Aérien : l’UA lance l'Open Sky africain avec 23 pays du Continent

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A défaut de la libéralisation du ciel africain, ce sont les compagnies étrangères qui dominent le trafic sur le Continent. Ici, un avion d’Air France sur le tarmac de l’Aéroport de Niamey au Niger.
A défaut de la libéralisation du ciel africain, ce sont les compagnies étrangères qui dominent le trafic sur le Continent. Ici, un avion d’Air France sur le tarmac de l’Aéroport de Niamey au Niger. (Crédits : DR)
Le 28 janvier prochain à Addis Abeba en Ethiopie, l’Union africaine (UA) lancera le Marché unique africain du transport aérien (SAATM). Deux décennies après la déclaration des chefs d’Etat et de gouvernement en faveur d’un ciel ouvert africain, le projet démarre enfin avec 23 pays au départ. Malgré les réticences, les pays africains commencent à prendre conscience de l’impact de l’Open Sky africain sur la croissance du PIB continental.

C'est parti pour l'Open Sky africain. Le Marché unique africain du transport aérien (Single africain air transport market ou SAATM) sera lancé le 28 janvier prochain à Addis Abeba par la Commission de l'Union africaine (UA) en marge du 30e Sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'organisation continentale. Il s'agira du premier projet phare inscrit parmi les 12 prioritaires de l'Agenda 2063 de l'UA et qui intervient près de deux décennies après l'adoption de la Décision de Yamoussoukro de 1999 sur la libéralisation du ciel africain.

A quelques jours du lancement tant attendu, les préparatifs vont bon train, selon la commissaire en charge des infrastructures et de l'énergie à la Commission, Amani Abou-Zeid, qui explique que le SAATM a été créé dans le but «d'améliorer la connectivité, de faciliter le commerce et le tourisme, de créer des emplois et de veiller à ce que l'industrie joue un rôle plus important dans l'économie mondiale».

«Le lancement du marché unique du transport aérien africain stimulera les investissements transfrontaliers dans les industries de production et de services, y compris le tourisme, qui ont permis la création de 300 000 emplois directs supplémentaires et de deux millions d'emplois indirects, contribuant énormément à l'intégration et à la croissance socio-économique du Continent», a déclaré Amani Abou-Zeid.

Le sommet de l'UA sera marqué par l'adoption du texte réglementaire de la Décision de Yamoussoukro sur la réglementation de la concurrence et la protection des consommateurs en vue de préserver le fonctionnement efficace du marché, a ajouté le commissaire.

[Lire aussi : Transport aérien : le plaidoyer de la BAD pour activer l'«Open Sky» africain]

23 pays prêts pour le décollage

Pour le lancement du marché unique du transport aérien, 23 pays* du Continent ont déjà donné leur accord et se sont engagés à le rendre effectif dès le lancement du projet le 28 janvier. Alors que 44 pays africains ont jusque-là signé la Décision de Yamoussoukro, la Commission continuera le plaidoyer auprès des États membres de l'UA «qui ne se sont pas encore engagés dans cette décision», a laissé entendre Amani Abou-Zeid.

La Commission travaillera pour la réussite du projet avec la Commission africaine de l'aviation civile (CAFAC), l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), l'Association du transport aérien international (IATA) et l'Association des compagnies aériennes africaines (AFRAA), lesquelles plaident également en faveur du ciel africain afin d'améliorer la connectivité et l'efficacité des services aériens sur le continent.

Selon l'UA, la mise en œuvre du SAATM ouvrira la voie à d'autres projets phares, comme le passeport africain et la libre circulation des personnes, ainsi que la zone de libre-échange continentale (ZLEC). La Déclaration sur l'établissement d'un marché unique du transport aérien africain a été adoptée par l'Assemblée de l'Union africaine en janvier 2015 et immédiatement après, onze États membres de l'UA ont fait part de leur engagement à rendre effectif le SAATM par la mise en œuvre intégralité de la Décision de Yamoussoukro de 1999 qui prévoit une libéralisation complète de l'accès au marché entre les États africains, l'exercice des droits de trafic, l'élimination des restrictions de propriété et la libéralisation complète des fréquences.

[Lire aussi : Transport aérien africain : le décollage plombé par la «déconnectivité»]

Réticences et inquiétudes sur les marchés

Dans la plupart des Etats concernés par le démarrage du marché unique, les autorités en charge du transport aérien multiplient les rencontres avec les acteurs du marché pour être prêts le jour J. C'est le cas, par exemple, au Niger comme l'atteste le communiqué du ministre des Transports notifiant l'ouverture du ciel aérien national dès le 28 janvier prochain.

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La mise en œuvre du marché unique n'occulte cependant pas les inquiétudes des opérateurs qui étaient à la base du retard accusé par le projet. C'est le cas même au Nigeria où une réunion tenue en début de semaine entre le ministère des Transports, l'Autorité nigériane de l'aviation civile (NCAA) et les opérateurs aériens du pays (AON) a mis à jour les réticences persistantes.

Lors de la rencontre, les compagnies aériennes locales ont interpellé le gouvernement fédéral sur les conséquences négatives de la libéralisation du ciel nigérian pour leurs activités. Elles ont mis en avant le fait que les autres pays africains étaient plus intéressés par le transport aérien des passagers et que le SAATM ne profiterait pas au pays. En ce sens, les opérateurs locaux se sont demandé sur les raisons de l'empressement du gouvernement fédéral, alors qu'il n'est pas certain que le même environnement en matière d'exploitation des services aériens dans d'autres pays africains serait accordé aux compagnies nigérianes, notamment pour ce qui est de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), la disponibilité des devises et du carburant à des prix abordables.

A titre d'exemple, le représentant de l'AON a fait remarquer que les transporteurs aériens étrangers paient 200 dollars à l'atterrissage au Nigeria, alors que les transporteurs étrangers opérant à Dakar, au Sénégal, paient par exemple 4 000 dollars pour le même service. Des inquiétudes tempérées par le sénateur Hadi Sirika, ministre d'Etat à l'Aviation, qui a confirmé que le Nigeria était engagé dans le SAATM et que par conséquent, toutes les dispositions et les mesures d'accompagnement seront prises pour la phase de transition.

Les mêmes réticences sont mises en avant par les autres pays non signataires de la Déclaration et qui ne seront pas pour le moment concernés par le marché unique. Pour beaucoup d'experts, ce n'est qu'une question de temps, car si des déséquilibres existent entre les différents marchés, ce qui justifie les craintes, le ciel africain reste dominé à plus de 70% par des compagnies non africaines qui profitent ainsi de la dynamique du secteur.

*Liste des États membres ayant adhéré à l'engagement solennel de mise en œuvre effectif du marché unique du transport aérien (SAATM) : Bénin, Botswana, Burkina Faso, Cap-Vert, Congo, Côte d'Ivoire, Égypte, Éthiopie, Gabon, Ghana , Guinée, Kenya, Liberia, Mali, Mozambique, Niger, Nigeria, Rwanda, Sierra Leone, Afrique du Sud, Swaziland, Togo et Zimbabwe.

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