Présidentielle 2020 : en Côte d'Ivoire, l'Assemblée adopte la loi sur la nouvelle commission électorale

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(Crédits : Reuters)
Avant même son passage devant la commission des lois, l’opposition en avait dénoncé jusqu’aux mesures contenues dans le texte de loi pour la recomposition de la Commission électorale indépendante (CEI). Prochaine étape, un examen en plénière dans une Assemblée nationale où le pouvoir d’Alassane Ouattara est largement majoritaire puis le vote qui devrait donner à la Côte d’Ivoire une «CEI nouvelle version». A quelques mois de la présidentielle de 2020, la crédibilité contestée de l’instance chargée d’organiser le scrutin pourrait cristalliser l’essentiel de la bataille pour la (re)conquête ou la conservation du pouvoir.

Il en fallait plus pour faire pencher la balance. Sur un total de 42 députés-votants, les 16 députés qui se sont opposés au texte n'ont pas fait le poids face aux 24 qui l'ont approuvé. Résultat, la Commission des affaires générales et institutionnelles de l'Assemblée nationale a adopté le texte de réforme de la Commission électorale indépendante (CEI).

Dans le détail, avec un président qui chapeaute l'institution, la «CEI nouvelle version» rabote de peu ses membres, passés de 17 à 15 personnes. Parmi eux, un représentant du chef de l'Etat ivoirien, un autre du ministère de l'Intérieur devraient siéger en compagnie du représentant du Conseil supérieur de la Magistrature, six personnalités de la société civile ivoirienne désignées par l'Etat et six sièges attribués équitablement aux différents partis de l'échiquier politique.

Un «meilleur équilibre»  contesté

«Ce nouveau texte apporte un meilleur équilibre dans la composition des organes de la commission centrale, du bureau et des commissions locales», se félicite Sidiki Diakité, ministre de l'Intérieur, lorsqu'il introduit le texte lors de la réunion de la Commission des Affaires générales. «La neutralité, l'indépendance et l'impartialité de la Commission centrale de la CEI passent par des membres issus de la société civile choisis après appel à candidatures», réplique pour sa part Marius Konan, député du Parti démocratique de Côte d'Ivoire(PDCI), le parti de l'ex-président (1993-1999) Henri Konan Bédié.

Pressée par la Cour africaine des droits de l'Homme et des Peuples qui l'a enjoint de réformer la commission, la Côte d'Ivoire semble s'être finalement exécutée. Vent debout contre une Commission jugée partiale et influençable par le pouvoir, l'opposition ivoirienne avait dénoncé sa composition qui, selon elle, conforte son manque de crédibilité à organiser des élections justes et transparentes. Régulier point d'achoppement, le quotient de crédit de la CEI est contesté par une opposition déjà en ordre de batailles, jusque dans les mesures proposées pour la réformer.

Composition de la CEI, un enjeu majeur de la présidentielle de 2020

Et à chaque fois que la Côte d'Ivoire est secouée par des turbulences politiques, le danger vient presque toujours de la Commission électorale, chargée d'organiser les opérations de vote et d'en délivrer le verdict. Lors de la crise post-électorale de 2010 qui a fait plus de 3 000 morts, l'étincelle qui a mis le feu aux poudres a jailli de l'opposition entre la Commission électorale -qui a déclaré Alassane Ouattara vainqueur- et la Cour constitutionnelle qui a penché pour Laurent Gbagbo.

A quelques mois d'une présidentielle qui promet de remettre aux prises les acteurs de la crise de 2010, la composition de la CEI est un enjeu majeur du scrutin. Même si l'on présume déjà que le texte devrait passer son ultime étape du vote lors d'une séance plénière non encore calée, les débats promettent d'être houleux, en dépit de la confortable majorité du RHDP (166 députés sur 255). Ses rivaux du PDCI d'Henri Konan Bédié, du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et de la floraison de mouvements de soutien à Guillaume Soro comptent bien exploiter cette fenêtre de tir pour envoyer leurs premiers coups avant la présidentielle décisive de 2020.

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