La matrice africaine de Macron

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(Crédits : Reuters)
Héritage de son prédécesseur François Hollande en bandoulière, Emmanuel Macron arrive en homme neuf en Afrique. L’armature et surtout l’équipage en charge des dossiers donneront une esquisse de la voilure du vaisseau amiral qui portera la politique africaine du nouveau président. Sur la table de son bureau à l’Élysée, les dossiers sur la diplomatie traditionnelle de la France en Afrique qui viennent s’ajouter aux « dossiers qui fâchent ». Décryptage de la matrice africaine du Président Macron.

«Ton premier ennemi est celui qui te médit sans te connaître. » Sous couvert de ce proverbe africain, Emmanuel Macron débarque en Afrique dans des habits politiques neufs.

Les Africains ont découvert l'ancien ministre de l'Économie dans sa fulgurante ascension qui l'a propulsé le 7 mai jusqu'au fauteuil de l'Élysée. Ce noviciat en Afrique est peut-être l'atout majeur d'Emmanuel Macron. À 39 ans, sa jeunesse devrait parler à une Afrique où l'âge médian effleure à peine la vingtaine et où son élection a suscité des vocations en politique. Transpartisan, sa politique sur le Continent devrait adopter les appels au défrichage et à la modernisation de la relation entre l'Afrique et la France qui traîne encore le legs de la colonisation. Au-delà des attentes, les Africains scrutent le déploiement de la feuille de route africaine du nouveau président.

Sur les traces de la ligne Hollande...

Ce périple africain débute là où s'est achevé celui de son prédécesseur. Sa visite aux troupes de l'opération Barkhane, sur la base militaire française de Gao, avait annoncé les premiers signaux d'une nouvelle mandature sous le signe du sécuritaire. « Un changement dans la continuité », résume Emmanuel Dupuy, président de l'Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE). Hollande, qui avait échoué à réajuster sa politique africaine surmilitarisée, a transmis le bâton de commandement à Macron. Pleinement dans son boubou de chef de guerre, l'héritage de François Hollande dans sa besace présidentielle, le huitième président de la Ve République française va désormais marcher en direction de la ligne interventionniste de son prédécesseur. Au nom de la lutte contre le terrorisme et les crimes transnationaux, les interventions seront désormais menées en synergie avec des partenaires comme l'Allemagne, l'Union africaine (UA), le G5 Sahel.

Pour un retour gagnant de la France

À côté du « sécuritarisme » français, « la dimension économique devrait ainsi prendre encore plus d'ampleur pour Emmanuel Macron, alors que la France va devoir préparer et renégocier, en 2020, l'accord de Cotonou qui régit les relations entre l'Europe et les 79 États d'Afrique, Caraïbes et Pacifique », rappelle Emmanuel Dupuy qui plaide pour un rattrapage rapide du retard de la France désormais concurrencée sur ses prés carrés africains. « La balance commerciale entre la France et le continent africain reste stable à hauteur de 59 milliards d'euros, souligne ce géopoliticien, mais loin derrière le montant des échanges commerciaux entre l'Afrique et la Chine (222 milliards de dollars) ou les 90 milliards du commerce entre le continent et les États-Unis ».

En rangs serrés pour le rattrapage des parts de marchés français, les troupes du Medef viendront en renfort du tandem formé par l'Agence française de développement (AFD) et la Caisse des dépôts et consignations. En compagnie de la banque publique d'investissement, cette task force publique-privée devrait déployer une puissance d'investissement de 6 milliards d'euros. « La diplomatie ne fait pas exception » dans la politique africaine de Macron, comme le rappelle notre spécialiste de géopolitique.

Les sherpas seront sans doute choisis dans le « puissant réseau diplomatique, fort de personnalités de premier plan, qui devraient être choisies, encore plus scrupuleusement, en lien avec la politique générale menée par le nouveau président, qui fait, du reste, de la fidélité à porter ce changement "réformateur", une condition sine qua non de l'exercice des responsabilités au plus haut niveau de l'État », souligne encore Emmanuel Dupuy.

