Kabinet Fofana : en Guinée,« il est inacceptable [...] que des citoyens trouvent la mort »

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(Crédits : DR)
Un calme précaire semble être revenu sur Conakry, épicentre d'une contestation contagieuse à d'autres villes de la Guinée, contre le projet de changement de la Constitution voulu par Alpha Condé pour briguer un troisième mandat. Au mouvement de protestation mené par le Front de défense de la Constitution(FNDC), le pouvoir de l'octogénaire président sortant a opposé une répression violente qui s'est soldée par un bilan qui a poussé la communauté internationale à réagir. Entretien avec Kabinet Fofana analyste politique et président de l'Association guinéenne des sciences politiques (SGSP).

La Tribune Afrique - Neuf morts, selon les autorités, 70 blessés par balles et plus de 200 blessés, selon le FNDC lors des manifestations contre le projet de changement de Constitution. A-t-on atteint les limites de l'inacceptable dans la crise politique en Guinée ?

Kabinet Fofana - Indubitablement, il est déplorable, voire inacceptable que des citoyens trouvent la mort. Même quand ce sont des citoyens qui s'opposent au pouvoir. Il est de la responsabilité des forces de sécurité dans les limites réglementaires, d'user de tous les moyens possibles conventionnels dans la gestion qu'elles font des manifestations de rues et autres actions de mobilisations protestataires. Il faut sans détour aucun, pointer l'inefficacité des méthodes des agents.

On se rend bien compte au fil des manifestations que les stratégies des Forces de sécurité dans la prise en charge des actions de mobilisations urbaines sont très décalées. Il y a aujourd'hui plus qu'une nécessité de réadaptation du modus operandi de la police. Ceci dit, relativement à la crise actuelle, on est tout à fait d'accord qu'on aurait pu éviter qu'il y ait des morts. Il faut donc de la part du gouvernement apporter des réponses politiques indispensables à la résolution de la crise. Ce qui passerait par la libération des acteurs détenus et l'instruction d'une procédure d'enquête pour identifier et punir les auteurs des bavures.

Jusqu'ici, le pouvoir d'Alpha Condé ne répond pas sur le fond au mouvement de contestation, se contentant de regretter la rupture du fil du dialogue. Est-ce que cette sourde oreille est de nature à aggraver la crise ?

Est-ce qu'il faut réellement nommer cela par sourde oreille? Je ne pense pas, en ce sens que le président sait pertinemment ce dont il est question, que le FNDC récuse toute idée de nouvelle constitution et ce que cela peut importer comme conséquences juridiques ou politiques. Je pense que l'appel au dialogue n'est pas mauvais en soi encore qu'il faut que le gouvernement donne de l'allure à l'invite à la concertation. C'est comme je l'ai tantôt fait remarquer, en libérant les détenus en lien avec l'action de protestation.

Cependant, je pense tout aussi que le FNDC ne devrait pas refuser d'adhérer à une quelconque proposition de dialogue. Qu'ils y aillent pour réaffirmer leur position de défense de la constitution, du moment qu'ils sont en position de force. La preuve étant que le président a lui-même invité au dialogue. Ils devraient considérer que si avant le lundi 14 octobre [début du mouvement de manifestations, ndlr], la capacité de mobilisation du FNDC était questionnable, à présent ceci n'est plus une hypothèse puisque le gouvernement trouve qu'ils méritent d'être des interlocuteurs. Il faut éviter d'user de la stratégie d'enlisement et de rupture.

Dans quelle mesure le projet de changement de la Constitution, porté par Alpha Condé, a-t-il des chances d'aboutir ?

Est-ce que je saurais dire en quoi le projet d'établissement de la constitution pourrait réussir ? Je ne saurais le dire ! Je vais néanmoins épiloguer dessus et dire que cela se jouera à l'épreuve de force. Entendons-nous par forces, la capacité pour chaque camp à faire adhérer le maximum de gens à l'un ou à l'autre camp. Même si je ne pense pas tout à fait qu'on soit - au vu du contexte - dans une configuration qui s'assimile à une forme de consultation pour le FNDC. La mesure possible à l'acceptation de l'idée d'établissement de la nouvelle constitution est sans conteste un engagement du président Alpha à se retirer de la compétition électorale.

Assiste-t-on en Guinée à des mouvements populaires semblables à ceux encore en cours en Algérie ou ceux qui ont conduit à la chute du régime au Soudan ?

Ce n'est pas tout à fait encore la même ampleur ! Sinon, cela reste à peu près la même revendication - celle relative à la perpétuation du président au pouvoir. Maintenant, la stratégie n'est pas pareille dans la mise en œuvre et dans l'approche. Il faut par exemple que le FNDC change la stratégie qui consiste à tenir les manifestations de façon continuelle pour éviter que les manifestations ne s'épuisent sur l'effet de l'usure du temps.

Jusqu'où ce mouvement de contestation peut-il aller ?

La pérennité de ces mouvements dépendra de la capacité de mobilisation, celle-ci dépendant de la stratégie de mise en œuvre. Elle va aussi dépendre de l'évolution des discours et des prochaines actions de la part du pouvoir.

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