Sommet de Bamako  : cette France qui perd de plus en plus la cote chez les africains

Alors que la France est à la peine pour freiner l'érosion de ses marchés africains, le développement d'un sentiment anti-Français prend de plus en plus d'ampleur, surtout parmi la jeune génération. Une dégradation d'image amplifiée par le retour de l'engagement français pour la sécurité du continent... Le sommet France-Afrique qui se tient aujourd'hui et demain à Bamako (13-14 janvier) pourrait-il amorcer un renversement de tendance ?

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(Crédits : Reuters)

François Hollande sera incontestablement la vedette du 27e Sommet France-Afrique qu'accueille les 13 et 14 janvier Bamako, la capitale malienne. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il aura un goût particulier pour le président français : ce sera pour lui l'occasion ultime de faire ses adieux à ses pairs africains, mais aussi de décliner son testament pour l'ensemble de l'Afrique, un continent qui aura accaparé une place importante durant son unique mandat à la tête de l'ancienne puissance coloniale. La tenue de ce sommet à Bamako aura valeur de symbole pour François Hollande qui vivra certainement ce moment comme une consécration : ici, au moins, on lui sera reconnaissant pour ce qu'il a fait depuis 2013 pour le Mali, mais aussi pour ce qu'il a fait à bien des présidents qui seront présents.

Une cinquantaine de pays seront représentés, témoignant de la place qu'occupe encore la France sur le continent, et particulièrement auprès de ses ex-colonies. Une présence qui a connu un coup d'accélérateur ces dernières années avec le retour aux interventions militaires dans plusieurs pays, notamment au Mali en 2013, mais qui, paradoxalement, est loin de refléter la perception de l'Hexagone auprès des Africains : la France pâtit de plus en plus d'une détérioration de son image auprès de la population, surtout parmi les plus jeunes. Ainsi, une vague de critiques assez acerbes se déverse sur les réseaux sociaux à la veille de l'événement, plutôt perçu sur le continent comme l'un des derniers vestiges de l'Afrique coloniale, et surtout de la fameuse « Françafrique » que l'on dit pourtant disparue à jamais !

Tâche d'huile libyenne

Désormais, le temps où les Maliens saluaient triomphalement le président français, en 2013 dans les localités de Kidal ou de Gao, semble bien loin, tant les Maliens paraissent avoir troqué leur sentiment de gratitude pour une déception affirmée à l'égard de Paris. À tort ou à raison, la France est ainsi accusée, par une certaine partie de l'opinion, d'être l'un des responsables majeurs de la situation que traverse le pays. Après avoir stoppé en 2013 l'expansion des groupes terroristes, la France est critiquée pour n'avoir pas été jusqu'au bout de son action, c'est-à-dire permettre au Mali de reconquérir toute son intégrité territoriale. De quoi faire resurgir les accusations, parfois étayées par les faits, de la responsabilité de la France dans la dégradation de la situation sécuritaire au Mali et dans la région sahélienne où l'opération Barkhane, qui a succédé à Serval, peine à contenir la menace des groupes terroristes. Pour une large frange, la France est considérée comme la cause première de l'amplification des menaces au Sahel du fait de son intervention de 2012 en Libye. Les répercussions de cet épisode sur les pays de la région ont intensifié la persistance du développement d'un sentiment anti-français, alors même que l'image de la France ne s'est pas encore remise de son rôle, assez trouble, dans la crise postélectorale ivoirienne de 2011, où le moins que l'on puisse dire, la Françafrique a évolué visage découvert.

Trop tard pour faire amende honorable ?

Le cas malien illustre à lui seul ce qu'il convient d'appeler désormais le « dilemme français » et qui se manifeste par cette sorte « d'équilibrisme » que tente d'impulser la France à sa politique africaine. Un peu partout sur le continent, pour les Africains et surtout pour les plus jeunes, la France paraît encore responsable d'une partie des maux qui assaillent l'Afrique. Pourtant, qu'il s'agisse d'intervenir en urgence dans certains pays en proie à des guerres (Côte d'Ivoire, Libye, Mali, Centrafrique) ou de porter la voix du continent au niveau du Conseil de sécurité de l'ONU ou lors des grands événements internationaux (COP 21 et 22), jamais la France ne s'est autant impliquée pour l'Afrique.

Sous François Hollande, cette nouvelle donne a pris tout un sens avec la volonté officielle des autorités françaises de solder certains comptes d'un passé colonial qui crispe encore ses relations avec certains pays. Mais cette sorte de concession ne porte pas loin au-delà des cercles officiels et universitaires. L'Histoire se souviendra en tout cas que sous le mandat de Hollande, la France a décidé de rouvrir certaines pages sombres de son passé colonial et même de reconnaître une partie de sa responsabilité, comme c'est le cas avec l'Algérie, le Rwanda, le Cameroun et dernièrement le Sénégal, avec le geste du président français à l'égard des anciens tirailleurs sénégalais. Trop tard peut-être pour faire amende honorable ? Le fait est que ces actes assez symboliques n'ont eu aucun impact au sein de l'opinion africaine, qui continue à appréhender le sommet France-Afrique comme l'une des dernières manifestations d'un couple en plein divorce.

Ainsi, les critiques qui précèdent ce sommet tranchent avec l'accueil traditionnellement réservé à des événements du même genre, qui ne font pourtant que foisonner ces derniers temps : Forum Chine-Afrique, Sommet IndeAfrique, Pays arabes-Afrique...). Le Sommet France-Afrique constitue pourtant l'un des plus anciens événements de cette nature, et celui de la Baule de juin 1990 tient une place assez particulière dans la dynamique de démocratisation qu'a connue le continent.

Du désamour au "French bashing"

La perte d'influence de la France a commencé avec celle de ses parts de marché, à la faveur d'une percée économique fulgurante de nouveaux arrivants, particulièrement la Chine, devenue en une décennie le premier partenaire commercial de l'Afrique. Le récent sondage réalisé cette année par le cabinet AfricaMetrics dans trois pays africains qui se préparaient à des élections générales (Niger, Bénin et Congo), en termes de perception d'image, la France arrive derrière plusieurs pays d'Asie, d'Europe et même d'Amérique et du continent. Il est vrai que dans l'ensemble l'image de la France demeure encore légèrement positive avec 52% à 61 % des sondés dans ces trois pays ayant « plutôt une bonne opinion ». Mais dans les trois cas, la Chine, les États-Unis, le Japon ou le Maroc et le Royaume-Uni sont mieux perçus au sein de la population. Mais l'un des faits les plus parlants, comme l'expliquait Bruno Jeanbart, directeur général d'AfricaMetrics, à L'Opinion, c'est que « les moins de 35 ans sont les plus critiques ».

Une trop grande ingérence

Ces jeunes sont en effet 37 % à avoir une mauvaise image de la France, contre 21 % des 50 ans et plus ! Les raisons de ce désamour qui, ailleurs, prend l'allure d'un véritable French bashing, tiennent à beaucoup de facteurs, avec en toile de fond les relations encore troubles entre Paris et les dirigeants africains. Particulièrement dans ses ex-colonies, la main de la France est vue partout dans les crises politiques ou socio-économiques. La France a été certes longtemps critiquée pour « sa trop grande ingérence dans les affaires intérieures des pays africains », mais quand elle s'efforce de s'en abstraire, elle se trouve alors accusée de ne rien faire et de protéger des « dictateurs ».

Autant la France a été accusée par certains chantres du panafricanisme d'avoir permis à certains présidents africains de se maintenir en poste (cas du Congo et du Tchad), autant elle est critiquée de laxisme pour ce qui se passe actuellement en RDC ou au Burundi. Ce contexte assez flou brouille ainsi l'impact de la nouvelle politique africaine de la France, mais atteste aussi que l'ancienne puissance coloniale continue à garder une certaine influence sur le continent. L'enjeu, c'est de savoir s'y prendre car désormais les jeunes Africains sont ouverts au monde et si la France ne constitue plus « ce pays de rêve » où la majorité des étudiants des universités francophones compte poursuivre ses études, elle séduit encore moins la nouvelle génération. Celle-ci se plaint de « cette arrogance des Français » mise en évidence dans le livre de l'ancien diplomate Antoine Glaser : « Arrogant comme un Français en Afrique » (Fayard, 2016). À l'heure où, sur le continent, l'afro-optimisme prend de plus en plus de l'ampleur, le jeu d'équilibriste de la France ne va pas sans attiser plus de méfiance chez les jeunes, et au-delà du pré carré francophone. Qu'on ne s'étonne donc pas que derrière les manifestations « anti-charlie Hebdo » de janvier 2014 au Niger, ou lors du débat actuel sur le Franc CFA ne se cachent en réalité les relents d'un sentiment anti-français qui ne fait que s'exacerber.

À l'évidence, les relations parfois assez troubles que continue à développer la France à l'endroit d'une certaine classe politique africaine sont vécues sur le continent comme une tentative de l'Hexagone de maintenir encore le cordon ombilical avec ses anciennes colonies, et pour les mêmes intérêts qu'autrefois : l'exploitation des matières premières.

En misant sur la carte des investissements ainsi que sur l'aide au développement, la France s'aligne certes sur les enjeux de la nouvelle Afrique, mais son lourd héritage colonial pourra être difficilement soldé tant qu'elle continuera à jouer les pompiers, en première ligne sur le continent. Le vrai défi pour la France, c'est de pouvoir miser enfin sur cette jeune génération qui porte l'avenir du continent, mais avec un nouveau paradigme. Paris a visiblement du mal à suivre le tempo... À moins que quelque chose de nouveau ne se fasse jour lors de ce sommet de Bamako.

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Commentaires 4
à écrit le 16/01/2017 à 9:58
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Il faut que l'Arique qui commercialise avec l'Europe cesse avec cette monnaie baroque : le CFA. La Banque de France exploite les africains.

à écrit le 15/01/2017 à 20:02
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La France risque de tout perdre en Afrique mais finira toujours par tout perdre car de plus en plus d'africains aimant leur pays, le continent surgissent de partout avec une volonté de fer et des idées de créativités pour faire émerger ou développer ...

à écrit le 15/01/2017 à 19:33
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Je ne vois pas pourquoi aujoud'hui les africains dissent la France perd epu a peu son ainfluence en Afrique.Tant que notre monnaie se trouvera toujours gerer par la France,l'Afrique restera en difficulte et pauvre.Comme disait le pr Nicolas Agboho qu...

à écrit le 13/01/2017 à 20:09
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Ce qu'il faut ajouter est que jeune génération africaine est convaincue que c'est la "France arrogante" qui sortirait affaiblie, tragiquement affaiblie, au terme d'un éventuel bras de fer...

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