Elections présidentielles : un air de campagne ivoirienne traverse la capitale française

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(Crédits : DR.)
La première quinzaine de septembre a été marquée par les appels des représentants politiques ivoiriens depuis la capitale française, au point où Paris est devenue l'épicentre d'une pré-campagne présidentielle, dont le premier tour est officiellement fixé au 31 octobre. A quelques heures du verdict du Conseil constitutionnel sur la validité des candidatures, les Ivoiriens de Paris et de Navarre retiennent leur souffle...

C'est au restaurant « Les Grandes Marches » qui jouxte l'Opéra Bastille du XIIe arrondissement de Paris, que les partisans du président Alassane Dramane Ouattara (ADO), ont ouvert le bal dès le 1er septembre, en réunissant la presse parisienne. Le rendez-vous a rassemblé plusieurs personnalités ivoiriennes telles qu'Adama Bictogo, Directeur exécutif du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) et les ministres Mamadou Touré (Promotion de la jeunesse et de l'emploi des jeunes), Alain Richard Donwahi (Eaux et forêts) et Eugène Aouélé Aka (Santé et Hygiène publique). Ce fut le premier rendez-vous d'une longue série parisienne.

Face à l'opposition qui dénonce la candidature du président sortant, ils ont réaffirmé leur soutien à leur leader, défendant une légitimité reposant, d'une part sur des indicateurs macro-économiques salués par les institutions de Bretton Woods (taux de croissance moyen de 7 % entre 2012 et 2019, selon la Banque mondiale) et d'autre part sur une candidature rendue possible par la nouvelle Constitution. « On ne peut pas faire en un mois ce que nous avons fait en trois mois avec Amadou Gon Coulibaly [décédé le 8 juillet 2020, des suites d'une crise cardiaque, ndlr]», a déclaré Mamadou Touré, pour expliquer « l'unanimité » de cette candidature au sein du RHDP, qui alimente depuis plusieurs semaines, les palabres en terres ivoiriennes.

De son côté, l'opposition a également rassemblé la presse parisienne, à l'instar de Stéphane Kipré, fervent soutien de l'ancien président Gbagbo et président de l'Union des nouvelles générations (UNG), qui a milité pour un rassemblement de l'opposition.

Un long chemin vers la réconciliation

« On va prendre les réactions des personnes présentes ici, non pas parce qu'elles sont en vacances [sic : contrairement aux partisans d'Alassane Ouattara], mais parce qu'elles sont en exil », a ironisé le maître de cérémonie face à Noël Akossi-Bendjo (ancien maire du Plateau et soutien affiché de Bédié), Diaby Youssouf, Directeur de cabinet de Charles Blé-Goudé ou encore Eric Kahé, de l'Alliance ivoirienne pour la république et la démocratie (AIRD), tous en exil et réunis le 9 septembre par Stéphane Kipré, face à la presse parisienne à deux pas des Champs-Elysées.

« De mère baoulé et de père bété, j'ai grandi dans les cours des Dioulas », introduit le colosse de 40 ans, ancien basketteur professionnel, qui se présente comme un « bâtisseur » en quête de « réconciliation ». Le gendre de Laurent Gbagbo est lui aussi en exil depuis 9 ans. « Je rêve à une Côte d'Ivoire apaisée, rassemblée, dynamique, éclairée et prospère. Cette Côte d'Ivoire doit passer par le moule de la réconciliation avec le président Gbagbo », peut-on lire dans De moi, de toi, de la Côte d'Ivoire, le livre qu'il est venu présenter ce jour-là. « A l'approche des élections, les Ivoiriens ont peur » prévient-il. « La politique est en train de détruire notre pays [...] Les experts ayant rédigé la Constitution prétendent que ce 3e mandat est inconstitutionnel. Respectons les institutions », a alerté Stéphane Kipré, qui ne comprend toujours pas comment « on peut exclure Soro, Blé Goudé » des élections. Un appel du pied qui n'a pas échappé à Diaby Youssouf. « Le président Gbagbo est pour nous un idéal dans le balai démocratique », a déclaré ce dernier.

Du côté du RHDP, Mamadou Touré prévenait quelques jours plus tôt d'une menace de déstabilisation avec la candidature de Bédié, du fait d'un possible « retour à l'ivoirité », exhortant la presse à ne pas « rester sourde aux discours de haine en Côte d'Ivoire ». A cette heure, Henri Konan Bédié du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) se garde bien de rouvrir la boîte de Pandore du sulfureux « principe d'ivoirité », car les tensions intercommunautaires restent fortes et la réconciliation aléatoire. « La Côte d'Ivoire n'est pas au bord du chaos », a toutefois rassuré Adama Bictogo, soulignant par ailleurs que « le meneur des incidents » des 12 et 13 août 2020 - qui avaient fait au moins 4 morts, suite aux manifestations contre la candidature d'Alassane Ouattara- n'était autre que l'ancien chef de camp de Simone Gbagbo, épouse de Laurent Gbagbo.

La Côte d'Ivoire suspendue au verdict du Conseil constitutionnel

« J'invite toutes les formations politiques et les plateformes politiques, qui le désirent, à soutenir ma candidature à l'élection présidentielle du 31 octobre 2020 », a lancé Henri Konan Bédié, le chef du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), depuis Yamoussoukro, le 12 septembre, jour de son investiture, promettant un « gouvernement d'ouverture » en cas d'élection, ainsi que la libération des prisonniers politiques et militaires de la crise post-électorale. Il s'est engagé à faciliter le retour des exilés. Une promesse dont pourrait se prévaloir un certain nombre de personnalités, le cas échéant, à l'instar de Guillaume Soro du GPS (Générations et peuples solidaires) - investi dimanche à Abidjan par ses militants - ou de Laurent Gbagbo (FPI) et de Charles Blé Goudé (Congrès panafricain pour la justice et l'égalité des peuples, « COJEP ») (tous deux acquittés le 15 janvier 2019, par la Cour pénale internationale (CPI) des charges de crimes contre l'humanité qui pesaient sur eux). En dépit d'une union de l'opposition appelée de ses vœux par Henri Konan Bédié, certaines divergences comme le report de l'échéance électorale pourraient néanmoins fragiliser cette alliance de circonstance. Pour l'heure Laurent Gbagbo et Guillaume Soro restent silencieux, dans l'attente des conclusions du Conseil constitutionnel concernant la validité des candidatures déposées à la Commission électorale indépendante.

Laurent Gbagbo, dont la candidature a été déposée par ses militants, mais qui ne s'est pas exprimé, est toujours en exil en Belgique dans l'attente de son passeport, déchu de ses droits civils et politiques et condamné à vingt ans de prison en Côte d'Ivoire. Guillaume Soro est exilé à Paris. Condamné à vingt ans de prison en Côte d'Ivoire, il est également privé de ses droits civiques. Du côté d'Henri Konan Bédié, une requête a été déposée sur les délais de sa démission comme membre de droit du Conseil constitutionnel. Autant dire que les conclusions du Conseil constitutionnel , qui devraient être rendues publiques d'ici 24h à 48h, pourraient bien faire monter la tension d'un cran.

En amont du lancement officiel de la campagne présidentielle, de nouveaux rendez-vous parisiens sont programmés, une situation qui faisait dire samedi dernier en conférence de presse au président Ouattara - également en attente de la décision du Conseil constitutionnel concernant sa candidature pour un 3e mandat (le 1er mandat de la nouvelle République) : « Nous devons faire confiance à nos institutions et arrêter de penser que les décisions doivent être prises à Paris ou à New York ».

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