Affaire Petro-Tim : acculé par l'esclandre, Aliou Sall rend le tablier pour laver son honneur

 |   |  698  mots
Aliou Sall, maire de Guediawaye (banlieue de la capitale Dakar), et Macky Sall, président du Sénégal.
Aliou Sall, maire de Guediawaye (banlieue de la capitale Dakar), et Macky Sall, président du Sénégal. (Crédits : DR)
Trois semaines de cafouillage dans sa défense et de pression politico-médiatique ont finalement poussé Aliou Sall à rendre son tablier de directeur de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Révélée début juin, l’enquête de nos confrères de BBC, qui le soupçonne d’avoir touché un pot-de-vin de 250 000 dollars pour faciliter l’attribution de deux blocs pétro-gaziers à Petro-Tim aura permis à la presse locale d’épuiser tous les jeux de mots avec le patronyme du frère cadet de Macky Sall. Désormais, c’est son poste de maire qui fait l’objet de spéculations.

En politicien matois, Aliou Sall pouvait-il en ignorer le sens ? La charge psychologique de son geste devrait permettre de retourner en sa faveur une part importante de l'opinion publique dans un pays de plus de 90% de musulmans. Main sur un exemplaire du Coran, le puîné du président Macky Sall, a juré sur le livre saint pour réfuter une à une les accusations dans l'esclandre Petro-Tim et les autres accusations qui s'y sont greffées. Au moins, l'honneur social semble sauf.

«La lumière finira d'avoir raison des ténèbres»

C'est qu'au-delà de ce geste symbolique, Aliou Sall a posé un autre acte attendu de longue date. Dans une longue lettre aux Sénégalais, le puîné de Macky Sall a démissionné ce lundi 24 juin de son poste de directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), un fonds de 200 milliards de Fcfa à la tête duquel il avait été nommé en septembre 2017. «Vice-président» comme l'affublent parfois ses adversaires, il a trempé sa plume d'ancien journaliste pour annoncer que «fort de la conviction profonde que demain il fera jour, et que la lumière finira d'avoir raison des ténèbres, je prends ici devant vous la décision de donner ma démission de la tête de la Caisse de Dépôts et de Consignations à compter de ce jour».

Lire aussi : Air Sénégal : Philippe Bohn remplacé par Ibrahima Kane

Trois semaines auparavant, le col de la chemise d'Aliou Sall avait été entaché par des accusations aux effluves de pétrole et de gaz. Début juin, ce sont nos confrères de BBC qui soulèvent le lièvre dans une enquête. La chaîne britannique accuse le frère de Macky Sall d'avoir touché , via Agritrans, sa SARL, un pot-de-vin de 250 000 dollars en 2014 venant de Petro-Tim, une société détenue par l'homme d'affaires australo-roumain Franck Timis. La transaction présumée devait permettre au premier de faciliter au second l'attribution, par Macky, de deux blocs gaziers à Timis Corporation.

Aliou Sall, une mairie pour convaincre

A l'éclatement du scandale, le frère cadet du président sénégalais avait nié en bloc les accusations de corruption, tout comme les autres affaires dans lesquelles son patronyme auréolé revenait sans cesse. Avec sa démission, Aliou Sall affranchit donc ses coudées pour se mettre à la disposition de la justice devant laquelle une enquête est ouverte. Une manière pour lui de laver son honneur face à ce qu'il considère dans sa lettre, comme une «une campagne visant à [le] «déshumaniser» [le mot n'est pas trop fort], parce que c'est de cela qu'il s'agit, une campagne qui présente l'autre [toujours moi] comme le méchant face aux bons, celui qui s'abreuve du sang et de la sueur du peuple sénégalais, le personnage sans foi ni loi qui nargue un peuple exsangue».

Lire aussi : Sénégal : A qui revient la place de chef de l'opposition face à Macky Sall?

La communication cacophonique pour sa défense, la pression accrue de la presse et de l'opposition, la défiance dans la rue et sur les réseaux sociaux ont sans doute pesé dans la balance. Pas seulement. La semaine dernière, El Hadj Hamidou Kassé, ministre en charge de la Communication du Palais, avait indiqué que les 250 000 dollars avaient été bien versés à Aliou Sall, mais en guise de consultation dans le domaine agricole pour le compte de Timis. Une déclaration qui avait mis à mal la défense de «Monsieur frère», axée sur le rejet de toutes les accusations.

Pour l'heure, c'est le départ d'Aliou Sall de son autre piédestal politique qui fait débat. Le quinquagénaire a bien indiqué que sa démission ne concerne que la CDC. Pas question donc pour lui de quitter ses fonctions de maire de la ville de Guediawaye en banlieue dakaroise. Ses partisans ont d'ailleurs empêché la tenue d'une adresse face à la presse depuis l'Hôtel de ville. Un poste stratégique depuis lequel Aliou Sall espère convaincre de son intégrité.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :