Investiture de Ould Ghazouani : en Mauritanie, une grande fête pour faire oublier une victoire contestée

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(Crédits : DR)
La présence des hôtes de marque dans la tribune officielle en est un signal limpide. Une douzaine de chefs d’Etat du Continent sont attendus ce 1er août à Nouakchott pour la cérémonie d’investiture de Mohamed Ould Ghazouani. Une présence pour acter la passation de pouvoir avec son ami et mentor Mohamed Ould Abdelaziz. La fête est sans doute aussi destinée à faire oublier sa victoire contestée, puis suivie de quelques jours d’affrontements avec les forces de l’ordre.

Pour les autorités qui voient les choses en grand, l'enceinte du Conseil constitutionnel semblait trop exiguë pour accueillir une cérémonie destinée à marquer les esprits. Exceptionnellement, Mohamed Ould Ghazouni sera investi des pleins pouvoirs de président de la République islamique de Mauritanie dans la salle des congrès du Palais El Mourabitoune, celui-là même que le pays a construit en un temps record pour le Sommet de l'Union africaine (UA) en juillet 2018.

Chefs d'Etat, hôtes de marque d'une cérémonie précédée d'un dîner de 400 personnes

Les chefs d'Etat et de gouvernement invités à cette cérémonie emprunteront, pour certains, des couloirs qu'ils connaissent bien. Jusqu'en début de soirée du mercredi 31 juillet, le virevoltant ballet aérien des avions présidentiels a ajouté de l'animation à l'Aéroport international Oumtounsy, situé non loin du Palais des Congrès. A la veille de l'investiture, les hôtes de marque ont participé à un dîner de 400 personnes au Palais présidentiel de Nouakchott pour marquer le départ du pouvoir de Mohamed Ould Abdelaziz, après ses onze années passées à la tête du pays.

Pour les relations de bon voisinage, mais aussi la perspective de l'avenir économique de l'exploitation du gaz, le Sénégalais Macky Sall a fait le déplacement. Adama Barrow de la Gambie, pour lequel la médiation mauritanienne a été décisive lors de la crise post-électorale, est aussi dans la salle. Dans le prolongement d'une présence ouest-africaine très marquée, Alassane Ouattara de la Côte d'Ivoire, Alpha Condé de la Guinée Conakry, José Mario Vaz de la Guinée-Bissau font partie des convives de marque.

Pour la passation de pouvoirs, Mohamed Ould Abdelaziz n'a pas oublié ses amis parmi ses homologues du Continent. Idriss Deby du Tchad est sans doute celui qu'on lui associe le plus. En réalité, le président sortant a ratissé dans ses homologues du G5 Sahel avec qui il a multiplié les réunions pour la lutte contre le terrorisme. Ibrahim Boubacar Keïta du Mali et Mahamadou Issoufou du Niger font partie du lot. Pour compléter ce panel de chefs d'Etat, le Congolais Denis Sassou Nguesso et Saad Dine El Otmani, chef de gouvernement du Maroc, complètent la liste des invités de marque.

L'effervescence d'une fête pour émousser la contestation de la victoire

«Je jure par Allah l'Unique de bien et fidèlement remplir mes fonctions, dans le respect de la Constitution et des lois, de veiller à l'intérêt du Peuple mauritanien, de sauvegarder l'indépendance et la souveraineté du pays, l'unité de la patrie et l'intégrité du territoire national». Telle est la teneur du serment constitutionnel que Mohamed Ould Ghazouani va prononcer en présence du président sortant, des membres du Conseil constitutionnel. La passation de pouvoir sera actée entre les deux généraux à la retraite pour les cinq prochaines années.

Organisée dans le faste, la cérémonie solennelle revêt aussi une autre importance. Le nombre de chefs d'Etat, agrémenté de représentants de grandes puissances (France, Chine) permet de valider au niveau international la victoire contestée de Mohamed Ould Ghazouani à la présidentielle. Sitôt qu'elle a été annoncée, les opposants  Biram Dah Abeid et de Kane Hamidou Baba ont protesté contre le «1 coup KO» du dauphin désigné du président sortant.

La crise post-électorale qui s'en suivit s'est réglée dans un huis clos inquiétant. Les marches de protestations pour réclamer l'organisation d'un second tour ont été violemment réprimées par les forces de l'ordre lors d'affrontements avec les manifestants, d'arrestations, d'accusations de «main étrangère» venue de pays frontaliers et d'invasion de sièges des partis d'opposition. A l'heure d'investir un nouveau président, aucun bilan n'est encore fourni. Les autorités semblent vouloir faire oublier ces événements malheureux... dans l'effervescence de la fête!

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