Un « coup K.O. » pour Ouattara réélu avec 94,27 % des voix

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(Crédits : DR.)
Alassane Dramane Ouattara a été réélu dès le 1er tour des élections présidentielles avec plus de 94% des suffrages pour un taux de participation de 53,9 %. L'opposition qui avait boycotté le scrutin a d'ores et déjà annoncé la création d'un « Conseil National de Transition ». Dans l'attente du verdict du Conseil constitutionnel, la Côte d'Ivoire redoute une nouvelle flambée de violences post-électorales...

« Est donc élu président de la République M. Alassane Ouattara » a déclaré le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Ibrahime Coulibaly-Kuibiert, après avoir révélé l'intégralité des votes pour cette élection à haut risque, aux alentours de 5 heures du matin. Le taux de participation était particulièrement attendu. Il s'est finalement établi à 53,9%, révélant une abstention significative qui a vraisemblablement joué en la faveur du président sortant... Alassane Dramane Ouattara remporte donc ces présidentielles avec 94,27% des suffrages. C'est un « coup K.O. » pour les partisans du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

Du côté de l'opposition, les scores sont minimalistes. Pascal Affi N'Guessan et Henri Konan Bédié, qui avaient décidé de boycotter le scrutin, tout en maintenant leurs candidatures, ont respectivement obtenu 0,99% et 1,66% des voix, tandis que Kouadio Konan Bertin enregistre le maigre score de 1,99%. La Commission électorale indépendante dispose désormais de 3 jours pour transmettre les résultats du scrutin au Conseil constitutionnel qui devra les valider ou non, sous 7 jours.

Dans cette attente, la situation est crispée et les échauffourées se multiplient. Des détonations ont été entendues devant les domiciles des principaux leaders d'opposition (Henri Konan Bédié, Pascal Affi N'Guessan, Albert Mabri Toikeusse, Assoa Adou,et Abdallah) sans faire de victime. « Ma résidence a été attaquée par des tirs à l'arme lourde. Simultanément, les résidences des membres de l'opposition ont également été attaquées » twittait Henry Konan Bédié hier, dans la soirée.

La crise électorale ivoirienne qui a commencé en août dernier (depuis l'annonce controversée d'Alassane Ouattara de briguer un troisième mandat), pourrait se renforcer, car l'insécurité reste palpable et le risque d'une escalade de la violence est réel. Selon les informations recueillies sur place par nos confrères de l'AFP, le 1er tour aurait déjà coûté la vie à 9 personnes.

Des conditions de vote dénoncées par les observateurs internationaux

Alors que la mission d'observation de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest  (CEDEAO) a indiqué que « la montée de l'insécurité dans la période pré-électorale a créé une psychose », les observateurs internationaux ont pointé du doigt, des dysfonctionnements répertoriés tout au long du scrutin. Lundi, l'ONG Indigo Côte d'Ivoire qui conduisait, via le Groupe de Plaidoyer du PTI, une mission d'observation dotée de 120 observateurs, a précisé en conférence de presse que 23% des bureaux étaient restés fermés le jour du vote. Un son de cloche qui contrastait avec le point de vue de la mission d'observation conduite par l'Union africaine (UA) pour laquelle « l'élection s'est déroulée de manière globalement satisfaisante ».

Ce constat est pourtant loin d'être partagé par Josep Borrell, le Haut Représentant et Vice-président de l'UE qui s'est exprimé ce jour, soulignant « l'absence de consensus sur le cadre électoral -qui- a fracturé le pays », ajoutant que l'UE avait relevé de « très fortes disparités du taux de participation dans les différentes régions du pays ». Il a exprimé la « vive préoccupation » de l'UE face aux « tensions », aux « provocations » et aux « incitations à la haine qui ont prévalu et continuent de subsister dans le pays autour de ce scrutin », précisant que les violences « ont causé la mort de plusieurs personnes et en ont blessé de nombreuses -et qu'elles- doivent faire l'objet d'enquêtes indépendantes afin que justice soit rendue dans les meilleurs délais ».

Le Centre Carter a évoqué pour sa part, un « contexte politique et sécuritaire -qui- n'a pas permis d'organiser une élection présidentielle compétitive et crédible ». Du côté des Nations unies, le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) alerte sur la situation post-électorale qui a conduit à une accélération des mouvements de populations. « De violents affrontements ont éclaté après l'élection présidentielle du 31 octobre, faisant au moins une douzaine de morts et de nombreux blessés, selon les derniers rapports. En date du 2 novembre, plus de 3.200 réfugiés ivoiriens étaient arrivés au Liberia, au Ghana et au Togo » a déclaré Boris Cheshirkov, le porte-parole du HCR, lors de la conférence de presse qui s'est tenue ce jour, à Genève.

L'opposition réunie en « union sacrée » pour conduire la transition nationale

Dès lundi soir, l'opposition « groupée » a annoncé la création d'un « Conseil National de Transition ». Alassane Ouattara se retrouve donc face aux poids lourds de la politique ivoirienne : Henry Konan Bédié, Pascal Affi N'Guessan ou encore Laurent Gbagbo et Guillaume Soro (ndr : tous deux exilés en Europe). « Le Conseil national de transition aura pour mission de préparer le cadre d'une élection présidentielle juste transparente et inclusive (...) et de convoquer des assises nationales pour la réconciliation nationale en vue du retour à une paix définitive en Côte d'Ivoire », déclarait alors Pascal Affi N'Guessan (crédité de 0,99% des suffrages) « constatant la vacance du pouvoir exécutif avec la fin du mandat présidentiel de Alassane Ouattara », lundi 2 novembre.

Le gouvernement a réagi ce jour par voie de communiqué, revenant sur la création du Conseil National de Transition « devant se substituer aux institutions républicaines légalement établies » et prévenant que cette « déclaration -de l'opposition - ainsi que les violences perpétrées suite au boycott actif constituent des actes d'attentat et de complot contre l'autorité de l'Etat et l'intégrité du territoire national. Ces faits sont prévus et punis par la loi pénale. Condamnant avec la plus grande fermeté cet acte de sédition, le Gouvernement a saisi le Procureur de la République près le tribunal de première instance d'Abidjan afin que soient traduits devant les tribunaux, les auteurs et les complices de ces infractions ».

Quelles suites peut-on attendre ? De quelle légitimité disposera le président Ouattara au regard de l'opposition qui affiche pour l'instant, un front commun contre un mandat jugé « inconstitutionnel » ? Qui sera le chef de file de cette opposition ? Quel rôle jouera Laurent Gbagbo, dont le retour post-électoral, avait été « souhaité » par Alassane Ouattara à la fin du mois d'octobre dernier ? Comment réagiront les organisations régionales et les acteurs internationaux ? Autant d'incertitudes qui plongent de nouveau la Côte d'Ivoire, dans une crise électorale qui la renvoie 10 ans plus tôt, au cœur d'une bataille politique où s'affrontent les mêmes acteurs, faisant apparaître l'urgence d'une réconciliation nationale, qui tarde à se dessiner.

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