Des cailloux dans le soulier présidentiel

Quelques cailloux cependant dans les pas du nouveau locataire du palais de l'Élysée. D'abord sur l'épineuse question du franc CFA, patate chaude qui devrait atterrir entre les mains des chefs d'État africains, trop occupés à tergiverser sur les « avantages » ou les inconvénients de cette monnaie pour adopter une position tranchée.

Et pourtant, « une approche sans doute plus pragmatique, sur la question du CFA pourrait ainsi être une première « rupture » avec la précédente mandature. Et ce, en tenant compte à la fois des signaux émanant des agences de notations et des bailleurs de fonds internationaux, tels que le FMI et la BAD, eu égard à la concurrence monétaire, de plus en plus virulente et désormais présente sur le continent africain, notamment avec le yuan, devenue monnaie de réserve de plusieurs États africains et deuxième monnaie officielle en Angola, au Zimbabwe et en Afrique du Sud ! »

Quid de la question des droits de l'Homme et du traitement des régimes autocratiques ? « La relative "virginité" idéologique du nouveau président devrait remettre à plat certaines amitiés que d'aucuns ont pu qualifier de "coupables" entre Paris et certains leaders africains », analyse encore le président de l'IPSE. Dans une année très électorale, l'appréciation de Macron sur la démocratie sera vite mise à l'épreuve, notamment avec les élections législatives au Sénégal et au Gabon (juillet 2017), au Tchad et à Madagascar (automne 2017), mais aussi les présidentielles au Rwanda (août 2017) et surtout en RDC, d'ici à la fin de l'année. Lors de ces échéances, Macron devrait « marquer d'emblée sa "défiance" à l'encontre de certains responsables politiques africains, comme l'avait fait François Hollande, qui avait "snobé" le président congolais Joseph Kabila, alors même que se tenait à Kinshasa, le XIVe Sommet de la Francophonie, en octobre 2012 », rappelle notre interlocuteur. Reste à savoir maintenant si le catalogue des bonnes intentions d'Emmanuel Macron sera soutenu par les hommes déployés sur le terrain pour donner vie à sa politique sur le Continent. Ces derniers devront rester droits dans leurs bottes pour que la realpolitik ne fasse voler en éclats la feuille de route présidentielle. En habile homme d'État, Emmanuel Macron sait que la tâche va requérir un travail de longue haleine. Malgré sa jeunesse, du souffle, il lui en faut !

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Commentaires
a écrit le 13/06/2017 à 10:57 :
Le président Macron "En Marche l'Afrique" comme l'a France en marche.Le
Président Macron est intelligent et sage.Je suis convaincu que l'Afrique a besoin du Dr Macron pour ces maux dont qu'elle est souffrante de la dictature
Continuelle. A.S.
Réponse de le 14/06/2017 à 2:36 :
L'image que vous avez de l'Afrique est dépassée, à moins de réduire les maux de 3 ou 4 pays à la cinquantaine de pays qui composent le continent. Le continent n'a pas besoin de la charité du Macron pour poursuivre son développement ou la guérir de ses soi-disant maux. Heureusement que plusieurs pays tels le Rwanda, le Kenya ou l'Ouganda l'ont compris avec des taux de croissance du PIB annuels dépassant les 7 %.
Réponse de le 15/06/2017 à 11:35 :
J'ai déjà commenté un article sur la future vision africaine de Macron : les francs CFA coutent à la France, au contribuable 4 milliards par an via la banque de France, nos expéditions mitterrandiennes d'Hollande au mali, Tchad, centre Afrique coûtent 5,5 milliards par an au contribuable français ... en même temps la francafrique n'existe plus, les africains achètent chinois,marocain, coréen alors les économies vont s'abattent ... les présipotentats à vie et leur famille engraissées auront du soucis à se faire.. tant mieux. Pour les PIB en croissance mirifique, ce n'est que du rattrapage du retard accumulé par leur querelles internes

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