux ans de fonction à la tete du pays mais également des orientations qu'il entend insuffler à l'action du gouvernement fédérale pour les deux années qui restent à parcourir avant les élections générales de 2019.

L'un des autres sujets sur lequel le président nigérian est attendu, c'est bien sùr la situation économique du pays. « En ce qui concerne l'économie, le gouvernement est resté pro-actif dans sa politique de diversification » a mis en exergue le président qui a listé une série de mesures prises par son administration depuis 2015 notamment en faveur des petits exploitants agricoles, du secteur privé ainsi que des Etats fédérés.

Grace notamment au programme visant à renforcer le secteur agricole, le pays a économisé 150 millions de dollars en devises étrangères et 150 milliards de dollars de subventions alors qu'une nouvelle initiative commence à etre mise en œuvre dans chaque état de la fédération avec comme objectif la création de 10,000 emplois pour les jeunes sans emploi.

L'énergie n'a pas été en reste d'après Buhari puisqu'en dépit des difficultés qui subsistent, la production a atteint en septembre dernier, une capacité de plus de 7.000 MW dans la droite ligne des engagements de son administration à la hisser à 10.000 mégawatts d'ici 2020. Parmi les priorités clés pour atteindre cet objectif assez ambitieux mais à portée de main au regard du potentiel du pays, le président a annoncé  meilleur dosage énergétique grâce aux technologies solaires et hydroélectriques.

Sur le plan macro-économique, le président Buhari a fait savoir que le gouvernement s'est attelé à restaurer la confiance dans l'économie auprès des acteurs économiques du pays mais aussi des investisseurs. Après avoir fait par de sa satisfaction sur la stabilisation en cours de la naira, la monnaie locale, ainsi que 7 mois de baisse consécutive de l'inflation, le chef d'Etat nigérian a fait savoir que près de 7 milliards de dollars ont été injectés durant ces deux dernières années pour réequilibrer la situation économique et financière du pays. Des mesures qui ont également concernés le soutien aux Etats fédérés à travers notamment divers aides supplémentaires parmi lesquels la mise à disposition de crédits de compte brut excédentaires du gouvernement fédéral, des facilités d'appui budgétaire ainsi que la libération du fonds de stabilisation. En termes chiffrés, c'est un total de 642 Trillions de nairas qui ont été injectés en appui aux Etats fédérés et aux collectivités locales entre 2015 et 2017, ce qui leur a permis de payer les salaires, les pensions et les petits fournisseurs d'entreprises qui ont été tout sauf handicapés au fil de ces année selon Buhari.

En outre a mis en exergue Buhari, le programme d'intervention spécial mis en place à permis d'injecter des milliards d'euros du gouvernement pour venir en aide à des populations vulnérables à travers différentes initiatives ayant ciblées les petits commerçants et artisans, l'amélioration de la qualité des infrastructures sociales de bases dans l'éducation et la santé, les logements sociaux ainsi que des transfert de liquidités conditionnel à travers le « Family Homes Fund ».

La corruption, un mal toujours dans le fruit

S'il a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, le président Buhari a reconnu que sur ce plan, beaucoup reste encore à faire malgré les quelques coups d'éclats enregistrés.

« Nous sommes pleinement conscients que la lutte contre la corruption ne sera jamais une tâche simple. On s'attendait à ce que les corrompus utilisent n'importe quelle arme pour nous freiner, principalement l'obstruction judiciaire et le détournement politique, mais nous sommes déterminés à éradiquer la corruption de notre corps politique ».

Dans ce combat, a souligné Buhari, les actions du gouvernement fédéral ont porté sur le renforcement des capacités de la justice ainsi que de tous les corps habilités, l'accélération des procédures en matière de récupération des fonds volés ainsi que l'adoption de nouvelles réformes institutionnelles au sein de l'administration. Parmi ces dernières, la mise en œuvre du compte unique du trésor ainsi que le système intégré de gestion du personnel. « Nous avons signé des accords de coopération multilatérale en matière pénale avec des pays amis. Il y a des signes d'une coopération accrue de la part du pouvoir judiciaire » a fait savoir Buhari qui a appelé les tribunaux à accélérer les audiences pour les affaires de corruption et de ne pas hésiter à révoquer tout officier judiciaire se trouve compromis dans de sales affaires. « La lutte contre la corruption est une opération de longue haleine. J'appelle donc tous les nigérians à lutter contre la corruption à tous les niveaux. En ne demandant pas et en refusant d'accepter un pot-de-vin, en signalant des pratiques malhonnêtes ou dénonçant les cas de corruption, nous pouvons vaincre la corruption » a réitéré Buhari.  « Le gouvernement, pour sa part, s'attellera à travailler sur  l'obligation de rendre des comptes à tous les niveaux » a promis le chef d'Etat nigérian à la fin de son discours estimant que c'est à ces conditions que « le changement sera alors une réalité».

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