Missiles de la France en Libye : Tripoli hausse le ton et exige des explications

 |   |  806  mots
(Crédits : Reuters)
Ni l’opinion publique internationale, ni les autorités libyennes ne semblent convaincues par les explications de Paris sur les missiles français «usés et inutilisables», en voie d’être détruits, retrouvés dans la cache d’armes du maréchal Khalifa Haftar. Beaucoup de questions restent en suspens sur cette découverte mise au jour par une enquête du ministère de la Défense des Etats-Unis qui ont vendu les armes à la France. Le gouvernement de Fayyez Al Sarraj hausse désormais le ton et réclame des explications.

Ces derniers mois, les relations entre Paris et Tripoli sont devenues orageuses. Sous le coup d'accusations de soutien à Khalifa Haftar, son rival de l'est libyen, le gouvernement de Fayyez Al Sarraj avait mis fin aux accords bilatéraux en matière de sécurité et de formation avec la France. Trois mois plus tard, le bulletin météo entre les deux capitales n'annonce toujours pas un climat plus apaisé. Sans subtilité diplomatique, le Gouvernement d'union nationale (GNA, basé à Tripoli et reconnu par l'ONU, a interpellé le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Signé de la main de Mohamed Sayala, le texte exige des explications sur la présence de missiles français dans la cache d'armes découverte dans la base avancée de Gharyan d'où les forces du maréchal Khalifa Haftar ont lancé l'offensive pour s'emparer de Tripoli, la capitale. «Comment des armes françaises retrouvées à Gharyan ont-elles été obtenues par les forces du général Khalifa Haftar ? Quand ont-elles été livrées et comment ?», interpelle le communiqué publié jeudi soir sur le site par le ministère libyen des Affaires étrangères.

Des questions et des doutes

Ces questions et les doutes qui les accompagnent ne trouveront pas de réponses auprès de l'interlocuteur sollicité. Au sein de la diplomatie française,«la patate chaude» est directement renvoyée au ministère des Armées, sans autre forme d'explications. «Ces armes étaient destinées à l'autoprotection d'un détachement français déployé à des fins de renseignement en matière de contre-terrorisme. Endommagées et hors d'usage, ces munitions étaient temporairement stockées dans un dépôt en vue de leur destruction», répond le département de Florence Parly dans un communiqué publié ce 11 juillet sur son site.

Lire aussi : Libye : le GNA suspend les opérations de Total et d'une quarantaine d'entreprises

Dans sa livraison du 9 juillet, le New York Times révèle que quatre missiles anti-chars Javelin, vendus par les États-Unis à la France, ont été saisis par les forces gouvernementales libyennes le mois dernier aux mains des forces du général Khalifa Haftar. A 170 000 dollars l'unité, ces missiles faisaient partie d'un lot de 260 missiles commandés en 2010 par la France dans le cadre d'un accord avec son allié américain, selon une enquête du Pentagone.

Ces armes «n'ont pas été transférées à des forces locales, réfute le communiqué du ministère français des Armés. Détenues par nos forces pour leur propre sécurité, ces armes n'étaient pas concernées par les restrictions d'importation en Libye. Il n'a jamais été question ni de vendre, ni de céder, ni de prêter ou de transférer ces munitions à quiconque en Libye», complète-t-on. Pourtant, la défense de Paris semble bien fragile face aux révélations du quotidien américain.

Tir groupé de l'UA contre l'ingérence étrangère en Libye

Si elle reconnaît la paternité des armes, la France rejette toute vente, location ou prêt de ces armes à des forces non régulières. Ces armes ont-elles été subtilisées ? Dans l'affirmative, les entrepôts de stockage d'où sont sortis ces missiles sont-ils suffisamment sécurisés ? Y a-t-il d'autres armes françaises en Libye qui pourraient potentiellement se retrouver aux mains d'un camp ou d'un autre ? L'affaire des missiles français charrie plus de questions auxquelles Paris semble ne pas vouloir répondre. Secret-défense ? Le fin mot de l'histoire ou en tout cas une partie restera une énigme.

En marge du sommet de l'Union africaine(UA) à Niamey au Niger, «le comité de haut niveau de l'organisation sur la Libye exprime sa profonde préoccupation face aux ingérences extérieures persistantes dans les affaires intérieures de la Libye, motivées par des intérêts égoïstes, qui continuent de compromettre les efforts déployés pour asseoir un cessez-le-feu permanent et inconditionnel, comme condition indispensable au dialogue et à une solution inclusive libyo-libyenne».

Lire aussi : Tchad : la frontière avec la Libye (de nouveau) fermée jusqu'à nouvel ordre

Il ne faut pas voir dans cette déclaration une allusion voilée à la France, comme le laisseraient penser le ton du communiqué final et sa synchronisation avec l'enquête du New York Times. Qu'ils soient acheteurs ou fournisseurs d'armes ensuite pourvues aux deux forces en présence sur ce conflit libyen, Egypte, Emirats arabes unis, France, Jordanie, Chine, Russie, Qatar et Turquie sont suffisamment cités par les experts de l'ONU dans la circulation des armes ou comme ayant apporté au moins un appui technique ou logistique à l'un ou l'autre des camps. C'est peut-être une manière pour l'UA de faire un tir groupé contre l'ingérence en Libye. De quel que bord qu'elle puisse provenir.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :