Présidentielles : le Niger s'apprête à tourner la page Issoufou et s'ouvre à l'alternance

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(Crédits : LTA/MFR)
En dépit d'un contexte sécuritaire précaire, le double scrutin du 27 décembre s'est déroulé dans le calme et sans dysfonctionnements majeurs, selon les premières conclusions des observateurs dépêchés sur le terrain. Les résultats attendus d'ici la fin de la semaine, ouvriront la page de l'alternance démocratique au Niger. Une première au « pays des Touaregs »...

C'est à partir de 8 heures du matin que les 7,4 millions électeurs nigériens étaient appelés à voter pour les élections présidentielles et législatives du dimanche 27 décembre. A 9 heures, plusieurs bureaux de vote (sur les 26 000 répartis sur tout le territoire) localisés dans la région de Diffa n'avaient pas encore ouvert leurs portes, faisant craindre des troubles localisés, aux observateurs électoraux, dans cette zone frontalière avec le Nigéria, régulièrement frappée par les attaques djihadistes de Boko Haram.

A 10 heures, Mahamadou Issoufou arrive à l'Hôtel de Ville de Niamey sous les flashs d'une foule de journalistes. « C'est une révolution que nous sommes en train de faire. Cette première alternance va permettre au Niger de consolider son statut de modèle de démocratie en Afrique et dans le monde » a déclaré le président sortant à l'issue de son vote, car pour la première fois depuis son indépendance, le Niger connaîtra une alternance politique. C'est d'ailleurs la première fois depuis trente ans que le président du Niger ne sera pas candidat à la magistrature suprême. « C'est donc un jour spécial pour moi », a-t-il souligné avant de conclure sur un « sentiment de fierté » au regard de l'organisation de ses élections. « Quel que soit le vainqueur, la victoire appartiendra au peuple nigérien », a-t-il conclu. Quelques minutes plus tard, Mohamed Bazoum, le candidat du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) votait à son tour et abondait en son sens, déclarant à la presse qu'il se disait lui aussi, « fier de -son- pays », compte tenu du déroulement du processus électoral.

Autre son de cloche du côté du QG de campagne du Mouvement patriotique pour la République (MPR-Jamhuriya), où le directeur de campagne du candidat Albadé Abouba déplore que « la mise en œuvre du fichier électoral pose problème » et indique déjà avoir eu vent de plusieurs dysfonctionnements. C'est également l'avis partagé par plusieurs candidats de l'opposition...

Une journée électorale sans effervescence

niger election presidentielle LTA

Entre les précautions liées à la Covid-19, le départ des citadins sur leurs lieux de vote et le risque sécuritaire élevé, les rues de Niamey, fief de l'opposant du Moden, Hama Amadou (écarté du scrutin le 6 novembre par la Cour constitutionnelle), étaient singulièrement calmes...

A 11h30, dans l'école du quartier Terminus 1 de la capitale, une douzaine de personnes tout au plus, attendaient devant le bureau de vote. Sur 406 inscrits, 100 personnes avaient voté. Un observateur indique que l'affluence est relativement faible, mais qu'aucun trouble majeur n'a été répertorié. Même constat dans le quartier du plateau où à midi, une soixantaine d'électeurs seulement sur les 416 inscrits avaient voté dans l'école de Sabere à midi, tandis qu'une dizaine de personnes patientait à l'extérieur.

De nombreux candidats ont voté dans leurs fiefs respectifs où la mobilisation devrait être plus importante selon les observateurs déployés localement. C'est également l'avis du Directeur de campagne du candidat Oumarou qui votait à Tillaberi, assurant que l'affluence était au rendez-vous. De son côté, Albade Abouba du MPR-Jamhuria, s'était rendu à Kao dans la région de Tahoua, appelant à l'issue de son vote, au bon déroulement du scrutin dans la transparence « afin d'éviter tout risque de crise post-électorale dont nous n'avons pas besoin en ce moment, compte tenu de la fragilité de notre pays ».

niger election presidentielle nassara MNSD

Au siège du Mouvement national pour la société du développement (MNSD-Nassara), Sékou Adamou Doro, le directeur de communication du candidat Seini Oumarou, indique que la mobilisation est bien plus importante à l'intérieur du pays. A l'heure de la rédaction de cet article, le dépouillement des votes est en cours et aucun trouble majeur n'a été remonté par les observateurs présents sur le territoire.

Aux côtés des observateurs nationaux, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), l'Union européenne (UE), l'Union africaine (UA) et l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) notamment, étaient présents pour contrôler le bon déroulement du scrutin. « Nous avons enregistré quelques retards dans l'ouverture de bureaux, mais globalement, nous n'avons pas eu de retour de troubles majeurs sur le terrain », déclare Algabide Iliassou, chargé du système d'alerte précoce de WANEP-Niger, le réseau ouest-africain pour l'édification de la paix, qui avait déployé 350 observateurs dont 40% de femmes, en début de soirée. Dans un point de presse qui s'est tenu à la mi-journée, la Mission d'observation de la Coalition pour l'observation citoyenne des élections au Niger (financée par l'Union européenne), constatait qu'en dépit de « quelques manquements », le vote se déroulait dans le calme d'après ses 900 observateurs répartis sur tout le territoire nigérien.

Alors que les premières estimations devraient tomber aujourd'hui (lundi 28 décembre), les résultats de ce double scrutin sont attendus avant la fin de la semaine.

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