L’OCDE tord le cou aux clichés sur l’apport économique des migrants

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(Crédits : Reuters)
L’apport des migrants aux marchés du travail des pays d’accueil est souvent sujet à des perceptions et clichés négatifs qui se rapportent notamment à la tendance à travailler, au niveau de qualifications et à la volonté d'entreprendre. Des clichés démontés par l’OCDE qui vient de publier un rapport sur la contribution des migrants au développement économique des pays hôtes.

L'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) vient de publier un rapport qui défait de bout en bout les clichés et perceptions liés à la question des migrants et de la migration, notamment ceux touchant la contribution de ces derniers au développement des pays hôtes.

La conception de cette étude aura nécessité quatre ans et la collaboration de l'Organisation internationale du Travail, l'EU ou encore des gouvernements de différentes zones géographiques et de richesses, avec la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Rwanda et l'Afrique du Sud comme représentants du Continent.

Les migrants plus travailleurs et surqualifiés

L'objectif de l'OCDE est d'identifier l'apport des migrants dans les pays d'accueil en tant que travailleurs, étudiants, entrepreneurs ou investisseurs, consommateurs, épargnants ou encore contribuables. Pour y arriver, l'organisation internationale s'est basée sur un panel d'une dizaine de pays qui accueillaient un total de 13,7 millions de migrants en 2015, soit 6% de l'ensemble des migrants établis dans des pays dits développés et 16% des migrants vivants dans des pays émergents. Si l'échantillon est réparti par région, les migrants africains représentent 15%.

L'enquête révèle ainsi que contrairement aux clichés, les migrants représentent une part non négligeable des travailleurs dans les pays d'accueil, avec des taux de participations atteignant 85,5% en Côte d'Ivoire et 78,8% en Afrique du Sud. Les cas où la part de travailleurs chez les migrants est inférieure à celle chez les locaux s'expliquent par des entraves juridiques avec des restrictions pour l'accès à certains postes pour les candidats migrants. Bien que les performances au travail des migrants restent supérieures à celles des locaux, les conditions de travail ne suivraient pas selon les experts de l'OCDE.

Vecteurs de transfert de savoir et d'innovation

Les travailleurs migrants ont également plus de chances de se retrouver dans des secteurs moins attractifs en termes de rémunération et à plus forte pénibilité, notamment l'agriculture, la construction, les services aux ménages et le petit commerce. Une segmentation qui fait que les migrants ont plus de chances à se retrouver surqualifiés par rapport aux postes qu'ils occupent. L'enquête confirme également la contribution des travailleurs migrants au PIB des pays hôtes. D'après l'étude, cette contribution est de 1% au Ghana et de 19% en Côte d'Ivoire. «Les travailleurs d'origines étrangères n'ont généralement pas d'impact négatif sur le revenu par habitant des pays d'accueil», soulignent les experts de l'OCDE.

Les flux de migrations viennent également répondre aux besoins de certains secteurs d'activités, quel que soit le niveau de qualification exigé par ces secteurs. L'OCDE va plus loin en identifiant les migrants parmi les vecteurs de transfert de savoir et d'innovation, tout en notant l'absence d'impact négatif ou positif de cette catégorie de travailleurs sur la productivité.

Recommandations pour maximiser l'apport fiscal des migrants

Le rapport démonte également le cliché sur les positions occupées par les migrants. Selon les enquêteurs de l'OCDE, les immigrés ont plus de chance de se retrouver dans la position d'entrepreneurs. Concernant, l'impact des migrants sur les finances publiques des pays hôtes, il serait « minime, mais généralement positif». L'OCDE a ainsi recommandé aux pays d'accueil d'adapter leurs politiques migratoires aux besoins de leurs marchés respectifs, le renforcement de la protection des migrants et de la lutte contre la discrimination, l'investissement dans l'intégration des migrants, généraliser l'étude détaillée de l'impact de l'immigration sur l'économie ou encore surveiller l'impact économique des migrations. Ces recommandations devraient permettre de renforcer l'apport des travailleurs migrants à la productivité du pays hôte.

Sur le volet de la contribution fiscale, l'OCDE recommande la création d'un environnement favorable à la captation de travailleurs étrangers à hautes qualifications. En effet, l'apport fiscal d'un travailleur augmente généralement plus, si son niveau d'étude est élevé. La promotion de l'intégration des migrants par le marché du travail devrait également avoir un effet bénéfique sur l'apport fiscal de cette catégorie.

En clair, les pays d'accueil devront redoubler d'efforts dans la lutte contre l'informel, le cas d'intégration régionale prônée par la CEDEAO ayant été donné en exemple par les experts de l'OCDE. Fixer les migrants et éviter leur retour «au pays», une fois ces derniers intégrés au marché du travail, est également recommandé par l'OCDE, ainsi que la généralisation des instruments de portabilité des pensions entre pays émetteurs et récepteurs.

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