Noureddin Valentin, dauphin bien placé dans la ligne de succession d'Ali Bongo ?

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(Crédits : DR)
Le fils d'Ali Bongo Ondimba est désormais sous les projecteurs politiques. A 28 ans seulement, Noureddin Valentin est bombardé Coordinateur général des affaires présidentielles. Rien au Palais du bord mer ne pourra se faire sans qu'il en soit avisé et qu'il ait avalisé. Une sorte de tremplin de puissance depuis lequel certains le voient déjà dans la position de dauphin à la succession de son père.

Noureddin Edouard Bongo-Valentin va-t-il rejoindre le club de ces «fils et filles de...» qui aspirent à prendre la place de leur président de père? Avec la nomination du fils d'Ali Bongo Ondimba et de Sylvia Valentin au poste de Coordinateur des affaires présidentielles les spéculations sont lancées sur l'application de cette loi salique dans cette pétro-République d'Afrique centrale.

Ancien DGA d'Olam Gabon où il avait été casé à partir de 2014, Noureddin Valentin a préféré se farder des lampions du monde des affaires plutôt que de la lumière des projecteurs politiques déjà braqués sur les membres de la dynastie présidentielle que son grand-père Omar Bongo a ouverte avec son arrivée au pouvoir en 1967.

Initiateur de la chaîne de restauration Mayena Foods à Libreville, les portes de l'avenir de ce financier tourné vers des activités de conseil aux entreprises dans leurs investissements en Afrique se sont  brusquement ouvertes sur un autre horizon que le climat marmoréen de Londres où est basée son agence Shanah Investments.

Super dircab, missi-dominici, l'homme qui détient les clefs du Palais

Avec sa nouvelle nomination à la coordination des Affaires présidentielles, il devient, à 28 ans seulement, le plus jeune fonctionnaire à occuper ce poste. Il y est officiellement chargé d'«assister le président de la République dans la conduite de toutes les affaires de l'État», comme le précise le communiqué final du Conseil des ministres qui a acté sa nomination. Dans les faits, à y voir de plus près, même s'il doit travailler aux côtés de Jessye Ella Ekogha, le porte-parole de la présidence nommé en remplacement d'Ike Ngouoni, Noureddin Bongo est dans un rôle d'un super-directeur de cabinet qui chapeaute tous les services de la présidence.

Écarté de la très stratégique fonction de dircab avant sa nomination comme ministre puis son arrestation, Brice Laccruche Alihanga a fait les frais de l'opération Scorpion qui a neutralisé ses réseaux et connexions dans les cercles du pouvoir gabonais. Toute la place est désormais occupée par Théophile Ogandaga, un proche de Noureddin Bongo à qui les mauvaises langues imputent le nettoyage de printemps au Palais du bord de mer. La seconde partie de la fiche de poste est on ne peut mieux formulée.Elle place Noureddin Bongo dans la position d'un missi-dominici qui doit «veiller à la stricte application» des décisions de son présidentiel père.

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Le jeune homme détient  désormais les clefs du Palais du bord de mer à Libreville. Aucune décision ne peut y être prise, aucune affaire pliée sans qu'il n'y appose son blanc-seing. Flanqué d'un «conseiller spécial» comme assistant, le fils aîné d'Ali et Sylvia Bongo occupe un strapontin équivalent à une place de numéro deux du régime, une sorte de vice-président sans le titre officiel, mais avec tous les pouvoirs attachés. Là aussi, c'est un nettoyage dans les allées du pouvoir qui a fourni à Noureddin Bongo, l'ascenseur qui le propulse haut dans l'architecture de la préséance des dépositaires de pouvoir du pays.

Noureddin Bongo-Valentin

Plus récemment, Frédéric Bongo, le demi-frère d'Ali Bongo a fait les frais de la méfiance érigée en règle dans les allées du pouvoir lors de la période d'incertitude consécutive à l'AVC du chef de l'Etat. Le sécurocrate que certains milieux de la Défense commençaient à lorgner comme un des prétendants légitimes à la succession a été éloigné des intrigues de Palais avec une mutation en règle en Afrique du Sud. Pierre Claver Maganga Moussavou a eu moins de chance. En juillet dernier, le vice-président du Gabon a reçu la notification officielle de son limogeage décidée depuis mai pour avoir pris avec trop d'entrain son rôle. En haut lieu, alors qu'Ali Bongo était absent du pays, sa déclaration sur sa volonté -un peu trop affichée?- d'assumer un plus grand rôle, on a peu goûté cet écart.

Noureddin, le dauphin qui va perpétuer la dynastie présidentielle des Bongo au Gabon?

Pour certains, la mise à l'écart des personnalités par limogeage ou arrestation a préparé le terrain pour le dauphin. L'influence de ce dernier a monté en flèche lors du séjour médical d'Ali Bongo à Rabat et dans les mois qui ont suivi lorsqu'il fallait beaucoup de parcimonie dans la communication présidentielle. Avec l'éclipse de l'ombre épaisse du patriarche, Noureddin Valentin et sa mère Sylvia Bongo ont joué des coudes pour se faire une place dans le dispositif de gestion et pour se tenir informé de la situation. Suffisant pour accréditer l'hypothèse d'un projet de dévolution monarchique du pouvoir au Gabon?

La révision constitutionnelle, adoptée en janvier 2018 et dénoncée comme une monarchisation du pouvoir, s'est occupée de faire sauter le verrou de la limitation des mandats du président. Mais aussi, fait remarquable, elle n'impose plus d'âge minimum requis pour être élu à la tête du pays, ce qui devrait servir de vernis constitutionnel à la jeunesse de Bongo-Fils. Autant d'indices pour les tenants de cette thèse qui y voient la désignation d'un dauphin pour prendre les rênes du Gabon.

Nourredin Bongo va-t-il suivre les pas de son père? Sera-t-il le dauphin qui va perpétuer la dynastie présidentielle des Bongo au Gabon? Le scénario d'un passage de relais de père en fils ne serait pas nouveau dans le pays. Ministre de la Défense (1999-2009) dans le gouvernement de son père, Ali Bongo accède au pouvoir, dans la contestation, en 2009. Profitant de la machine électorale du Parti démocratique gabonais dont il était le vice-président, Ali Bongo hérite du fauteuil usé par les 42 ans de règne d'Omar Bongo (1967-2009). La tactique avait été empruntée dans le voisinage par-delà les frontières du Gabon.

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Joseph Kabila par acclamation en RDC, Faure Gnassingbé par forcing au Togo ont remplacé leur patriarche respectivement en 2001 et 2015 après leur disparition. Depuis, les temps ont changé. Une voie plus régulière permet d'obtenir un bail au Palais. Par élection Uhuru Kenyatta  et Nana Akufo-Addo et sont respectivement entrés à la State House au Kenya en 2013 et au Flagstaff House au Ghana en 2017. Si tant est qu'il en est l'ambition, Noureddin Bongo est à la croisée de ces deux chemins. Une troisième voie semble se dessiner, celle de ce fils de président qui a refusé d'être président à la place de son père.

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