Biens mal acquis : quand Malabo défie Paris

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Teodoro Obiang Nguema Junior, lors d'une allocution au siège de l'ONU
Teodoro Obiang Nguema Junior, lors d'une allocution au siège de l'ONU (Crédits : Reuters)
Une insulte à sa souveraineté. C’est ainsi que la Guinée-Equatoriale qualifie les poursuites engagées par la France contre Teodoro Obiang Nguema Junior dans l’affaire des biens dits mal acquis. Une affaire que Malabo souhaite enrayer en saisissant la Cour internationale de justice (CIJ) pour faire annuler les poursuites contre Teodoro Obiang Nguema. Les dessous de cette passe d’armes judiciaire entre Paris et Malabo.

Le timing est parfait. Le 24 octobre prochain devait s'ouvrir devant la 32è Chambre correctionnelle de Paris, un procès sur l'affaire des biens présumés mal acquis dans laquelle Teodoro Obiang Nguema Junior est assigné à comparaître. Mais, une semaine avant son ouverture, ce procès est au centre d'une passe d'armes entre Paris et Malabo. La Guinée-Equatoriale a décidé de court-circuiter l'instruction en saisissant la Cour internationale de justice (CIJ) basée à la Haye aux Pays-Bas, d'un recours lui demandant d'ordonner à la France, la suspension des procédures engagées contre le fils du président équato-guinéen et vice-président du pays. Malabo souhaite une décision provisoire en attendant que la CIJ se prononce sur le fond.

Offensive de Malabo

Le procès s'est ouvert depuis ce lundi 18 octobre et même si cette juridiction de l'ONU chargée de trancher les litiges entre les Etats ne devrait rendre son verdict que dans plusieurs semaines, l'affaire est au centre d'une véritable guerre des nerfs entre les deux capitales. Et la charge offensive est venue de Malabo. La Guinée-Equatoriale a saisi, fin septembre, la CIJ après que la 32è Chambre du Tribunal de grande instance de Paris a décidé de renvoyerTeodorin Obiang Nguema devant la justice française dans l'affaire des biens supposés mal acquis. Le fils du président est accusé d'avoir détourné de l'argent des caisses de l'Etat et d'avoir investi cet argent pour acquérir en France, un patrimoine notamment immobilier, de façon indue.

A l'ouverture de l'audience, la Guinée-Equatoriale a indiqué être « profondément offensée par la manière injuste et insultante dont elle est traitée en France ». Malabo plaide deux volets dans cette affaire. D'abord, elle rappelle qu'en tant vice-président, Teodorin Obiang bénéfice d'une immunité diplomatique qui le protège de toute poursuite. Dans le reste de l'affaire, la Guinée-Equatoriale conteste la légalité de la saisie d'un hôtel particulier situé à l'Avenue Foch, à l'ouest de Paris qui serait un bâtiment de la mission diplomatique équato-guinéenne. Ce qui pour Malabo constitue une violation de sa souveraineté.

Paris pousse des cris d'orfraie

Une position équato-guinéenne qui a fait pousser des cris d'orfraie du côté de Paris. La justice française qui a ordonné la saisie de l'hôtel particulier, considère l'édifice de 4000 mètres carrés comme une propriété privée d'Obiang Nguema fils, déguisée sous les oripeaux d'un bâtiment de l'Etat alors qu'elle a été acquise par le fruit d'un blanchiment d'argent. D'un autre côté, Paris rappelle que l'immunité diplomatique du fils du président n'a pas été reconnue par la Cour française de cassation car au moment du déclenchement des procédures, Obiang Junior était ministre de l'Agriculture et des forêts.

Pour en revenir aux origines de l'affaire, c'est en 2007 à la suite de plaintes d'associations et d'ONG, Amnesty International et Sherpa en tête, que les justices américaine et française se saisissent de l'affaire de biens qualifiés de mal acquis visant 5 chefs d'Etat africains et leurs proches, accusés de s'être constitués indûment un patrimoine bancaire et immobilier au détriment de leur pays.

Les impressionnants avoirs de Teodoro Obiang Nguema fils

Dans l'œil du cyclone, Teodoro Obinag Nguema Mangué de son nom complet. L'homme aujourd'hui âgé de 47 ans, n'est pas un citoyen lambda dans son pays. Il est d'abord le fils aîné de son président de père, Teodoro Obiang Nguema. Du statut de conseiller spécial aux forêts de 1995 à 1997, il est catapulté ministre de l'Agriculture (1997-2012) avant de devenir deuxième vice-président de la République, chargé de la défense et de la sécurité de l'État puis vice-président avec rang de Chef d'Etat. Entre 1997 et 2012, Teodoro le fils se serait constitué un patrimoine de voitures de luxe et immobilier avec de l'argent provenant de la Société guinéenne d'exploitation forestière (Somagui), société étatique chargée de l'exploitation du bois précieux, une des richesses de ce pays pétrolier d'Afrique centrale.

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Aux Etats-Unis, la saisie de biens issus de ce détournement présumé d'argent se chiffre à plus de 70 millions de dollars. Dans le lot saisi, un yatcht Gulfstream estimé à près de 40 millions de dollars, une propriété à Malibu (Los Angeles) dans l'Etat de Californie et des objets de feu Michael Jackson d'une valeur de 1,8 million de dollars.

Les avoirs en France sont beaucoup plus impressionnants. Il se compose d'un éclatant lot de bolides de luxe totalisant plus de 5 millions d'euros comprenant une Maserati MC12, deux Bugatti Veyron, une Ferrari Enzo, des Rolls-Royce sans compter les Bentley et autres Harley Davidson. Il faut compter dans la collection Obiang, son éclatante collection de montres de plusieurs dizaines de millions d'euros, ses costumes de grands couturiers et ses 109 lots d'œuvres acquis lors de la vente aux enchères de la collection d'Yves Saint-Laurent. Le patrimoine comprend égalent plus de 40 millions d'euros de biens immobiliers sans compter l'hôtel particulier de l'avenue Foch, un élément du litige entre la Guinée-Equatoriale et la France.

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Bongo, Sasso-Nguesso, Compaoré, Dos Santos, les oubliés ?

Si la justice française réussit à faire comparaître le fils du président en dépit de son immunité, ce sera le premier procès d'un responsable africain dans l'affaire des biens supposés mal acquis. Une affaire qui occulte mal que d'autres chefs d'Etat africains ou leurs proches sont visés par la même enquête sans qu'on sache les développements de l'enquête. Il s'agit des membres de la famille des présidents Feu Omar Bongo Ondimba du Gabon, Denis Sassou Nguesso du Congo, Blaise Compaoré du Burkina Faso, de José Eduardo Dos Santos d'Angola.

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