Tensions avec la Turquie : en Libye, le risque d’un conflit plus étendu

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(Crédits : Reuters)
L’escalade pourrait prendre le qualificatif de «verbale» si elle ne se traduisait pas la vive tension sur le terrain des opérations. Après avoir annoncé l’arrestation de six ressortissants turcs dans l’est libyen, les forces loyales au maréchal Khalifa Haftar ont revendiqué avoir abattu un drone turc. Dans une colère au zénith, Ankara promet une riposte à la hauteur de l’affront. Au-delà, cette passe d’armes (encore verbale) risque d’étendre le conflit en Libye, alors que des lots d’armes en provenance de plusieurs puissances sont signalés aux mains des belligérants.

Khalifa Haftar a-t-il décidé de compenser sa déroute en s'en prenant aux «intérêts turcs»? Dans son offensive débutée depuis avril pour s'emparer de Tripoli, ses ambitions se sont fracassées brutalement sur la reprise de la ville de Gharyan, à une centaine de kilomètres de Tripoli, par les troupes du Gouvernement d'union nationale (GNA) de son rival Fayyez Al Sarraj. Depuis cette déconvenue enregistrée à l'endroit même où il avait installé sa base d'opérations, le chef de l'armée nationale de libération (ANL) a ordonné à ses milices de concentrer leur colère sur les soldats turcs prétendument dans les rangs de l'armée rivale.

Déclarations factieuses contre répliques querelleuses

Le général Ahmad Al-Mesmari, porte-parole du maréchal, a cité des actions contre les avions au départ et en provenance de la Turquie, mais aussi de ses navires qui assureraient les approvisionnements en armes et munitions via la Méditerranée. Ce sont ces navires que la milice veut viser. «Il y aura un prix très élevé à payer à toute attitude hostile ou attaque. Nous riposterons de la façon la plus efficace et forte», réplique Hulusi Akar, ministre turc de la Défense dans les colonnes de l'agence Anadolu.

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Déclarations factieuses contre répliques querelleuses, la tension verbale monte entre Ankara et l'ANL. Cet accès de fièvre belliqueuse est le résultat de deux événements. Sans confirmation à l'heure actuelle d'Ankara, l'armée nationale de libération a annoncé dimanche 30 juin avoir abattu un drone turc en marge d'une attaque sans dégâts ni victimes sur l'aéroport de Tripoli. Vraisemblablement, l'attaque était plus proche d'une démonstration de l'étendue de la force de frappe de l'ANL, mais aussi une façon d'ignorer les menaces turques que d'un fait de guerre spectaculaire.

Dans un communiqué très offensif, la diplomatie turque a protesté contre l'arrestation présumée dans l'est libyen d'une demi-douzaine de ses ressortissants par l'ANL à qui elle a promis des représailles. «La détention de six citoyens turcs par la milice illégale de Haftar en Libye est un acte de banditisme et de piratage. Nous nous attendons à ce que nos citoyens soient libérés immédiatement. Dans le cas contraire, les éléments de Haftar deviendront des cibles légitimes», écrit Mevlüt Çavuşoğlu, ministre turc des Affaires étrangères. Au-delà de l'escalade encore verbale, l'échange d'amabilités repose la question de la circulation des armes en Libye.

Une étincelle dans la poudrière

A l'unanimité de ses membres, le Conseil de sécurité des Nations unies a prolongé d'un an supplémentaire l'embargo sur les armes en Libye. Dans les faits, le gendarme de la sécurité mondiale n'a aucun moyen de contrôler cette circulation des armes, dénoncée de longue date par les experts. Même si aujourd'hui la Turquie se prévaut d'un statut d'apporteur de paix en Libye, l'on se souvient, en mai dernier, de sa livraison de véhicules blindés aux forces du GNA. Elle n'est d'ailleurs pas la seule. Pour accroître leur influence en Libye, des puissances européennes, asiatiques ou du Golfe soutiennent le GNA ou l'ANL avec des livraisons d'armes par voie terrestre ou maritime.

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Cette escalade verbale entre la Turquie et l'ANL porte en elle des germes qui pourraient étendre le conflit. Pire, le faire dégénérer en affrontement ouvert entre puissances pour le compte de leur protégé, avec la Libye comme théâtre des opérations. «Je ne veux pas jouer les Cassandre, mais la violence aux abords de Tripoli n'est rien d'autre que le début d'une guerre longue et sanglante sur les rives sud de la Méditerranée», avait averti en mai dernier Ghassan Salamé, chef de la mission d'appui des Nations Unies en Libye, devant le Conseil de sécurité. Il semble que l'on s'approche dangereusement de l'étincelle qui pourrait mettre le feu à la poudrière libyenne post-Kadhafi

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