Présidentielle au Botswana : duel des chefs à l’avantage de Mokgweetsi Masisi

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(Crédits : Reuters)
En filigrane des élections s’est joué le règne cinquantenaire du Parti démocratique du Botswana (BDP) qui dirige l’ex-Bechuanaland depuis l’indépendance de cette ex-colonie britannique en 1966. Après un long processus de dépouillement, Mokgweetsi Masisi, le président sortant, est sorti vainqueur du duel des chefs contre Duma Boko, mais aussi son prédécesseur Ian Khama, revenu comme « faiseur de rois ».

« On doit gagner j'en suis aussi sûr que le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest ». Cette forfanterie prédictive, Mokgweetsi Masisi l'a prononcée à la sortie du bureau de vote de Moshupa, son village natal. Après deux jours de dépouillement du vote le plus disputé du pays depuis son indépendance, son acclamation comme «président élu» relève d'une forme d'officialisation.

Mokgweetsi Masis, élu président

« Moi, Terrence Rannowane, j'ai l'honneur de déclarer à la nation du Botswana et au monde que le Dr Mokgweetsi Eric Keabetswe Masisi est élu président de la République du Botswana», a annoncé le juge principal de la Cour Suprême du Botswana, suivant une tradition bien établie qui veut que le parti qui remporte la majorité des sièges à l'Assemblée nationale soit celui qui forme le gouvernement et désigne le chef de l'exécutif. Au pouvoir depuis l'indépendance en 1966 du Bechuanaland, cet ex-protectorat britannique, le Parti démocratique du Botswana (BDP) rafle 29 des 57 sièges de députés ainsi qu'une bonne partie des 490 sièges des gouvernements locaux.

La centralisation des résultats en provenance de l'intérieur du pays devrait permettre de mettre les chiffres sur les résultats de la Coalition pour un changement démocratique (UDC) de Duma Boko, soutenu par Ian Khama, le prédécesseur de Mokgweetsi Masisi pour solliciter les 931 000 électeurs sur les 2,2 millions que compte le Botswana. Et pourtant, au-delà d'une course pour la conquête du pouvoir politique, cet épisode de la guerre des chefs a jeté la lumière sur la bataille en sourdine pour un double héritage.

D'abord, celle d'Ian Khama. En 2014, à huit mois de la fin officielle de son second mandat constitutionnel, ce fils du père de l'indépendance et premier président du pays avait pris une retraite en anticipée en démissionnant de son poste de président qu'il occupait depuis 2009. Avant de remettre les clefs du State House de Gaborone à Mokgweetsi Masisi, son vice-président d'alors, Ian Khama avait pris des mesures emblématiques notamment l'interdiction de la chasse aux éléphants et sur la transparence dans cette république diamantifère d'Afrique australe. Plus loin encore, c'est l'héritage de Seretse Ian Khama, qui était ensuite en jeu.

Bataille pour un double héritage pour Khama

Artisan de l'indépendance du Bechuanaland dont il devint le Premier ministre puis le président, il fut l'un des fondateurs du BDP qu'il installe dans la conscience populaire avant d'en faire le parti qui survole la vie politique. Pour la préservation de ce double héritage familial, peu avant les élections, Khama Fils est sorti de sa réserve pour envoyer de véritables missiles verbaux à son ex-collaborateur. L'accusant de dérive autoritaire et de vouloir saper ses efforts pour le rayonnement du Botswana, il claque la porte du BDP et se range derrière Duma Moko, le chef de file de l'opposition pour la présidentielle.

En parallèle de cette réplique politique, Ian Khama a créé le Front patriotique du Botswana (BPF), qui a présenté des candidats dans seulement 19 des 57 circonscriptions locales. La configuration est alors inédite. Très populaire au sein du parti-Etat où il dispose de réseaux bien câblés, poids lourd de la Région du centre, le bastion du parti au pouvoir, Ian Khama est sur le point de faire tanguer le navire du BDP et à deux doigts de lui faire perdre la présidence de la République. Les observateurs évoquent alors les élections générales les plus disputées de l'histoire du pays depuis 1966. Car jusqu'à la fermeture des bureaux de vote, aucun sondage, aucun pronostic n'a pu dégager de tendances générales.

Particulièrement acrimonieuse, la campagne électorale s'est muée en échange de petites phrases assassines. L'hégémonie du BDP en a pris un sérieux coup de boutoir. Même s'il remporte la victoire au sprint, il n'est exclu que l'opposition qui dénonce des « irrégularités» lors des opérations de vote, conteste cette victoire de Masisi. La querelle devrait se poursuivre devant le parlement où les débats s'annoncent très houleux. Qu'importe pour le nouveau président, l'essentiel était pour lui, de remporter le duel des chefs et d'accéder au fauteuil du State House par les urnes.

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