« Luanda Leaks » : Rui Pinto, le « dénonciateur » qui divise le Portugal et réjouit l’Angola ?

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(Crédits : DR/LTA)
Détenu dans le cadre des « Football Leaks », le hacker portugais Rui Pinto est l’homme derrière la fuite des documents qui ont conduit aux «Luanda Leaks». Si son statut et les poursuites dont il fait l'objet divisent au Portugal, Luanda accélère la coopération avec Lisbonne depuis ces révélations.

C'est son avocat William Bourbon - président de la Plateforme pour la protection des lanceurs d'alerte en Afrique (PPLAAF) basée à Paris - qui en a fait la révélation dans un communiqué ce lundi 27 janvier. Le hacker portugais Rui Pinto, derrière les « Football Leaks » qui ont éclaboussé le foot business l'an dernier, est à l'origine de la fuite des 715 000 documents ayant permis de constituer les « Luanda Leaks ».

« La PPLAAF se réjouit qu'une fois encore, un lanceur d'alerte révèle au monde des actions contraires à l'intérêt public international. Comme dans le cas des fuites de football, ces révélations devraient permettre l'ouverture de nouvelles enquêtes et contribuer ainsi à la lutte contre l'impunité pour les délits financiers en Angola et dans le monde », a déclaré Maitre Bourbon.

D'après ses explications rapportées par le média portugais Expresso, c'est en fin 2018 que Rui Pinto a confié à la PPLAAF, « un disque dur contenant toutes les données relatives » aux Luanda Leaks, car il « souhaitait dénoncer des activités illégales ou contraires à l'intérêt public » qui auraient conduit à l'enrichissement d'Isabel dos Santos. La Plateforme a ensuite remis lesdits documents au Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) en raison de « leur pertinence pour l'intérêt public international et de leur taille considérable ».

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Rui Pinto « aurait dû être décoré »

Poursuivi pour fraude informatique et en détention préventive au Portugal depuis mars 2019 suite au scandale des « Football Leaks », Rui Pinto risque jusqu'à 25 ans de prison. La justice portugaise le qualifie de « pirate externe ». Le 17 janvier dernier, un juge d'instruction faisait valoir que Pinto « ne pourra jamais être considéré comme un lanceur d'alerte », statut réservé aux salariés dénonçant leurs employeurs.

Au Portugal, ces poursuites divisent. Avec les révélations sur les Luanda Leaks, d'aucuns estiment que le « hacker » de 30 ans mériterait un meilleur traitement. « Il a collaboré avec les autorités françaises, allemandes et suisses et au fait [...] Rui Pinto aurait dû mener des enquêtes auprès de la police judiciaire et être décoré », a déclaré l'avocat Miguel Sousa Tavares lors de son passage sur TVI lundi.

La députée européenne Ana Gomes abonde dans le même sens. « Rui Pinto a rendu un service extraordinaire dans la lutte contre le crime organisé et contre la corruption au Portugal et au-delà », a-t-elle déclaré à Expresso, ajoutant que ce trentenaire « est un lanceur d'alerte et doit avoir un statut de lanceur d'alerte pour les autorités portugaises ».

Vers des poursuites par Isabel dos Santos?

Les Luanda Leaks font toujours couler beaucoup d'encre, autant les révélations sur les présumés montages financiers complexes et autres « malversations » qui auraient permis à Isabel dos Santos et son époux Sindika Dokolo de bâtir leur fortune sont jugées « énormes ». Jusqu'ici, la femme d'affaires a toujours démenti toutes ces révélations. Sur Twitter vendredi, elle a annoncé son intention d'engager des poursuites pour « accusations diffamatoires ».

Réagissant aux Luanda Leaks sur RFI il y a une dizaine de jours, Sindika Dokolo avait déjà cité Rui Pinto comme l'un des responsables des fuites de documents à l'origine de l'enquête journalistique. L'homme d'affaires accusait le jeune hacker portugais d'être de mèche avec le gouvernement angolais. Dans son communiqué, Maître Bourbon a déclaré que Rui Pinto « n'est pas » politiquement motivé.

Luanda et Lisbonne en pleine collaboration sur les Luanda Leaks

En Angola, les autorités ont déjà sollicité une coopération étroite avec le Portugal suite aux Luanda Leaks. Le bureau du procureur général portugais l'a confirmé ce lundi pour la première fois à la presse.

Pour sa part, Maître Bourbon, qui a déjà intervenu dans plusieurs affaires majeures dont celle d'Edward Snowden, s'est engagé à défendre Rui Pinto s'il est poursuivi pour les « Luanda Leaks ».

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